Critique : Vidéodrome

Simon Riaux | 29 octobre 2014

On reconnaît les grands films non seulement au fait qu'ils ne vieillissent pas, mais que chaque époque qu'ils traversent en enrichissent le sens. Videodrome de David Cronenberg est de ceux-là. Excellent représentant de la veine la plus horrifique de son auteur, il dévoile aujourd'hui ses véritables atours de comédie noire et d'œuvre visionnaire.

Videodrome
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La body horror dont le cinéaste canadien s'est fait le pape (basée sur les interactions entre anatomie et esprit, ainsi que sur l'esthétique de la mutation) trouve probablement dans Videodrome son plus bel accomplissement. C'est un véritable catalogue des horreurs qui prend vie sous nos yeux. Les chairs se tordent, les plaies suppurent et les crânes explosent en un magma ralenti. Là où Scanners visait encore l'effet choc et le jaillissement, la fable cathodique emmenée par James Woods se veut bien plus dérangeante et profonde. D'où une mise en scène particulièrement discrète, qui laisse aux comédiens et aux fulgurances sanglantes le soin de dynamiter l'ensemble de l'intérieur.

Car d'autopsie d'une télévision qui parasite le réel, le métrage est devenu une brillante parabole sur l'avènement du virtuel et du combat que livre ce dernier avec une réalité toujours plus fade. À l'heure des réseaux sociaux triomphants et des avatars multiples, les hallucinations ultra-violentes qui contaminent le quotidien de Max Renn nous renvoient à notre propre condition d'individus connectés. On pense également Au Dieu venu du centaure de Philip K. Dick et ses stupéfiants pathogènes, source d'inspiration évidente parfaitement dgérée.

Et quand David Cronenberg nous précipite aux côtés de Max et du Dr. Oblivion dans les ténèbres jubilatoires d'une « Nouvelle chair » appelée à effacer le monde réel, c'est bien notre XXIè siècle auto-satisfait qu'il a en ligne de mire. Et les saillies gores qui parsèment le film, comme les délires parano-meurtriers de son héros de se muer en une irrésistible farce. Dès lors, impossible de ne pas saisir la profonde drôlerie du cauchemar, son humour féroce, qui n'épargne personne et surtout pas le spectateur.

Résumé

Le film le plus abouti et dérangeant de David Cronenberg n'a pas pris une ride et s'affirme même comme une réflexion visionnaire sur le combat entre réel et virtualité qui anime aujourd'hui nos existences.

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