Critique : Captive aux yeux clairs (La)

Laurent Pécha | 2 mars 2006
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Si on écoutait uniquement son cinéaste, Howard Hawks, La Captive aux yeux clairs ne serait pas un grand film. Ce dernier ayant longuement reproché les coupes effectuées par la RKO tout en évoquant ses propres erreurs de casting (Dewey Martin et surtout Kirk Douglas, alors qu'il avait envisagé en premier lieu Robert Mitchum et Marlon Brando).

Au vu de cette chronique lancinante, proche du documentaire dans sa faculté de capter les moindres soubresauts de ces aventuriers partis à la conquête de l'Ouest américain, il est impossible de donner raison au réalisateur de Rio Bravo. La Captive aux yeux clairs, comme un paquet de ses films, constitue une œoeuvre monumentale dont chaque plan, chaque scène fait preuve d'une maîtrise du rythme, du cadre et du jeu des acteurs totalement phénoménale. Comme souvent chez Hawks, l'amitié virile est au centre du récit (ce que renforce de manière significative les séquences ajoutées de la version longue visible sur le DVD zone 2 des Éditions Montparnasse), et est mise à rude épreuve par un triangle amoureux aux élans de plus en plus dramatiques, à l'instar de la situation tendue dans laquelle l'équipage du Mandan s'est embarqué. C'est d'ailleurs avant tout ses rapports humains sans cesse magnifiés par le génie de Hawks que l'on retient. Le film étant effectivement qualifié à tort de western, alors qu'il ne propose finalement pas les scènes typiques du genre, notamment au niveau de l'action, réduite ici à sa plus simple expression.

Sublimé par un splendide noir et blanc (choix volontaire de Hawks qui aimait à dire que la poussière ressortait mieux en noir et banc qu'en couleurs), La Captive aux yeux clairs fait partie de ses rares films qui se bonifient à chaque vision, de ses œoeuvres qui, de manière toujours surprenante, dévoilent encore et toujours de nouveaux secrets, de nouvelles pistes d'interprétation après de multiples projections.

Résumé

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