E.T. L'Extra-Terrestre : critique téléphone maison

Fabien Braule | 25 avril 2015

Vingt trois années séparent E.T. de La Guerre des Mondes. Vingt trois années durant lesquelles Steven Spielberg aura réussit à multiplier un nombre conséquent de projets, allant parfois jusqu'à mettre en scène deux films par an, tout en conservant une véritable cohésion dans le fondement même de son cinéma. Est-il utile alors de préciser qu'une oeuvre comme E.T. aura marqué toute une génération, et pour certains d'ailleurs, d'avantage que les célèbres Star Wars de George Lucas.

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On le sait, le cinéma de Spielberg est avant tout celui de la contemplation et du regard. Regard de l'enfance sur le monde adulte, innocent et pur (Empire du soleil) ou regard de l'adulte sur le monde qui l'entoure, âpre, violent et meurtrier (Il faut sauver le soldat Ryan, La Liste de Schindler). Avant E.T., Steven Spielberg avait déjà côtoyé les deux cotés du miroir, avec Rencontres du troisième type d'une part, en manifestant ses goûts et obsessions pour un symbolisme prolifique, et Duel ou Les dents de la mer de l'autre, beaucoup plus enclins au basculement de la quotidienneté dans le fantastique et l'horreur. Mais en 1982, le cinéaste prend pleinement conscience de son cinéma, des moyens pour le faire fructifier et des thématiques qui l'obsèdent, en témoignent les multiples références bibliques qui parsèment son oeuvre et qui rappellent à quel point l'allégorie du Mont Sinaï de Rencontres n'était qu'une prémisse au développement de son univers et au décodage de ses signes.

 

 

Cependant, l'homme n'imposant pas ses propres croyances judéo-chrétiennes, il préfère y puiser diverses iconographies. Le résultat affecte la banalité journalière de ses personnages, prenant tout à tour le contre-pied du réel, en se rattachant principalement au merveilleux et aux mythes. En multipliant les envolées féeriques à bicyclette et le regard d'un enfant porté vers les cieux, Spielberg invite implicitement le spectateur à prendre conscience de l'existence possible d'une entité divine. Mais dans E.T. comme dans d'autres de sa filmographie (on pense surtout à son chef d'oeuvre A.I.), l'enveloppe charnelle et anthropomorphique ne compte pas, elle n'est là que pour rassurer et mettre à nue l'âme, sa beauté et sa sensibilité. De cette rencontre spirituelle naît la communion entre deux êtres et, comme dans Le Terminal, elle s'impose par le dépassement de certaines limites comme celle du langage en particulier.

 

 

A l'image de Viktor Navorski, l'extra-terrestre est amené à comprendre le langage de l'homme par la télévision et la bande dessinée. En puisant sa force dans le montage alterné, Spielberg nous rappelle clairement, à la manière du mélodrame et du cinéma des années 30, l'importance métaphorique et visuelle pouvant se dégager d'une telle communion spirituelle et fraternelle. Ainsi, la séquence où E.T., ivre, entre en contact avec Elliott prend tout son sens, de même que la relation au cinéma classique (L'homme tranquille de John Ford) échappe à son simple statut de clin d'oeil cinéphilique, pour se laisser dominer par un élan de poésie, de simplicité et de romantisme tout simplement sublime.

De ces croyances, de ces allégories lourdes de sens et de symboles, Spielberg parvient à idéaliser son personnage, et à donner l'écho attendu aux extra-terrestres de Rencontres du troisième type. Si, comme le précise Pierre Berthomieu dans son essai Le cinéma Hollywoodien « E.T. redonne espoir aux humains, soigne miraculeusement les blessures, redonne vie aux fleurs, meurt, ressuscite, et, le coeur rougeoyant, remonte au ciel » c'est parce qu'il est, aux yeux de son créateur, une représentation du messie sur Terre, celui par qui le cocon familial regagnera un équilibre.

 

 

Néanmoins, ces mêmes croyances laissent préfigurer également l'existence d'un côté obscur. Ici, l'enfance est souvent mise en danger par le regard de l'adulte, par son incapacité à s'évader vers l'inconnu et l'imaginaire. Dès lors, Spielberg multiplie la menace. Cadrages, éclairages et musique, tout aspire à donner à l'univers d'Elliott une dimension opaque, de l'arrivée dans la forêt des scientifiques (les lampes torches et les grosses chaussures assurent à elles seules le contrepoint) jusqu'aux hurlements de détresse d'E.T. en passant par l'intrusion des hommes de la NASA au sein de la demeure familiale. Les appareils respiratoires, les lumières artificielles, blanches et aseptisées, les ombres portées sur le sol et les notes dissonantes et inquiétantes magistralement composées par John Williams contrastes avec l'entente organique d'E.T., d'Elliott et de la nature. On pourra cependant reprocher à Spielberg de s'être raviser sur sa perception de la violence dans la version « 20ème anniversaire » du film ressortie en salles il y a de cela trois ans. La seconde envolée baignée dans un radieux soleil couchant contrastait avec l'arrivée du FBI, fusil à la main (aujourd'hui il faut se contenter de talkies-walkies), ce qui confirmait une certaine noirceur dans le propos spielbergien de l'époque, en témoigne la production et réalisation la même année de Poltergeist pour le compte de la MGM.

 


Mais qu'importe, malgré ses quelques changements, la morale du film, elle, demeure intacte. Enfants et parents se retrouvent liés par les mêmes croyances, un miracle à part entière chez Spielberg qui, depuis, multiplie les séparations et les divorces douloureux et sans retour possible, à l'image d'Arrête-moi si tu peux, de sa représentation du foyer le soir de Noël et du remplacement de Frank Abagnale Jr par une demie soeur qu'il n'a jamais vu naître. Revoir E.T. aujourd'hui s'affirme comme un retour aux sources de l'enfance, comme un gigantesque flash-back parfumé d'innocence où se mêlent le bonheur et la tristesse de souvenirs propres à chacun. Vingt trois ans plus tard, E.T. reste et restera l'oeuvre la plus juste et la plus personnelle de son auteur : un rêve de gosse gros comme ça.

 

Résumé

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Eddie9Felson
25/04/2018 à 21:05

Chef d’oeuvre! That’s all folk :)))

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