J’accuse : critique d'une injustice

Alexandre Janowiak | 31 août 2019 - MAJ : 31/08/2019 15:43

Au coeur d'une polémique, Roman Polanski n'a pas présenté lui-même son nouveau film J’accuse porté par Jean Dujardin sur le Lido de Venise. Malgré tout, après son dernier film, le très raté D'après une histoire vraie humilié à Cannes en 2017, le cinéaste franco-polonais retrouve-t-il sa maestria d'antan avec J’accuse ?

Photo Jean Dujardin, Louis Garrel
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D'APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE

Même à qui n'a suivi que légèrement ses cours d'histoire plus jeune, Alfred Dreyfus est un nom qui évoque quelque chose. L'affaire qui lui colle à la peau est considérée comme l'une des plus grandes erreurs judiciaires de l'Histoire française (voire complot). Cependant, c'est sans doute la lettre ouverte d'Emile Zola publiée dans le journal L'Aurore - et au titre cinglant : J'accuse... ! - à propos de cette injustice qui est restée dans les mémoires. Pas étonnant donc que le nouveau long-métrage de Roman Polanski en reprenne l'intitulé dans son titre : J’accuse.

Pour autant, s'il est basé sur ce fait réel et adapté du bouquin D. du Britannique Robert Harris (co-scénariste du film), J’accuse s'attarde peu sur l'article dénonciateur du célèbre écrivain. Au contraire, le film se concentre essentiellement sur la quête de vérité du colonel Picquart, ancien professeur de Dreyfus devenu lieutenant-colonel et chef du service de renseignement militaire, lorsqu'il découvre qu'Alfred Dreyfus a été condamné à tort. De quoi lancer un récit aux multiples ressorts et manipulations.

 

photoJ'accuse... ! de Zola comme une évidence

 

LE BAL DES MENTEURS

Le cinéaste franco-polonais n'a plus tout le talent qu'il détenait dans les années 60-70 lors de la sortie de ses chefs-d'oeuvre de Rosemary's Baby au Locataire, mais il n'en garde pas moins une vraie intelligence de la narration.

Ainsi, l'ouverture de J’accuse impressionne par son cadre imposant et oppressant. L'instauration de l'intrigue - qui se met en place avec la dégradation militaire d'Alfred Dreyfus (incarné par un Louis Garrel austère) - est remarquable, extrêmement méticuleuse et procure une force immédiate au récit.

Loin de faire de son film une simple reconstitution historique, Polanski le transforme rapidement en thriller d'espionnage où Picquart joue au Sherlock Holmes. Une idée judicieuse qui redonne un véritable intérêt aux enjeux politiques, judiciaires et militaires derrière l'Affaire tout en lui conférant une avancée ludique et divertissante tout autant qu'instructive. Le film se veut alors une quête de vérité, de dignité et de justice au coeur d'un système perverti et manipulé par le mensonge et les préjugés, dans une première heure robuste.

 

photoUne séquence d'ouverture marquante

 

Malheureusement, si les intentions de J’accuse sont louables et les choix narratifs propices à un enfièvrement progressif, le film ne décolle jamais vraiment. Jean Dujardin a beau livrer une prestation remarquable dans la peau du Colonel Picquart, les multiples trouvailles de cet homme d'honneur prêt à beaucoup de sacrifices pour prouver l'innocence de Dreyfus, se suivent, se ressemblent et finissent par tourner en rond.

L'enquête bat son plein et pourtant, J’accuse s'enlise dans un rythme neurasthénique voire totalement apathique, le récit donnant corps uniquement aux enjeux politiques et rarement à ceux humains. Nul doute que J’accuse aurait d'ailleurs pu devenir un grand film sur les défauts de la Justice tant il est le plus maitrisé et solide du réalisateur depuis The Ghost Writer en 2010, et ce malgré quelques incrustations numériques inabouties.

 

Photo Jean DujardinJean Dujardin impeccable

 

RÉPULSANT

Pour cela, il aurait cependant fallu que Polanski veuille vraiment parler de l'affaire Dreyfus dans son film. Au visionnage, difficile en effet de ne pas voir Polanski mettre en parallèle sa propre histoire avec celle du militaire français. Dans le dossier de presse du film, le cinéaste l'a d'ailleurs avoué pleinement : "Je connais bon nombre de mécanismes de persécution qui sont à l'oeuvre dans ce film et cela m'a évidemment inspiré".

Là est pourtant une immense erreur du réalisateur de penser pouvoir se comparer à la persécution dont a été victime Alfred Dreyfus. À leur grande différence, ce dernier a toujours été pleinement innocent au contraire du metteur en scène qui s'est lui même reconnu coupable de viol sur mineur, en avouant lors de son procès en 1977 avoir eu des relations sexuelles avec une jeune fille de 13 ans.

Une comparaison dérangeante de la part du cinéaste de 86 ans donc qui est sans doute la raison principale de la puissance dégressive de J’accuse. À défaut de narrer jusqu'au bout avec passion l'histoire de son personnage, le cinéaste a voulu y greffer la sienne empêchant à l'ensemble de se dévoiler pleinement et d'impliquer le spectateur émotionnellement. Dommage.

 

Photo Jean DujardinJean Dujardin impeccable deuxième version

Résumé

Avec J’accuse, Polanski offre plus un thriller d'espionnage qu'un film historique pur et dur. Une idée narrative solide qui s'enlise finalement au bout d'une heure dans un rythme neurasthénique et une absence d'émotion. Une apathie causée en partie par le choix de Polanski de faire un parallèle inconvenant entre son oeuvre et sa propre histoire.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Lecteur depuis l’origine
08/09/2019 à 12:16

On laissera Kilian à son exces et donc à son insignifiance.

J’ai arrêté de lire la critique quand elle n’en était plus une.
Dommage car jusque là, elle était éclairante sur la narration du film.
Reprendre un élément du dossier de presse pour en redire, on peut le faire pour tous les films.

Un film à voir, comme souvent avec Polansky, ce qui était moins le cas avec ses derniers films. Heureux de voir qu’il renoue avec la qualité.

Kilian
07/09/2019 à 16:06

Polanski a drogué, alcoolisé et enculé à deux reprises une petite fille de 13 ans.
Je hais les mecs dans son genre, ni pardon ni oubli pour les violeurs.
La petite Samantha n'était pas la seule, il y en a eu beaucoup d'autres, avec la complicité des élites du show-bizz comme weinstein, allen, spacey, jeffrey epstein et tant d'autres.
Polanski est un membre des réseaux pédophiles qui ont infiltré les plus hautes sphères du pouvoir.
Jadis, j'ignorai qu'hollywood était un authentique nid de prédateurs sexuels et de proxénètes en tout genre. Je l'ignorai complètement. Maintenant que je le sais, j'ai du mal à regarder des films comme avant. Dorénavant, je déteste les acteurs, les réalisateurs et tout ce système malfaisant.
Il y a encore des tas de gens qui ne sont pas au courant de la perversité obscène de nos élites, manipulés par cette dernière par les médias mainstream qu'elles possèdent toutes. Par exemple, voici à qui appartiennent les médias français :
https://www.google.fr/search?q=%C3%A0+qui+appartiennent+les+m%C3%A9dias+fran%C3%A7ais&client=firefox-b&sxsrf=ACYBGNQl_L6-CTssQgeMg8wQU7nOVweEqA:1567865116439&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwiArsja8L7kAhWPyIUKHTnqB0EQ_AUIEigB&biw=1472&bih=702#imgrc=_

Olivier637
05/09/2019 à 14:39

Woody Allen devait faire un cameo dans le film de Polanski. Mais trop il ne peut pas jouer dans son film car il joue dans sa fille.

SJW
02/09/2019 à 11:57

La figure extra diégétique négative du réalisateur est suffisamment forte pour impacter le film et la vision du public sur le film, donc non, le journaliste à raison dans son argumentaire.
C'est juste que vous êtes un public d'extrême droite, qui est bien content que PoPol soit ce qu'il est, afin de casser de la féministe et du Dreyfus de manière détournée, en défendant sa pseudo rédemption.

Benvoyons
02/09/2019 à 04:37

A ce compte la ... Je me disais aussi que sur le même exemple on peut aussi juger le film sur le jeu de tel acteur et de son passé ou ses connections avec le personnage qu il incarne... ou même l auteur du scénario du film etc ...
Je crois qu il faut juger sur Pièce.
Et ne pas toujours nous resservir chaque film de Polanski en trouvant le prétexte des "Affaires" Polanski.
Il est vrai que si je devais écrire un article sur chaque film de Polanski je pourrai ressortir son affaire personnelle Cela ferait plusieurs lignes de plus.

Benvoyons
02/09/2019 à 04:28

Le dernier argument de l article semble un peu bidon tant on dirait que l auteur juge le film sur une déclaration de Polanski et non sur le film lui même !
On voit l erreur de l auteur qui se base sur le dossier de presse pour bâtir un article rapidement écrit.
Le dossier de presse est la pour vendre le film non pour être le film.
Une critique d un film doit essentiellement être basée sur la pièce qu on juge.
Sinon cela revient à juger LE film et LE dossier de presse.
A ce compte là l auteur de l article devrait aussi lire le roman s il veut juger la fidélité du film au roman.
Mais il est toujours facile d écrire un tel article en nous ressassant l histoire personnelle et le Passé sulfureux de Polanski et de la mettre en parallèle.
Mais la on commence d abord a juger SA vie son passé sulfureux.
Il faut juger sur pièce et argumenter davantage.
Cela pose d énormes questions sur comment rédiger un article sur un film. Doit on juger un film sur pièce ou à l aune de la fidélité au roman ou pire sur le Passé d un réalisateur comme Polanski ?

Capet
01/09/2019 à 23:44

Polanski à payé: prison chino, bracelet électronique, dédommagement et nous n'étions pas là lors de cette affaire. Polanski est un grand cinéaste.

Emilio Zoula
31/08/2019 à 22:42

J’accuse les soutiens politiques et médiatiques de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

J’accuse la Justice Française d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de la culpabilité et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver un réalisateur compromis.

J’accuse les acteurs et les producteur de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion du cinéma, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait du cinéma l’arche sainte, inattaquable.

J’accuse le magistrats suisses et le personnel diplomatique d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J’accuse les amis en art du cinéma, d’avoir fait des arguments mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse le Monde du Cinéma d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans celle de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.

J’accuse, J’accuse, J’accuse, J’accuse, ...

bubblegumcris
31/08/2019 à 20:57

@Dirtyharry
Au temps pour moi, Polanski avec un "i". J'ai du mal avec l'orthographe des noms et tu as raison j'aurais pu aller vérifier sur un moteur de recherche. Sinon pour le reste, je te laisse avec ton opinion que je ne partage pas et dont je n'ai pas particulièrement envie de débattre surtout sur un outil de commentaires aussi mal foutu que celui de ce site.
Bonne soirée.

Dirty Harry
31/08/2019 à 20:26

bubblegum crisis : "zéro excuses"...ah bon c'est super ça la haine éternelle j'espère que vous allez vous étouffer là dedans ! Bon on voit que les commères-pères-la-morale continuent de parler d'un truc vieux de 40 ans mais allez déchiquetez son corps en place publique, montrez qui vous êtes avec vos inquisitions d'un autre âge ! Il y a vraiment des tordus qui, parce qu'ils n'ont pas de talent ou s'ennuient dans la vie, se donnent de l'importance en se réfugiant dans la morale (et écrire Polanski sans Y c'est tout de même pas compliqué, tu jettes une fois un coup d'oeil au nom tel qu'il est écrit puis tu reproduis dans faire cette faute idiote d'inculte en noms polonais et d'histoire du cinéma).
Sinon moi ce film je m'en fous un peu, on sent que c'est la dette auprès du Sanhédrin pour l'avoir sorti de injonctions américaines en suisse, du coup il pond ce truc pour qu'il puisse continuer de bosser tranquille. L'affaire en soi est injuste certes, mais le battage médiatique fait depuis plus de 100 ans c'est de la culpabilisation de goyim pour bien se soumettre aux valeurs de quelque uns (pas très recommandables en plus) et leur storytelling politique.

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