Le Mans 66 : critique Fast & Glorious

Geoffrey Crété | 3 novembre 2019 - MAJ : 04/11/2019 16:12

CoplandUne vie voléeIdentityWalk the Line3h10 pour Yuma, Wolverine : Le combat de l'immortelLogan : cinéaste touche-à-tout et imprévisible, James Mangold explore de nouveaux territoires dans Le Mans 66, qui revient sur l'affrontement entre les écuries Ford et Ferrari autour des 24h du Mans. Matt Damon et Christian Bale y incarnent l'ingénieur Carroll Shelby et le pilote Ken Miles.

affiche
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DEUX CHEVAUX 

Des années que se profile un film autour de Ford et Ferrari. Développé depuis 2013, le projet devait réunir Brad Pitt et Tom Cruise, sous la houlette de Joseph Kosinski. Plus tard, James Mangold a récupéré la course et Matt Damon et Christian Bale, les premiers rôles. Savoir que ce dernier devait incarner Enzo Ferrari dans un biopic de Michael Mann, qu'il a quitté pour être remplacé par Hugh Jackman alias Wolverine, que James Mangold a filmé deux fois, achève d'en faire une histoire amusante.

Le Mans 66 alias Ford vs Ferrari en VO, est sans surprise recentré sur l'Amérique, puisque l'affrontement entre les deux constructeurs est vu du côté de Ford. Parce que la marque ne fait plus rêver dans les années 60, le géant de l'automobile lance un grand chantier pour remporter les 24 heures du Mans, vitrine ultime pour parader et écraser son ennemi Ferrari. Ancien pilote reconverti dans la conception de voitures de course, Carroll Shelby s'associe à Ken Miles, un pilote tête brûlée et iconoclaste, pour créer un bolide ultime et remporter ce défi.

Et le film est à l'image de ce duo. D'un côté, il y a un bon samaritain, propre sur lui et droit et honnête, et un peu simplet. De l'autre, il y a un kamikaze, qui brûle la vie par les deux bouts, mené par une passion dévorante. Le Mans 66 oscille entre ces deux facettes.

 

photo, Matt Damon, Christian BaleShelby et Miles version Hollywood

 

BAS-RÉGIME

Avec son budget proche des 100 millions et son étiquette de film à Oscar (Matt Damon et Christian Bale concourent tous deux comme meilleur acteur), Le Mans 66 n'échappe pas aux sentiers balisés. James Mangold a beau avoir touché à une variété impressionnante de genres au cours de sa carrière, et s'être adapté à chaque fois, il n'y a pas d'étincelles de ce côté. Que les personnages discutent avec des business men, des femmes ou enfants, et le film semble en bas régime. Le scénario ne s'y attarde pas d'ailleurs, comme si l'important était immanquablement ailleurs, loin de la vie terrestre.

Rien de honteux ici, puisque l'écriture reste sobre, évite les pires écueils, et ne souligne pas outre mesure les émotions et conflits ordinaires. Le vice-président de Ford incarné par Jon Bernthal est très effacé puis totalement transparent malgré sa place au démarrage, la femme de Miles interprétée par Caitriona Balfe a quelques notes de personnalité bien senties malgré son rôle très cadré, Josh Lucas porte impeccablement le costume-cravate classique du loup des billets verts. Aucune fausse note, si ce n'est celle d'un traitement polissé, qui respecte trop les codes pour véritablement passionner.

 

photoSur le bas-côté, en attente du démarrage

 

MOTEUR À INJECTION  

Puis, quelque chose se passe. Christian Bale arrive, déjà. Il a le rôle facile - le chien fou, incorrigible, qui gesticule et casse, agresse et fonce. Il a aussi le meilleur rôle des deux, face à un Matt Damon tout en rondeur, qui arrange les affaires que son collègue met en désordre ou brûle à chaque étape. Mais Bale a une énergie et un corps sans cesse repensé, qui fonctionnent à merveille avec Ken Miles. Moins en performance que dans Fighter par exemple, il porte avec talent ce rôle faussement en retrait et digne d'une tragédie. 

Miles semble être la vraie raison d'être du Mans 66, qui vibre au rythme de ses accès de rage, d'enthousiasme, de vie. L'écriture est d'ailleurs bien plus précise et riche ici, l'homme derrière le pilote étant déchiré entre sa passion qui le consume et son rôle de père et mari. Là, le film évite avec intelligence les scènes et motifs classiques du genre, et balaye le ton moralisateur redouté, lorsque la famille n'est plus la seule raison d'être d'un homme.    

 

photo, Christian Bale Christian Bale éclipse Matt Damon

 

Attaché à cette bête en sommeil qui ne demande qu'à être réveillée et nourrie, Le Mans 66 trouve des raisons de s'emballer. Dès que les bolides démarrent, que les carrosseries vibrent et que le bitume chauffe sous les roues, James Mangold retrouve son énergie. Le découpage met en avant les visages et le métal, se rapproche de la sueur et des yeux fixés sur un horizon qui rime autant avec la victoire qu'avec la mort, tandis que le très bon travail sur le son crée une bulle de tension exaltante. Les meilleurs moments avec Matt Damon sont d'ailleurs les deux scènes où il est aux commandes d'une voiture.

Le cinéaste n'est jamais aussi à l'aise que dans ces courses, où le cœur du film bat la chamade et emporte celui du spectateur - même celui qui se contrefiche des voitures. La vraie émotion, la vraie beauté et la vraie tragédie se jouent là, avec Ken Miles, ses rêves et ses pulsions de mort qui l'ont fait entrer dans l'Histoire. Le Mans 66 est une histoire d'amour, mais ce n'est pas celle entre un mari et une femme, ou même deux amis : c'est celle entre un homme et un horizon qu'il pourchasse et qu'il rêve, quitte à s'y perdre.

 

Affiche française

Résumé

Appliqué mais peu inspiré du côté des hommes et leurs problèmes terrestres, James Mangold trouve des raisons de vibrer avec les voitures et leurs pilotes. Là, le cœur du film s'emballe et Le Mans 66 décolle, autour d'un Christian Bale encore une fois impeccable.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Flo
29/01/2020 à 13:25

"Le Mans 66" est un vrai film de mecs, bien classique mais prenant (Damon toujours en "petit frère de Tom Hanks", Bale à nouveau dans un numéro de dingue, mais Bernthal un peu en dessous)... Avec des courses de voitures plus qu'honorables, de la bonne testostérone, un récit qui accélère et rétrograde pour les bons virages comme... une voiture de course. :-)
Et qui permet tout de même de ne pas caractériser de manière trop binaire - jusque dans sa promo, via les critiques faisant le lien avec le rachat Disney/Fox (la chaîne de tv ABC apparaît dans le film) -
cette lutte évidente, dans une Industrie du Spectacle, entre les Artisans et les Intermédiaires (ronds de cuir), ces derniers risquant à chaque instant de diluer le produit en le rendant plus identitaire envers leur Firme et très fédérateur...
Mangold nous montre aussi que si ces Artisans sont aussi des francs-tireurs pur et durs, des mecs à l'ancienne qui savent ce qu'ils font (et que les femmes soutiennent en se mettant à leur niveau)... Et bien ainsi, on en revient au Western (comme souvent dans la filmo de Mangold): ils sont comme des Poor Lonesome Cowboys, obligés de récolter une vie de solitude comblée seulement par le travail, ou bien par une petite vie de famille leur permettant de garder à peine les pieds sur terre. Car le Collectif nécessaire à une entreprise, qui n'est pas si Négatif que ça... ces types là ne peuvent s'y fondre complètement. Condamnés à être des artistes brûlant la chandelle par les deux bouts, crevants de faim ou d'autre chose.
Mangold l'affirme lui-même: il n'y a pas vraiment de "Gentils contre Méchants" dans ce film, selon le point de vue.

MichelP13
29/11/2019 à 12:15

Même si le réalisateur a pris quelques libertés avec l’histoire réelle de cette confrontation entre le géant américain Ford et l’artiste italien Ferrari, ce film est passionnant de bout en bout. Les reproductions des circuits de 1966 sont magnifiques à l’instar de ces stands et tribunes du circuit du Mans. Les répliques des GT40 et autres Ferrari P3 sont parfaites. Je ne regrette pas d’y être allé.

Dark
27/11/2019 à 12:28

Vu hier après-midi. Ce film est un petit bijou. A voir absolument !
Peace and love e al prossimo.

Marc
26/11/2019 à 11:16

Vu hier soir, passionnionnant ! Moi qui n'a jamais vu une course du Man j'étais scotché à mon siège .j'aimais une course automobile à été aussi bien tourné au plus prêt due Miles . Bref des longueur certes mais les passages de la course je dis waow . Un excellent film avant le seul film que j'attend Star wars 9

danny_1952
16/11/2019 à 18:26

Wow ! Quel film ! Je n'ai pu faire autrement que de presser sur l'accélérateur, changer de vitesse, freiner, etc. Tout au long du film. Et l'amitié entre les comédiens (Christian Bale et Matt Damon) est palpable, pas juste celle de leur personnage, mais la leur. Il y a des scènes amusantes qui m'ont fait rire. Et franchement, j'ai eu le souffle coupé par certaines scènes de course. Je ne sais vraiment pas ce qu'on pourrait attendre de plus d'un tel film.

Alors, je lui attribue 5 étoiles sur 5.

BugDani
15/11/2019 à 13:35

Vu hier soir et... grande déception! Film surjoué pour Texan à la grosse nuque. Seul Damon et l'histoire sauvent cette américanade.

Ken
15/11/2019 à 01:11

Très bon film rien a dire.

folcroft
14/11/2019 à 18:01

Une merveille ! même les non passionnés d'automobiles devraient aimé.
Et voir en action l'une des plus belles voitures de la création, la Ford GT40 n'a pas de prix.

Dirty Harry
14/11/2019 à 11:13

Vu ! Et c’est très bien, en effet une grosse facture classique mais efficace. Très bon sound design : on entend des subtilités mécaniques et carrossiere à faire rougir votre garagiste...Bale a une variété de jeu assez impressionnante, qu’on lui bâtisse un monument à ce type ! On peut y voir la métaphore d’artistes luttant pour imposer leur vision au sein de la multinationale qui les emploie (la rivalité avec Ferrari n’étant qu’une toile de fond, le Mac guffin).

maxleresistant
13/11/2019 à 22:47

Vu ce soir, belle claque.
Oui ça reste du biopic americain classique, mais le film est irréprochable a tous les niveaux, histoire et personnages superbe, une Real et cinématographie de haute volée, et des moments d'adrénaline époustouflant.
Et comme toujours, Christian Bale nous laisse sans voix, rarement un acteur aura su aussi bien interprété la force et la fragilité de chacun de ses rôles. Va falloir qu'il ait son Oscar un jour ce grand homme.

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