Test : Les Chasseurs de scalps

Eric Dumas | 12 septembre 2005
Eric Dumas | 12 septembre 2005

Soutenu par un casting particulièrement impressionnant (Burt Lancaster, Shelley Winters, Telly Savalas, Ossie Davis), ce troisième film de Sidney Pollack, tourné entre Propriété interdite et Un château en enfer, offre des choix typiques du réalisateur, tant au niveau du traitement des protagonistes que de l'histoire.

 

Joe Bass (Burt Lancaster) y campe un héros solitaire, caractéristique du cinéaste. S'il est capable de s'accommoder d'une nature qui peut sembler hostile (à l'image de Jeremiah Johnson dans le film éponyme), susceptible de se nourrir, de reconnaître les plantes dangereuses de celles offrant une quelconque utilité (même anecdotique, comme du shampoing), il est en opposition complète avec ceux qui l'entourent, renforçant ainsi une impression d'isolement. Sa rencontre avec Joseph Lee, un esclave lettré et raffiné, permet en outre de creuser davantage les oppositions qui les caractérisent. Si l'un est blanc, l'autre est noir : là où le « héros » est fort, rustre, intègre et mal éduqué, son compagnon d'infortune est plus faible physiquement mais manipulateur, intelligent et sophistiqué. Cette création d'un couple basé sur les dissemblances permet d'offrir une merveilleuse allégorie sur les discriminations tantôt raciales, tantôt intellectuelles. Ce duo permet, en outre, de donner au film un ton particulier. Le western va servir de toile de fond à ce qui va surtout s'apparenter à une comédie. En jouant sur les relations dissonantes que peuvent entretenir ses personnages, en confrontant les hommes et les femmes, les cultures différentes, les caractéristiques physiques…, Sidney Pollack détruit progressivement de l'intérieur le genre même. Plus encore, cette dérivation comique prend la forme du cartoon durant les dernières minutes du film, par l'utilisation de situations scénaristiques cocasses, d'une musique et de bruitages caractéristiques du dessin animé (mickeymousing, bruitage soulignant l'excès des situations…), et en donnant aux personnages des comportements symptomatiques du genre (entêtement démesuré, intelligence et conscience d'un comique de répétition...).

 

Si le film porte, avec évidence, les traces du réalisateur (qui offre souvent une distorsion de la réalité), l'apport de comédie et l'altération du genre peuvent déranger les puristes. Le résultat est pourtant très intéressant, aussi bien dans le fond que dans la forme, et trouve sa place dans une conception globale de la filmographie du cinéaste.

 

L'image proposée est, comme c'est trop souvent le cas chez MGM, mauvaise. Le master utilisé est sale (tâches, griffures…), la définition est à la limite de l'acceptable, et la compression est tout bonnement catastrophique. Les pistes sonores sont comparativement meilleures, mais ne brillent tout de même pas par leur excellence. La musique d'Elmer Bernstein et les dialogues sont assez clairs, mais le résultat est en-dessous de ce qui aurait dû être offert. On préfèrera la VO à la VF qui est un peu plus étouffée. Et, comme c'est devenu le cas chez l'éditeur, ne prenant même plus la peine de traduire les menus, il n'y a aucun bonus, pas même une bande-annonce.

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