Tusk : un Blu-ray bestial

Jacques-Henry Poucave | 31 mars 2015
Jacques-Henry Poucave | 31 mars 2015

À l’heure où investir sur une édition riche en bonus devient synonyme de véritables risques pour des éditeurs qui ne peuvent que constater le rétrécissement continu du marché, l’arrivée d’une galette comme celle de Tusk est un véritable soulagement.

 

Un film qui a les crocs

Revenons tout d’abord sur le long-métrage lui-même, qui fut l’une des belles surprises de la dernière édition du PIFFF. On se demandait suite à Red State si Kevin Smith n’était pas profondément en train de muter, et Tusk de le confirmer avec brio.

Devenu une emblème geek déclinée à toutes les sauces, le réalisateur ne semblait plus que l’ombre de lui-même,jusqu’à ce qu’il recycle ses plaisanteries goguenardes en autant de piques trempées dans le venin, dirigées contre les icônes de la société américaines.

Red State, certes imparfait et techniquement inabouti, avait ainsi su sidérer les fans du metteur en scène et le public de Sundance, qui ne s’attendait pas à voir l’ambassadeur geek descendre dans l’arène méta-politique et leur offrir un brulot nihiliste sur la place du religieux et de l’autorité en général.

Tusk

Et le revoilà avec Tusk. Si le sujet est en apparence plus léger et revanchard (Smith se paie ici la fiole des nouveaux médias et de leurs pseudo-journalistes cyniques), c’est une fable moraliste que déroule le réalisateur. Tusk se transforme ainsi petit à petit en chronique rigolarde de l’individualisme ordinaire, où s’égrènent, entre les séquences hilarantes et d’autres gorissimes, un véritable chapelet de nos vicissitudes quotidiennes.

Tusk s’avère donc, sinon le film de la maturité, indiscutablement le film de la mue, où Smith, toujours cynique, référentiel et malin, laisse libre cours à sa misanthropie et son envie de travailler l’image.

 

Un Blu-Ray qu’il est beau

 

Et justement, l’édition concoctée par Sony a le mérite de rendre justice au travail du cinéaste, notamment en matière de photographie. C’est un euphémisme de dire que jusqu’à présent, Kevin Smith ne s’est jamais trop embarrassé de la forme dans ses réalisations. Et le fait que certaines séquences, notamment de transition, souffrent encore d’une exécution à la va vite, ou de la trop grande focale mise par l’auteur sur ses comédiens au détriment de la mise en scène.

Kevin Smith

Mais globalement, un véritable bond, auquel le Blu-ray fait honneur, a été franchi. Les éclairages structurent parfaitement les décors, masquent la modestie du bduget avec élégance. Et on s’étonne de découvrir chez Smith des sensations gothiques, voire une imagerie souvent proche de sombrer dans le baroque.

Définition, contraste et piqué sont au top. Ou à tout le moins, au top de ce que peut proposer le film et lui confère même une aura visuelle nettement plus impressionnante que lors de notre découverte en salles.

 

Kevin Smith

De bien bonus

 

Non seulement on saura gré à Sony d’avoir reproduit l’intégralité desbonus de la version américaine, ce qui devient malheureusement de plus en plus rare, mais également d’avoir composé une édition qui fait la part belle à l’anecdote, comme à une certaine profondeur.

On passera sur le podcast originel et ses deux minutes animées en sus. Pas inintéressant, voire assez rigolo (on y découvre littéralement l’origine du projet) mais superficiel. En revanche, le documentaire 20 ans pour Tusk s’avère plutôt passionnant, notamment en raison de la franchise des propos qui y sont tenus.
Kevin Smith y analyse son parcours et surtout comment Hollywood a bien failli avoir sa peau, comment le trublion de Clerks s’est transformé en guest star pathétique de Die Hard 5. L’occasion d’analyser un parcours à part, qui l’aura mené à se réinventer et à devenir en deux films un véritable espoir du cinéma de genre.

tusk-movie

Enfin, les fans pourront se régaler d’un invraisemblable commentaire audio. Le réalisateur y parle quasiment non-stop pendant deux heures durant, alternant sur un rythme infernal réflexions personnelles, anecdotes et considérations plus générales sur le film.

C’est bien simple, avec cette tripotée de bonus, les spectateurs occasionnels, curieux ou passionnés par la folie douce qui nimbe Tusk auront de quoi se repaître et approfondir l’expérience.

On ressort du visionnage de cette édition complète particulièrement excité à l’idée de découvrir Yoga Hosers et Mose Jaws, les deux prochains délires de l’artiste, qui mettra successivement en scène Johnny Depp puis un élan tueur de post-adolescents.

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