5 inédits Universal Classics

Créé : 14 septembre 2010 - Francis Moury
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Cette livraison de la collection « Universal Classics » constitue un coup de sonde, riche et varié, sur dix ans de cinéma américain : le film le plus ancien (Shanghaï Express ) date de 1932 et le plus récent (Tueur à gages) date de 1942. Coup de sonde Paramount davantage que Universal d'ailleurs puisque les cinq films présentés dans cette livraison sont des Paramount d'origine, rachetés depuis par Universal qui a soigneusement conservé le logo originel de son concurrent, visible aux génériques... juste après le sien.

 

 

SHANGHAÏ EXPRESS (USA 1932) de Josef von Sternberg

Incontournable titre (sorti le 12 février 1932, nominé en 1932 aux Oscars du  « meilleur film » et de la « meilleure mise en scène ») de la filmographie commune du cinéaste Josef von Sternberg et de l'actrice Marlène Dietrich et cela pas uniquement pour les raisons que la critique a consacrées. Shanghaï Express demeure très vivant encore aujourd'hui,  par-delà sa mythologie propre, en raison de la qualité de sa direction artistique qui confère une réalité charnelle au moindre accessoire, au moindre élément de décor dans lequel on est immergé par Sternberg dès le premier plan. On parle alternativement anglais, chinois, allemand, français dans la bande-son, avec une belle aisance. Le directeur de la photographie Lee Garmes devint célèbre pour la qualité de ses gros plans de Marlène Dietrich : l'un d'eux (ci-dessous capturé) a d'ailleurs été le visuel de l'affiche de la 45ème édition du Festival de Cannes en 1992. Ils transcendent presque l'action dans laquelle ils sont régulièrement insérés. Autre aspect passionnant : la présence de l'acteur Warner Oland (vedette de la série fantastique des Charlie Chan) en révolutionnaire chinois métis, et celle de Anna May Wong, l'actrice chinoise la plus réputée d'Hollywood à cette époque, ici en demi-mondaine sexy, fière et très dangereuse. Le film se déroule durant une guerre civile chinoise (celle décrite par André Malraux dans son roman La Condition humaine) qui est à la fois prise en compte et réduite à un statut de faire-valoir. La locomotive - dans la chaudière de laquelle on ne brûle ici aucun révolutionnaire, ni aucun contre-révolutionnaire - existe autant que Marlène mais n'est finalement que le puissant véhicule de la manifestation de son érotisme. Première partie très bien montée et très nerveuse, seconde partie plus convenue. Une étape incontournable mais qui demeure, du point de vue de l'érotisme au cinéma, inférieure à ces deux sommets que constituent dorénavant L'Ange bleu d'une part, Saga of Anatahan d'autre part. Une anecdote d'histoire du cinéma enfin : l'acteur français Émile Chautard qui joue ici (bien) le rôle du vieux militaire français dans Shanghai Express, avait réalisé (en 1919 ou 1921 selon Herman G. Weinberg qui hésite entre les deux dates dans sa remarquable monographie de Sternberg) à Hollywood un Mystery of the Yellow Room [Le Mystère de la chambre jaune] sur lequel Sternberg, alors jeune assistant, observa à travers le viseur, pour la première fois de sa carrière, une image cinématographique.

Note 10/10

 

Cliquez sur les captures ci-dessous pour accéder aux galeries respectives :

SHANGHAÏ EXPRESS

 

 

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (USA 1933) de Norman McLeod

Classique adaptation, faisant la part belle au fantastique graphique (qui impressionnera les enfants) et très fidèle aux paradoxes logiques (Lewis Carroll s'intéressaient à l'histoire et aux problèmes de la logique aristotélicienne, ainsi qu'à la philosophie du langage et des signes) qui forment la substance des dialogues et des situations. Cette version avait été très appréciée des contemporains. Les deux cinéastes Joseph L. Mankiewicz et William Cameron Menzies sont crédités au scénario. Reste que ces rêveries reposant sur des questions d'attributions, de syllogismes disjonctifs ou conjonctifs, et de copules (quelques éléments du vocabulaire technique de la logique formelle qu'on enseignait encore en Terminale avant-guerre, en classe de philosophie) sont amusantes durant quelques minutes mais nous semblent ensuite ennuyeuses. Et on imagine les heures passées à déguiser Cary Grant ou W.C. Fields en homme-casserole, pièce d'échec géante, ou Dieu sait quoi encore...

Note : 8/10

 

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

 

 

LA FILLE DU BOIS MAUDIT [The Trail of the Lonesome Pine] (USA 1936) de Henry Hathaway

Très vieilli, en dépit d'une technique sûre, d'un pimpant Technicolor et d'un casting très honorable. Le scénario de ce semi-western oublié d'Hathaway est sans aucun intérêt et on ne croit à aucun moment à la réalité ni à la vérité du récit présenté. Certaines scènes de comédie peuvent faire sourire mais la niaiserie est constante. La Fille du bois maudit a été nominé pour la meilleure chanson originale et pour la meilleure musique de film en 1937. Incroyable mais vrai. Plaira cependant aux enfants mais fera bien rire les adolescents et ennuiera profondément les adultes à moins qu'ils ne soient passionnés par la connaissance de la filmographie intégrale d'Hathaway. Il vaut mieux revoir La Fureur des hommes ou Nevada Smith du même cinéaste (à noter tout de même que l'on peut ne pas être d'accord avec cet avis / NDLR).

Note : 4/10

 

LA FILLE DU BOIS MAUDIT

 

 

BEAU GESTE (USA 1939) de William A. Wellman

Le meilleur des cinq titres ici présentés en raison de plusieurs éléments : à commencer par la mise en scène de William A. Wellman, d'une violence âpre, une fois passée le cap de la narration de la jeunesse des héros, et d'une efficacité graphique constamment remarquable. Wellman étant ici son propre producteur, il offre un film éminemment personnel. Scénario, adapté d'un roman, bien écrit et dans lequel passent à la fois  une vérité historique et une vérité individuelle, habilement réunies. La structure du récit, en boucle, est parfaitement réalisée grâce au montage très rigoureux de la première séquence spectaculaire (filmée d'un point de vue objectif) rapportée à la même séquence, vers la fin, filmée d'un point de vue subjectif qui l'éclaire et l'explique. La vision de la Légion Étrangère est réaliste : Wellman, engagé durant la Première guerre mondiale de 1914-1918 dans l'Escadrille Lafayette (USA 1958) à laquelle il rendra hommage dans son dernier film en 1958, savait de quoi il parlait puisqu'il avait connu l'armée française de très près. Beau Geste avait d'ailleurs été nominé à l'Oscar de la meilleure direction artistique. L'acteur Brian Donlevy (aussi bon chez Wellman qu'il le sera ensuite chez des réalisateurs aussi divers que Fritz Lang, Arthur Lubin, Val Guest ou Don Sharp) est assez surprenant en brute sadique d'origine russe, se révélant bon soldat mais demeurant un criminel jusqu'au bout menaçant et dangereux. Auprès de lui, Gary Cooper et Ray Milland paraissent bien fades et sans saveur, en dépit de leur jeu déjà très solide. Belle musique composée par Alfred Newman, dont un bref fragment angoissant (durant une séquence située la nuit, dans la caserne) a peut-être inspiré plus tard le compositeur Bernard Hermann pour Psychose.

Note 10/10

 

BEAU GESTE

 

 

TUEUR À GAGES [This Gun For Hire] de Frank Tuttle

Très décevant en dépit de l'aura qui entoure le film, pour trois raisons principales : le mélange des genres entre film noir policier et film d'espionnage semble artificiel ; le soin apporté par le scénario au début du film, à la présentation mystérieuse du personnage du tueur joué par Ladd , se transforme ensuite en un festival de redites et de stéréotypes confinant à la bande-dessinée ; enfin la mise en scène de Frank Tuttle demeure fonctionnelle et plate en dépit de l'usage intelligent de certains décors (l'usine abandonnée, le pont sur lequel Ladd est poursuivi par la police), usage qui sera repris avec autrement d'ampleur plastique et dramatique par des cinéastes du film noir américain tels que Raoul Walsh, Robert Wise, et plus près de nous William Friedkin.. On est incapable de juger de la fidélité de l'adaptation du roman original de Graham Greene par les deux scénaristes crédités (Albert Maltz et W.R. Burnett, pourtant réputés tous les deux dans le genre)  car on ne l'a pas lu. Mais on a lu d'autres livres de Graham Greene appartenant au genre « film noir policier » (Le Rocher de Brighton) ou au genre « espionnage de guerre » (Le Ministère de la peur, adapté par Fritz Lang au cinéma) et on est presque certain que le livre de Greene doit être bien meilleur que ce film ! Reste l'érotisme de Veronica Lake (qui est une actrice amusante dans la comédie fantastique Ma Femme est une sorcière de René Clair) auquel nous sommes demeurés, pour notre part,  parfaitement insensibles. Bref, il faut connaître ce film, cité dans toutes les études sur le film noir américain, mais on peut lui préférer Colère noire  (USA 1955) du même Frank Tuttle, avec le même Alan Ladd.

Note 4/10

 

TUEUR À GAGES

 

 

 

IMAGE

1.37 compatible 4/3 pour tous les films. Shanghaï Express (N.&B.) est le plus ancien, et sa copie chimique est pourtant en assez bon état. Une seule rayure visible et quelques plans un peu douteux chimiquement. Définition et contraste moyens. Oscar de la meilleure direction de la photo en 1932 attribué à Lee Garmes. Alice au pays des merveilles (N.&B.) est en assez bon état chimique mais la définition est assez médiocre. La Fille du bois maudit bénéficia d'un traitement inédit du procédé Technicolor qui est très bien conservé et numérisé : à noter que le logo Paramount et le logo du producteur sont N.&B. puis la couleur arrive. Beau Geste (N.&B.) est en état chimique très inégal, certaines séquences sont sans défaut alors que la première et la dernière bobine sont semées de poussières négatives et positives, et de brûlures de cigarettes. Sa définition, son contraste, et son bruit vidéo sont, en revanche, toujours très bien gérés. Excellente image chimique et numérique pour Tueurs à gages (N.&B.).

Note : 7/10

 

SON

Mono 2.0 VOSTF uniquement, en bon état,  pour Shanghaï Express, Alice au pays des merveilles, Beau Geste. Mono 2.0 VOSTF et VF d'époque pour La Fille du bois maudit et pour Tueur à gages. La VF d'époque de La Fille du bois maudit est un « must hear » pour les amateurs de VF d'époque « qualité française d'avant-guerre ». Il faut  absolument écouter les chansons américaines doublées en français, notamment celle du débile mental léger - doublé comme tel durant tout le film - qui chante la gloire de l'amour à travers les montagnes : un grand moment de détournement surréaliste (on dirait aujourd'hui situationniste) avant la lettre. Nous plaisantons mais... qui sait ? Les chansons de Veronica Lake dans Tueur à gages ne sont heureusement pas doublées. L'absence de VF d'époque pour trois films sur les cinq nous pose un problème historique : existaient-elles ? Si oui, il aurait fallu les retrouver. Sinon, il aurait fallu préciser qu'elles n'existent pas afin qu'on ne les regrette pas. Dans le doute, la note tombe un peu au-dessous de la moyenne.

Note : 4/10

 

SUPPLEMENTS

Aucun... ce qui ne nous dérange absolument pas mais qui est curieux dans la mesure où un panneau nous prévient, au début de chaque DVD, que Universal n'est pas responsable des commentaires et jugements des intervenants sur les films qu'elle présente. En arrivant au menu principal, on cherche donc tout naturellement une section « présentation » ou « compléments » mais... il n'y en a pas ! Encore une fois, on ne s'en plaint pas, au contraire, même ! Simplement, nous sommes évidemment contraints de mettre 0 à cette section.

Note : 0/10

 

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