SNC et les classiques du cinéma italien en DVD

Nicolas Thys | 2 février 2012
Nicolas Thys | 2 février 2012

Deux nouvelles salves et 11 titres ont été édités au second semestre 2011 (17 août et 16 novembre) par M6 vidéo dans sa collection SNC « Les Maîtres Italiens ». Parmi ces films, quelques uns peuvent être considérés comme des classiques mais de nombreux autres restent méconnus ou oubliés et mériteraient amplement d'être redécouverts. Comme on dit souvent par ici, il n'est jamais trop tard...

 

Dernier amour de Dino Risi

Le roi de la comédie à l'italienne est sans conteste Dino Risi, réalisateur à la filmographie impressionnante, avec quelques bas et surtout de nombreux hauts. Et même lorsqu'il s'agit de découvrir un film moins connu et considéré comme mineur dans sa carrière, on se rend compte qu'il possède de nombreuses qualités. Dernier amour part d'un quiproquo simple pour aboutir à une histoire tendre et drôle, dans laquelle il passe en revue et s'amuse de quelques mythes, notamment celui du séducteur, avec des personnages hauts en couleur. L'année suivante il réalisera Cher papa, dernier film important avant une nouvelle décennie qui s'annoncera beaucoup plus grasse. (3,5/5)  

 


 

Fantômes à Rome de Antonio Pietrangeli

Signé Antonio Pietrangeli, Fantômes à Rome est une comédie fantastique italienne des années 1960, genre peu commun et difficile à mener. Pietrangeli, décédé accidentellement assez jeune, est l'un des meilleurs scénaristes de l'époque mais un réalisateur sans grande originalité. Ce n'est donc pas étonnant si le film ne réalise aucune véritable prouesse dans sa mise en scène. Il vaut avant tout pour son scénario conduit de main de maître et anticipant les problèmes des spéculations immobilières, son casting alléchant qui réunit Vittorio Gassman et Marcello Mastroianni et la très belle photographie de Giuseppe Rotunno, le plus grand opérateur italien des années 60-70. (3/5)

 

 

Une fille formidable de Mauro Bolognini

Une fille formidable est le premier film de Mauro Bolognini, mais aussi le premier rôle important de Sophia Loren qui deviendra peu de temps après la star que l'on sait. Cinéaste italien qui a joué un rôle important dans le développement du néoréalisme, Bolognini a commencé par un genre auquel ceux qui n'ont pas vu ce film ne l'attendaient pas vraiment : la comédie musicale. Une atmosphère de cabaret, un scénario qui fait parfois penser à Une étoile est née sous un versant comique et voilà le décor et l'intrigue plantée. Si la mise en scène est loin d'être virtuose, et même assez plate dans les morceaux de chant et de danse, le film possède un certain charme un peu désuet dû notamment aux couleurs éclatantes et à la présence des acteurs qui ne laissent pas indifférents. Les amateurs du réalisateur y verront une curiosité mais pas un grand film. (2,5/5)  

 

Metello de Mauro Bolognini

Quand Mauro Bolognini réalise Metello en 1970, il a déjà à son actif quelques œuvres intéressantes au début des années 1960 comme Le Bel Antonio et La Viaccia, mais il est dans une période creuse qui l'a vu enchainer des films sans grande envergure. Loin des comédies prisées à l'époque ou des récits policiers qui pullulent, c'est ce récit historique sur l'éducation politique et sentimentale d'un homme et son parcours vers un engagement de plus en plus marqué à gauche à la fin du 19ème siècle en Italie qui va le sortir de cet spirale négative. Réalisé sobrement mais avec une redoutable efficacité, Metello ne peut laisser indifférent. On y retrouve le côté anti-bourgeois prôné dès ses débuts par Bolognini qui, dès lors ne s'en départira plus et réalisera ses meilleurs films dans les dix ans qui suivront. (4/5)

 

 

Super témoin de Franco Giraldi

Franco Giraldi est un honnête réalisateur, sans plus. Son Super témoin en est une preuve cinglante. Bien dirigé et avec d'excellents acteurs, Ugo Tognazzi et Monica Vitti en tête, cette comédie assez singulière ne se distingue vraiment que par son scénario. Le rythme est malheureusement assez plat, et les trouvailles visuelles bien peu nombreuses. On passera assez vite sur ce titre qui ne plaira vraisemblablement qu'aux amateurs les plus férus de la comédie italienne de ces années-là et peu regardant sur le style. (2/5)  

 

RoGoPaG de Roberto Rossellini, Pier Paolo Pasolini, Jean-Luc Godard et Ugo Gregoretti

RoGoPaG est le prototype même de la coproduction franco/italienne des années 1960. Film à sketch, il laisse libre cours à l'imaginaire de plusieurs cinéastes afin de produire une oeuvre courte et en générale marquante. Inférieur dans l'ensemble à des titres comme Les Sorcières ou L'Amour à 20 ans, il est toutefois plutôt réussi. Le manque d'homogénéité n'est pas un gros problème et le film permet de voir comment certains grands noms de l'époque s'en sorte dans un format qui n'est pas le leur habituellement. Si les prestations de Godard autour de la fin du monde avec Jean-Louis Bory, et Pasolini qui fait mettre en scène la mort du Christ par Orson Welles sur fond de faim et de fromage, sont exceptionnelles, produisant même pour le second l'un de ses plus beaux films, injustement censuré à sa sortie en Italie, les deux courts de Rossellini et Gregoretti sont beaucoup moins intéressants. (3,5/5)  

 

Ames perdues de Dino Risi

 

Réalisé en 1977, pendant une période très prolifique, Ames perdues est un film à part dans la carrière de Dino Risi. Tirant vers la folie et l'incapacité de vieillir, il s'agit d'abord d'une très belle histoire d'amour et de mort, le récit d'un passé qui n'en finit pas de hanter le présent. Vittorio Gassman et Catherine Deneuve sont magnifiques et rappellent tous les deux les deux influences majeures du film, celle d'un certain cinéma fantastique italien et l'ombre planante de Buñuel. Difficile également de ne pas songer au couple déchiré de Don't look now de Nicholas Roeg réalisé quatre ans auparavant et à l'ambiance, inquiétante et étrange de ses autres films. Risi n'est pas tout à fait comme d'habitude, il se révèle pour notre plus grand plaisir et nous permet de découvrir une nouvelle facette de lui-même. (4/5)

 

 

Le Sexe fou de Dino Risi

Le Sexe fou est l'un des films les plus réussis de Dino Risi, spécialiste du film à sketchs en Italie. Très loin de ses Monstres et d'autres comédies en plusieurs parties, on est là en présence d'un film d'un érotisme aussi poussé que sa dimension absurde. Expérimentant les histoires les plus folles et les plus incongrues, le cinéaste éprouve la sexualité jusqu'au bout avec de nombreuses déviances et des propos décalés et amusants. Il laisse éclore son génie comique en ne sombrant jamais dans du graveleux gratuit et sans âme. A voir absolument pour découvrir le film d'un cinéaste qui sait se renouveler encore et encore. (4/5)

 

 

 

Les Ordres sont les ordres de Franco Giraldi

Adaptation d'un texte d'Alberto Moravia, Les Ordres sont les ordres offrent à Franco Giraldi, l'occasion de réaliser l'un de ses films les moins connus mais les plus intéressants. Malgré quelques problème de rythme et une réalisation parfois trop plate, l'oeuvre est sublimée par un scénario très amusant : une fable féministe intelligente doublée d'une critique sociale forte sur la mentalité machiste encore très implantée dans le pays. Monica Vitti y est parfaite et le film se laisse agréablement regarder. (3,5/5)  

 

Mimi métallo blessé dans son honneur de Lina Wertmüller

Injustement oubliée, Lina Wertmüller est l'une des cinéastes des années 70 à redécouvrir d'urgence. Mimi Métallo n'est pas son film le plus célèbre mais il offre son rôle le plus beau à Giancarlo Giannini, acteur merveilleux, et reste une introduction parfaite au style de la cinéaste. Son engagement politique, entre anarchisme et communisme, et social, elle se déclare ouvertement féministe, a contribué à faire de ce film l'une des sensations du festival de Cannes 1972. Filmé d'une main de maître, le film n'a rien perdu de sa force provocatrice. et il reste aujourd'hui encore l'un des plus beaux pamphlets jamais réalisés. Trois ans plus tard Lina Wertmüller deviendra la première réalisatrice nominée à l'oscar en 1975 pour Pasqualino Settebellezze. (4/5)  

 

Casanova, un adolescent à Venise de Luigi Comencini

Pour les cinéastes italiens révélés dans les années 50 ou 60, la réalisation d'un Casanova semble être un passage nécessaire. La libération sexuelle se fait de plus en plus présente et la vie du Don Juan italien passionne. Après Fellini et Monicelli, c'est Comencini qui s'y atèle avec des acteurs peu connus mais parfaits. Beaucoup moins fantasque que la version du premier, bien moins légère que celle du second, le Casanova de Comencini revient vers le récit historique et le désir du cinéaste de s'attarder sur le monde de l'enfance et de l'adolescence. De plus, le raffinement esthétique comme la critique sociale, deux grands traits de l'œuvre du cinéaste, transparaissent dans chaque séquence et font de ce film un objet étonnant, réaliste sans l'être totalement, psychologique sans trop en faire et surtout très touchant. (4/5)

 


 

IMAGE : (4/5)

SNC / M6 vidéo a toujours réalisé un travail exemplaire dans l'édition des classiques italiens et c'est encore une fois le cas. Certes, plusieurs films disposent d'une image de meilleure qualité que d'autres grâce à une restauration plus poussée et à un master HD, comme le Casanova ou Mimi métallo, mais les autres ne sont pas en reste. En général, l'image est soignée, sans défaut important et la colorimétrie est bien respectée si on l'excepte quelques petits détails comme à la fin du Dernier amour de Risi. En outre, les transferts sont de bonne tenue et la définition générale tout à fait correcte.


SON : (3,5/5)

Si tous les films proposés disposent d'un son DD mono, la plupart sont proposés en VO et en VF à l'exception de Fantômes à Rome, Une fille formidable, Metello, RoGoPaG et Ames perdues de Dino Risi qui ne possèdent qu'une VO, choix d'autant plus étonnant pour ce dernier qu'on y retrouve Catherine Deneuve au premier plan. Les doublages ne semblent pas avoir été refaits, ni vraiment retravaillés et leur âge se fait ressentir. On préfèrera donc nettement les version italiennes qui, malgré une restauration efficace, laisse tout de même percevoir quelques défauts de-ci de-là mais rien de très important. Un manque d'amplitude parfois, un très léger souffle également mais tous se valent, avec des voix claires et une musique bien mise en valeur. Un travail honorable dans l'ensemble.

 

 

 


 

SUPPLEMENT : (3,5/5)

Chaque film, sauf Super témoin, se voit complété de notes de production plutôt importantes et intéressantes replaçant les films dans leur contexte, encore faut il avoir un téléviseur assez grand car le texte peut se révéler difficile à lire parfois. Ils sont également accompagné soit d'un documentaire ou d'un entretien avec ou sur un acteur, réalisateur ou technicien toujours passionnant et qui peuvent parfois faire office de très courtes masterclass comme celui sur Tonino Delli Colli sur Ames perdues. Quand ce n'est pas le cas, ce sont des commentaires pertinents de Jean Gili, spécialiste du cinéma italien sur Casanova, ou du critique Jean-Baptiste Thoret sur Le Sexe fou qui servent de palliatif efficace. 

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
FRONTINO
23/12/2020 à 12:30

IL RESTE ENCORE DES CENTAINES DE FILMS ITALIENS (COMEDIES - DRAMES) NOIR ET BLANC DES ANNEES
50, 60, 70, A EDITER EN FRANCAIS. ACTUELLEMENT PLUS RIEN NE BOUGE DE CE COTE.
LE COVID SERAIT-IL PASSE PAR LA ??

mathi 91
16/08/2015 à 11:40

bonjour à vous ,
voilà , il y a un film que j'aimerais revoir , mais hélas qui n ai jamais paru en dvd ! il s'agit du
"chevalier de maupin " de mauro bolognini avec robert hossein et catherine spaak !
si vous pouviez l'éditer je crois volontiers que vous feriez beaucoup d'heureux !
en vous remerçiant par avance continuez à nous faire rêver avec les grands maitres italiens ..

votre commentaire