6 Argento chez Wild side : Test technique

Créé : 28 octobre 2010 - Bruno Terrier
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La sortie des meilleurs films de Dario Argento, l'ex maître italien incontesté de ces 40 dernières années en matière de cinéma fantastique et horrifique, en versions HD et d'après les négatifs originaux nous laissait rêveur depuis leur annonce en début d'année. Malgré les nombreuses éditions déjà disponibles de par le monde, il était permis de croire en des éditions définitives ou du moins supérieures à ce que l'on connaissait jusque-là. Tout d'abord annoncé uniquement en DVD jusqu'à la fin de l'été, la surprise fut de taille lorsque Wild Side annonça en complément une sortie en Blu-ray de trois des titres concernés. Le grand manquant de cette sélection (pour l'instant) est Profondo Rosso (Les frissons de l'angoisse) que nombre de fans (dont l'auteur de ces lignes) considère comme son meilleur et qui a déjà eu l'honneur d'une très belle édition DVD chez le même éditeur.

Dans les cinq cas concernés, toutes les copies proposées ont été tirées des négatifs originaux entreposés à Rome au laboratoire technicolor, transférées en HD sous la supervision de Brigitte Dutray, directrice technique de WS en présence des chefs opérateurs de chacun d'entre eux et retravaillées et corrigées en France au laboratoire VDM. Après cette petite présentation dont le sérieux alloué à cette entreprise n'est pas à mettre en doute, qu'en est-il du résultat ?


Nous procèderons donc en toute logique par ordre chronologique en commençant par le premier film mis en scène par Argento, premier d'une trilogie dite des animaux, L'Uccelo dalle piume di cristallo (L'oiseau au plumages de cristal). Et là ça commence très très mal pour une raison absurde et indépendante de l'éditeur (comme ils nous l'ont confirmé par téléphone). Le responsable de ce fiasco technique a pour nom Vittorio Storaro, directeur de la photo du film qui à l'instar de ce qu'il nous a fait subir pendant des années sur Apocalypse Now (avant sa ressortie récente en Blu-ray chez Lionsgate), a décidé comme il s'en explique dans une interview en bonus de 14min, de recadrer le film du 2.35 au 2.1 pour des raisons esthétiques et de conversion de l'image cinéma au petit écran. À écouter son explication quasi mystique et pompeuse on pourrait presque le croire de bonne foi mais en visionnant le film le résultat est catastrophique. La composition en scope y perd énormément par un recadrage inutile et jusqu'ici inédit pour ce film, tous les DVD existants étant au format respecté. Pire encore, au delà du recadrage injustifié on a l'impression de voir une image  4/3 zoomé, les détails et les couleurs en pâtissant fortement. Malgré tout son talent passé, ce type, un brin mégalo, détruit à posteriori une bonne partie du travail de composition d'Argento. Comment cela a pu échapper à ce dernier et aux divers techniciens qui l'ont visionné par la suite reste un grand mystère. En tout cas une édition à éviter de toute urgence malgré un documentaire inédit de 26min sur le Giallo et des pistes anglaises, françaises et italiennes mono de bonne facture. La meilleure version de L'oiseau... reste donc pour l'instant le Blu-ray américain toutes régions Blue Underground au format d'origine respecté avec un piqué d'image et des couleurs  de très haut niveau ainsi que des pistes anglaises et italiennes 5.1 Surround EX avec sous-titres anglais.

 

Cliquez sur les captures ci-dessous pour accéder aux galeries respectives

L'Oiseau au plumages de cristal
 Version DVD
 
 

Version originale prise depuis la BA se trouvant dans les bonus
 

Le second titre proposé, deuxième film de la première trilogie de Giallo d'Argento, I Gatto a Nove Code (Le chat à neuf queues) s'en sort beaucoup mieux. Ici aussi les pistes audio proposées sont mono d'origine en anglais, français et italiens similaires à ce que proposait jusqu'ici Anchor Bay en DVD US dans la meilleure édition à ce jour avec les trois mêmes langages en Surround 2.0. Quant à l'image, le master HD est de toute beauté (on regrette évidemment l'absence d'une édition Blu-ray), le rendu des couleurs, la compression, les détails, la qualité irréprochable de la copie, tout est au rendez vous faisant ainsi de cette édition la meilleure à ce jour. Parmi les suppléments assez maigres, probablement pour des questions de budget, on retiendra juste un documentaire inédit de 26min avec interviews d'Argento et de Luigi Cozzi, un de ses fréquents collaborateurs.


Le chat à neuf queues

 

On continue avec Suspiria qui avait déjà fait l'objet d'une édition DVD très controversée chez WS il y a quelques années. À l'époque, sous la supervision de son directeur de la photographie Luciano Tovoli et avec l'accord d'Argento, le film avait fait l'objet d'une restauration HD conforme à la volonté d'origine du réalisateur. Suspiria s'est ainsi retrouvé dénaturé par rapport à la version que nous connaissions jusqu'ici (même par rapport aux sorties cinéma d'époque), avec des couleurs très vives et boostées au point de faire disparaître de nombreux détails (voir la scène de l'arrivée de l'aveugle avec son chien devant le mur rouge de l'institut comme exemple évident). Les années ont passé et à force de multiples visions nous nous sommes habitués à cette version que le Blu-ray respecte scrupuleusement comme on peut s'en douter. Malgré un Blu-ray italien (en italien uniquement) et anglais (en anglais uniquement), la version WS s'impose donc comme l'édition ultime de Suspiria, son transfert HD est encore meilleur que les deux précités même si la source est de toute évidence la même, tiré d'une copie parfaite, au piqué d'image hallucinant  sans le moindre défaut. Ce qui en fait la meilleure édition ce sont aussi les suppléments tous excellents (en SD uniquement) issus de l'édition Collector  double DVD,  (les éditions anglaises et italiennes ayant de maigres et peu convaincants bonus) et l'ajout de multiples pistes audio, italienne DTS 5.1 et 2.0, anglaise 2.0 mono et française 2.0 mono. À vous de choisir votre piste préférées, le film ayant été post synchronisé, toutes sont valables et la VF d'époque est plutôt réussie. Pour les complétistes, la version DVD Anchor Bay US ne perd pas de son intérêt pour autant puisqu'elle propose la version non remaniée au niveau des couleurs du film et une piste DTS anglaise (elle-même par ailleurs controversée car elle retire certains effets sonores d'origine pour en rajouter d'autres) au dynamisme inégalé.

 

Suspiria

 

On passe ensuite au plus attendu, Inferno (second d'une trilogie sur la sorcellerie dont le troisième opus nous suggère un instant de silence embarrassé), inédit en France en DVD comme en Blu-ray. Jusqu'ici nous avions comme référence le DVD US Anchor Bay et le très beau DVD italien de chez Fox qui malgré l'abus de DNR s'en sortait haut la main. Il y a peu les anglais de Arrow ont sorti un Blu-ray très fourni en suppléments d'après un nouveau master HD qui semble être celui ayant servi à l'édition Wild side. Justement qu'en est-il de celle-ci et qu'apporte-t'elle de plus ? Malheureusement rien si ce n'est, et il ne faut pas le négliger, la VF d'époque et des sous-titres français. Pour le reste, on ne peut émettre que des réserves, le seul supplément est un documentaire de 13min très (trop) maigre pour un film qui méritait bien mieux, la jaquette est absolument hideuse et tellement éloignée de l'esprit du film et le transfert en DVD comme en Blu-ray est beaucoup trop lumineux avec un résultat négatif sur le rendu des couleurs (qui à l'inverse de Suspiria sont trop atténués) et sur la profondeur des noirs qui dans les zones les plus sombres fourmillent dangereusement apparentant le rendu à un bruit vidéo très gênant (un bon exemple : toute la scène de nuit où Kazanian capture les chats). Ces défauts de luminosité excessive sont encore plus visibles sur le Blu-ray du fait de sa définition accrue alors que le DVD s'en sort plutôt bien. Ajoutons à cela quelques défauts de pellicules bien marquées et la présence de pistes italiennes, anglaises (la plus dynamique des trois) et françaises en mono uniquement (le mixage salles d'origine était en Dolby Surround) et nous sommes assez loin d'une édition définitive. Ne boudons pas pourtant notre plaisir car malgré tout cela ça reste tout à fait visible et hautement recommandable. En attendant les Allemands de Camera Obscura qui annoncent pour très bientôt leur édition Blu-ray qui devraient, d'après les captures aperçues sur le web, satisfaire les fans purs et durs. Sans oublier que Blue Underground prévoit aussi sa sortie HD en 2011.

 

Inferno 

 

Passons ensuite à Tenebrae (Ténèbres), le retour au Giallo, après la parenthèse fantastique de Suspiria et Inferno. Ici notre attente était d'autant plus grande qu'aucune version existante n'était satisfaisante en matière de métrage et qualité d'image. Le résultat en DVD comme en Blu-ray est au-delà de nos espérances. Tout y est parfait, version intégrale, perfection de la copie, respect des couleurs, piqué d'image et détails, un véritable sans faute si ce n'étaient les pistes mono d'origine en anglais, français et italien à la dynamique limitée. La Française qui a le volume le plus élevé,  aurait bien mérité un remix 5.1 propice à mettre en valeur la musique démente des Goblin sans dénaturer l'œuvre originale. Seul bémol comme sur toutes les autres éditions de cette collection (à part Suspiria), la maigreur des suppléments avec un seul documentaire de 26min doté de nombreuses interviews mais aucun document inédit.

 

 Ténèbres

 

On finira ce tour d'horizon avec Phenomena, le premier film d'Argento annonçant de manière encore retenue la déchéance à venir (l'utilisation du hard rock plus que discutable et un scénario aux incohérences notoires). Comme pour Tenebrae, et l'on regrette d'autant plus l'absence de Blu-ray, le résultat est quasi parfait, copie immaculée, compression au taquet, superbe définition proche de la HD et des pistes son anglaise et italienne DD 2.0 et française mono avec une préférence de dynamique et d'effets pour l'anglaise (là aussi un remix 5.1 n'aurait pas été superflu). À noter que l'on retrouve ici la version internationale choisie par le réalisateur telle qu'on la connaissait déjà en France légèrement plus courte que la version appelée « Hard integral » disponible en DVD japonais et allemand. En tout cas, malgré une fois de plus un maigre documentaire inédit de 26min, cette édition supplante en qualité toutes celles déjà existantes.


Phenomena

 

En résumé, merci à Wild Side pour ce superbe travail de réhabilitation des œuvres majeures d'Argento  dans un contexte économique très difficile pour l'édition DVD et à un moment où la notoriété de Dario est au plus bas. Hormis donc l'aberration du format de L'oiseau au plumage de cristal, la relative déception de Inferno et des suppléments bien maigres (économie de budget oblige), cette vague de six titres indispensables permettra nous l'espérons, à de nombreux cinéphiles de (re)découvrir l'œuvre d'un artiste majeur. En attendant avec impatience de voir sortir un jour les titres manquants sur support HD bien que ceux-ci soient prévus dans les mois à venir en Angleterre.

 

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