Kamikaze club

Kyokatsu koso gawaga jinsei, Japon, 1968

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Critique

Francis MouryFrancis Moury 01 sep. 2007 Star Rating 6

Kyokatsu koso gawaga jinsei [Kamikaze Club / Blakmail is my life / Call me blackmail] (Jap. 1968) de Kinji Fukasaku est sorti sur les écrans japonais juste après le fantastique et si beau Kurotokage [Le Lézard noir] dont on attend depuis longtemps la réédition en DVD zone 2… en vain pour l’instant.

Fukasaku tourne depuis 1961 des films de gangsters : on peut dire qu’en 1968 il est déjà devenu un routier du genre mais son énergie visuelle demeure ahurissante, volontairement vulgaire mais efficace. On est loin de la pureté de son premier film de 1961 et loin de sa sincérité anonyme et en même temps si personnelle. Fukasaku est devenu « bankable » et on peut vendre un film sur sa signature. Direction d’acteurs et casting intéressant : par exemple Hideo Murota, robuste habitué des films de Fukasaku et toujours très crédible, davantage que Tetsuro Tamba qui cabotine l’espace de quelques gros plans et n’a pas grand chose à faire. Du point de vue formel, Fukasaku « commercialise » à outrance, comme pour les annihiler par entrechoquement, tous les tics stylistiques de la nouvelle vague japonaise : flash-back obsédants, caméra brièvement portée à l’épaule, angles bizarres ou insolites, arrêts sur image.

En anarchiste moraliste, il les utilise pour renforcer l’efficacité narrative d’un « film sur la jeunesse délinquante ». Narration à laquelle il est impossible de croire tant elle est irréaliste mais qui fonctionne dramaturgiquement comme un mauvais rêve : sa vérité est aussi là, dans cet aspect cauchemardesque et guilleret à la fois, presque surréaliste. Elle comporte au surplus une ligne directrice cruelle et désabusée : la « révolte de la jeunesse » est volontairement déplacée au niveau du gangstérisme le plus minable. L’anarchisme revendiqué y coïncide avec la défaite et la mort annoncée. 

Sous couvert d’un itinéraire dynamique et d’un suspense grandissant à mesure que les enjeux augmentent, Fukasaku délivre régulièrement une critique sans appel du Japon démocratique américanisé, devenu matérialiste et nihiliste. À ce Japon, il préfère celui des perdants magnifiques (les véritables Yakuza) et même celui des perdants les plus minables (comme c’est le cas ici).

Entre exaltation de la liberté et regret de l’ordre idéal perdu : la saveur dialectique des futurs chefs-d’œuvre du cinéma yakuza de Fukasaku est sensible ici d’une manière pointilliste, certes moins ample mais sensible.

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