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Critique
Depuis quelques années, la mode est à la ressortie en salles ou en DVD de version longue ou director's cut comme cela fut le cas par exemple de Coppola avec son Apocalypse Now Redux, Christophe Gans avec Le pacte des loups, David Twohy avec Les chroniques de Riddick (uniquement en DVD celui-là) sans parler du roi en la matière, George Lucas et sa capacité sans limite à triturer sa première trilogie (en attendant la seconde quand elle sera terminée). Dans ce contexte, il est bon de se rappeler que l'un des premiers à retourner sur la table de montage pour parfaire la vision de son film fut Steven Spielberg non pas seulement pour E.T. mais aussi et avant tout pour Rencontres du 3ième type. Deux fois, le réalisateur s'est en effet penché dessus pour en sortir deux versions qui diffèrent de celle inaugurale de 1977. Si celle qui se trouve sur le DVD chroniqué dans ces lignes et que Spielberg reconnaît comme étant la « bonne » version, modifie peu le premier montage, il n'en va pas de même de l'édition spéciale sortie en 1980; cette dernière révélant le mystère en nous faisant pénétrer avec Richard Dreyfuss dans le vaisseau. Plus ou moins obligé d'intégrer cette séquence à l'époque pour pouvoir ajouter les scènes qu'il n'avait pu mettre faute de temps et d'argent dans la version de 1977, Spielberg ne s'est jamais caché qu'il n'appréciait pas cette édition spéciale. D'où la création en 1998 de la version ultime de son bébé.

Certains remontages ne sont pas toujours heureux et dénaturent l'uvre originale en réduisant son impact (Redux divise ainsi les supporters de Coppola) ou en modifiant son sens (Lucas et ses plans rajoutés de l'Épisode IV). Rencontres du 3ième type n'entre absolument pas dans cette catégorie. La version définitive que Spielberg a approuvée en 1998 est assurément la plus aboutie. Elle éloigne à jamais le mauvais souvenir de l'édition spéciale. Les différences entre la version de 77, celle qui rencontra un succès retentissant lors de sa sortie et celle de 98 ne sont effectivement pas énormes : trois scènes ajoutées pour trois scènes supprimées.

Si à une scène près (celle où Roy Neary sur son lit, voit dans l'oreiller de son lit la réplique de la montagne Devil's Tower), les coupes ne sont pas significatives, les ajouts le sont. Notamment, la découverte dans le désert de Gobi d'un bateau échoué (30min 16s, scène présente dans le montage de l'édition spéciale de 1980) et le moment où Ronnie Neary découvre son mari en train de faire une dépression sous la douche en plein milieu de la nuit et tout habillé (également visible dans le montage de 80).

Rencontres du 3ième type possède une place à part dans la filmographie de Spielberg. Tout d'abord parce qu'il est l'auteur du scénario (chose très rare chez lui) et que depuis tout petit (comme il l'avoue au début du documentaire de Laurent Bouzereau) il est fasciné par le merveilleux, l'inconnu et les OVNI. Il se dégage ainsi de son récit une naïveté et un optimisme qui allait jusqu'à encore très récemment (La liste de Schindler) caractériser son cinéma, pour le meilleur (E.T.) et pour le pire (Hook). Avec un sens de l'image prodigieux et en reprenant certains thèmes élaborés dans Jaws, Spielberg embarque le parfait Richard Dreyfuss dans une aventure bouleversante qui permet entre autre d'évoquer la venue d'extra-terrestres de la manière la plus scientifique et la plus crédible qui soit. Il n'y a vraiment rien de spectaculaire si ce n'est l'imposant vaisseau de la fin.

Ce qui intéresse le plus Spielberg, et l'absence de toute image de l'intérieur du vaisseau dans le montage initial le prouve), ce ne sont pas les aliens mais plutôt l'effet qu'a leur possible rencontre sur un groupe d'êtres humains. En ce sens, Rencontres du 3ième type parle comme rarement un film a su le faire, du besoin de communication avec autrui (le personnage interprété par François Truffaut étant là pour le rappeler et le souligner à chaque instant), de cette volonté de connaître l'autre exacerbée ici par le fait qu'ils s'agissent d'extra-terrestres et ce quelque que soit le moyen pour y arriver.

Ce moyen dans Rencontres du 3ième type c'est la musique et plus particulièrement cinq notes (géniale trouvaille signée John Williams) qui permettent à Spielberg de signer une scène magique : L'échange de notes entre les humains et leur clavier électronique et le vaisseau extra-terrestre et ses lumières imposantes, immense moment de cinéma, constitue le pic émotionnel du récit.

Tout le cinéma spielbergien est condensé dans cette séquence ainsi qu'à une dernière demi-heure quasi muette, où la seule chose qui importe, sont ces quelques signes, gestes et notes musicales. Les films de Spielberg sont ainsi avant tout une expérience visuelle étonnante et fascinante que chaque individu peut comprendre (le succès phénoménal de ses films au fil des années le confirme), les images qu'ils véhiculent étant partout dans le monde aussi facilement compréhensibles et acceptées que les notes par les extraterrestres. À ce titre, Rencontres du 3ième type s'impose comme le film somme pour comprendre la filmographie d'un des plus importants réalisateurs contemporains.



