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Critique
Jack L’éventreur [Man in the Attic] d’Hugo Fregonese est inédit en France dans les salles de cinéma. Le voir télédiffusé sur le câble (assez récemment) ou sortir en DVD chez nous comble donc très heureusement une lacune dans la passionnante filmographie de ce mystérieux criminel. On s’explique d’autant moins son absence des écrans français que The Lodger / A Story of the London Fog [Les Cheveux d’or] (1926) d’Alfred Hitchcock, et The Lodger [Jack l’éventreur] (1943) de John Brahm avaient été, pour leurs parts, distribués sans difficulté chez nous ! Man in the Attic est, tout comme eux, une variation-adaptation de la même histoire originale écrite par Marie Adelaide Belloc-Lowndes. Par ailleurs, les films allemands classiques dans lesquels l’éventreur apparaît (Le Cabinet des figures de cire de Paul Leni, Loulou de Pabst) avaient été distribués sans encombre chez nous.
Et on ne peut pas dire que l’érotisme ou la violence graphiques de Man in the Attic constituent un motif d’effroi pour le censeur français de 1953 : aucun meurtre n’est montré, et l’érotisme se limite à deux numéros de cabaret, certes mignons mais tout de même encore assez sages. Pour bénéficier vraiment de ces éléments portés à leur maximum d’intensité, il faut attendre 6 ans de plus et le chef-d’œuvre produit, réalisé et photographié par Robert S. Baker & Monty N. Berman tourné en 1959 : leur génial Jack The Ripper [Jack l’éventreur] demeure, encore aujourd’hui, la version cinématographique de référence. À quand une édition collector en DVD zone 2 ? Nous lançons ici à la mer une bouteille cinéphilique. Même le beau A Study in Terror [Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur] de James Hill n’arrivera pas à retrouver une telle intensité en 1965, bénéficiant pourtant d’une magnifique direction artistique, de très belles couleurs et de la pulpeuse Edina Ronay : c’est dire ! Et puis après tout, The Lodger de Maurice Elvey et Room to Let de Geoffrey Grayson, autres variations d’après la même source littéraire, demeurent inédits chez nous...
Ce qu’il faudrait noter, a contrario, c’est la volonté de retenue et le désir, digne d’un ancien collaborateur de Val Lewton, de suggérer l’horreur plutôt que de la montrer. Ce qui intéresse Fregonese, ce sont les gros plans du visage de l’acteur Jack Palance lorsqu’il évolue dans sa vie quotidienne de locataire un peu bizarre : c’est là toute la force et la faiblesse de son film. Palance est malheureusement l’exemple de la fausse bonne idée de casting pour un tel rôle : la puissance plastique de son physique et la puissance mythologique de son personnage s’annulent réciproquement.
D’autant que le scénario a tendance à privilégier une explication « humaniste » du criminel destinée à ne pas le rendre seulement terrifiant et à privilégier le dialogue statique au détriment du reste. Son économie dramaturgique est donc préjudiciable au développement de la peur, qui nait du secret et du non-dit : elle s’oriente vers le film policier bien plutôt que vers le film fantastique.
C’est le personnage de Constance Smith, belle et qui joue très bien son rôle d’artiste « libérée », « émancipée », mais en danger sans le savoir, qui nous a intéressé : il est le seul élément réellement original du script. Et bien sûr une direction artistique et des décors très soignés, qui participent toujours au plaisir purement graphique de cette lignée.
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