Sables mouvants

Quicksand, États-Unis, 1949

Sables mouvants
4,5
Écran Large Star Rating 9
Nos lecteurs Star Rating 0
Popularité
30% Popularité
Votre note
HateStar RatingLove
Alertes

Critique

Francis MouryFrancis Moury 06 aoû. 2007 Star Rating 9

« (…) L’archétype du thriller de Blind Alley, qui se construit autour d’une quête d’argent effrénée et semée d’embûches. Le destin joue un rôle dans la chute de Danny mais il est aussi poussé au crime par l’avidité de tous les individus qu’il rencontre. C’est un pauvre type naïf qui apprend au prix fort que les gens sont bien plus corrompus qu’il pouvait l’imaginer. (…) » Eddy Muller, Dark City - Le monde perdu du film noir, § Blind Alley, éd. Clairac, coll. CinéFiles dirigée par Jean-Pierre Deloux, 1998 (éd. originale américaine) – 2007 (trad. française de B. & J. Guérif, préfacée par François Guérif), p. 165. 

 

Sables mouvants d’Irving Pichel était jusqu’à maintenant inédit en France : inexplicable car c’est un film noir américain tout à fait remarquable qu’on découvre avec le plus grand plaisir. Le jeu de Mickey Rooney et la mise en scène de Pichel préfigurent respectivement – dans le même genre du film noir bien que le scénario de Robert Smith ne soit absolument pas basé sur des personnages "historiques" et que son sujet soit tout autre - la nervosité et la brutalité de L’Ennemi public [Baby Face Nelson] de Don Siegel avec le même Rooney en vedette. Concernant Rooney, Eddy Muller signale (op. cit. supra) qu’il tournera l’année suivante, en 1950, The Strip (encore un film inédit en France mais il faut dire que son réalisateur est vraiment très peu connu) pour la M.G.M. sur un scénario similaire : un homme moyen et honnête se retrouve « impliqué » avec des gangsters. Notons aussi que Rooney sera non moins étonnant et à l’aise dans cet autre grand film noir qu’est The Last Mile [La Rafale de la dernière chance] (1959) d’Howard W. Koch. Le noir lui va bien. 

Concernant Pichel, force est de constater qu’il n’est pas seulement un excellent directeur d’acteurs (le moindre second rôle est dessiné avec précision, et doté d’une individualité spécifique) mais aussi un excellent metteur en scène. En quelques plans, il peut installer une scène, un personnage, une situation. La rude sécheresse, nette et tranchante, du montage de Walter Thompson et l’élégance glacée et un peu froide de la belle photo de Lionel Lindon sont liées, rendues vivantes, dynamiques par sa mise en scène. On y croit absolument. Même la fin du film – que certains accuseront de moralisme conventionnel – est étonnante par le suspense absolu qu’elle ménage jusqu’au bout : elle est bien l’aboutissement du rythme infernal de spirale qui est celui du film tout entier. Cette spirale qui s’ouvre sur les plans d’une plage la nuit a parfois quelque chose de cauchemardesque : le casting de Peter Lorre, toujours aussi génial, y est pour quelque chose.

Enfin, le personnage et l’interprétation de Jeanne Cagney, ainsi que son rapport avec Rooney, évoquent pendant une partie du film la relation entre les amants maudits de Gun Crazy [Le Démon des armes] de Joseph H. Lewis, tourné l’année suivante. C’est dire que Sables mouvants, rétrospectivement, n’évoque pas seulement la lignée nommée et définie « Blind Alley » par Muller (op. cit. supra) – lignée de film dont le héros est, en effet, en général un brave type qui se compromet avec des criminels ou devient criminel par le jeu du destin, qui est illustrée par des films noirs américains (pour nous en tenir à cette nationalité unique) aussi variés et beaux que La Femme au portrait (1944) de Fritz Lang, Side Street [La Rue de la mort] (1950) d’Anthony Mann, ou encore Le Faux coupable (1957) d’Hitchcock, pour ne citer qu’eux - mais bien d’autres choses encore, y compris un certain surréalisme. 

 

NB. : contrairement à aux indications du verso de la jaquette et du site américain IMDB, le copyright mentionné au générique d’ouverture n’est pas 1950 mais bien 1949. Même si le film n’a été distribué dans son pays d’origine en première exploitation que le 24 mars 1950, le peu d’écart entre les deux dates nous semble justifier qu’on accorde tout de même la préférence au générique concernant sa datation.

Liens sponsorisés

Films attendus
The Dark Knight
L'incroyable Hulk
James Bond : Quantum of Solace
Babylon A.D.
Wall-E
La Momie 3
Harry Potter 6
Séries télé du moment
Heroes
Lost, les disparus
Desperate housewives
Prison break
Grey's Anatomy
Ugly Betty
24
Stars du moment
Jennifer Lopez
Paris Hilton
Jessica Alba
Britney Spears
Eva Longoria
Lindsay Lohan
Carmen Electra