Cloverfield

Cloverfield, États-Unis, 2008

Cloverfield
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Critique

25012501 07 fév. 2008 Star Rating 7
Le buzz internet monté par ce p’tit malin de JJ Abrams s’est montré efficace au box-office. Par contre il ne faut pas être exigeant concernant les mystères de ce Cloverfield, tout se ramenant basiquement à un Godzilla version blair Witch à New York. Espérons que Lost ne se résume pas à un pétard mouillé similaire (qui y croit encore ?). Mais ici ce n’est absolument pas dommageable, le paradoxe de Cloverfield étant de faire planer le mystère sur un sujet on ne peut plus simple alors que l’intérêt principal du film est l’expérience, cette forme particulière qui mélange caméra amateur et film de monstre. Un film concept donc, et hollywoodien, contradiction dans les termes ? Contradiction à l’image, qui fait tout le sel du projet.

Le procédé permet habilement au réalisateur Matt Reeves de se débarrasser des scènes les rébarbatives du kaiju eiga (film de monstre en japonais, rendons à César), à savoir les réactions militaires et politiques au désastre dans des grandes salles pleines d’écrans. Cloverfield est un film montagnes russes qui ne souhaite pas s’embarrasser de superflu, occultant totalement l’explicatif au profit de l’expérience des survivants. Le film s’inscrit dans une tendance de mise en scène « énervée », de l’utilisation de la DV (Redacted, REC) au style Greengrass, repris par le film d’horreur (28 semaines plus tard). Là où on pouvait avoir un doute c’est sur une possible mise en scène derrière la fausse vidéo amateur. Reeves a une bonne idée pour étoffer le concept, laisser sur la bande des bribes d’un précédent enregistrement, qui finit par ne pas vraiment porter ses fruits. Il ne se laisse pas dépasser par le n’importe quoi en jouant subtilement entre réalisme (beaucoup de pieds, de tremblements) et pose façon esthétisme du chaos. La demi-heure suivant le premier choc s’apparente d’ailleurs presque à un remake du 11 septembre, au cœur de la catastrophe. Des « Oh my God » aux tours qui s’effondrent, en passant par le nuage de poussière envahissant les rues de Manhattan, le parallèle est radical et saisissant. Les incrustations d’effets spéciaux sont une grande réussite, laissant le spectateur aussi stupéfait que les protagonistes lors de quelques courts passages. Courts car le principe ne permet pas la contemplation et le face-à-face prolongé avec le danger, la peur finissant par l’emporter, et un peu de frustration aussi. A quand les super-héros avec caméra embarquée ?

Même si le spectacle tourne un peu en rond au bout de 45 minutes, le pari est gagné, on cherche à décrypter l’image tremblante, et on attend avec impatience la prochaine confrontation. Le problème, car il y en a un, et de taille (non, pas le monstre, anecdotique finalement), vient d’un casting de sitcoms ou de pubs pour jeans (en parlant de pubs, il faudrait expliquer au réalisateur qu’il vaut mieux éviter de les placer systématiquement pendant les scènes d’émotion…). Des trop belles gueules têtes à claques dont on finit par attendre la mort avec impatience, parties dans un bien improbable "Il faut sauver l’ex-petite amie du héros à l’autre bout de la ville" (c’est ces deux couillons qu’on aperçoit sur la bande entre deux prises du monstre). Grosse tare du producteur Abrams : la larmiche facile de beaux gosses invraisemblables. Autant dire que nos héros ont un comportement inversement réaliste au procédé employé. On pardonne les incohérences d’une caméra incassable à la batterie ultra performante tant qu’elle nous ramène de belles images furtives. Difficile d’être aussi indulgent avec des personnages ballottés à droite à gauche sans logique.

Le film perd en pureté brute de décoffrage avec cette histoire mélo franchement tirée par les cheveux sur un tel concept. C’est sans doute la concession indispensable d’un film qui reste un blockbuster, même s’il sort visuellement de l’ordinaire du genre. Cloverfield n’est donc pas la claque espérée, l’originalité de l’ultra réalisme le disputant régulièrement aux poncifs et aux raccourcis du film catastrophe. Il perd alors une grande part de sa force immersive, mais demeure un grand manège impressionnant dans ses scènes d’action et de tension.

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