Le La Enterrement du soleil / Tombe du soleil / Tombeau du soleil

Taiyo no hakaba

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11 juil. 2007 Par Francis Moury Star Rating 10

 

L’Enterrement du soleil est le troisième film qui confirme Oshima comme cinéaste contestataire, s’attachant à des personnages voués à la mort et à la perte d’identité totale la plus effrayante. Oshima dénonce l’hypocrisie du cinéma humaniste de gauche d’une manière bien plus efficace qu’auparavant et détourne la convention des genres – on est à la fois dans un film policier ultra-violent et dans un drame social, dans une histoire d’amour et dans un documentaire romancé, voire dans un film politique ou d’espionnage à cause du trafic de CNI mené par "l'agitateur" impérialiste (impérialiste au sens japonais naturel de "partisan de l'Empire japonais et de la politique impérialiste menée par l'Armée", pas au sens communiste employé par les gauchiste occidentaux, précisons car il faut préciser : ces subtilités relatives et rebattues coulaient de source en 1960 ou 1970 mais le spectateur occidental de 2007 peut les avoir oubliées, ou les ignorer !) - pour exprimer un pessimisme créatif, fondamentalement emblématique du Taiyozoku, le mouvement de la « jeunesse rebelle et violente ».

 

Ce « cimetière » ou cette « tombe » (« hakaba ») du soleil dans lesquels se débattent des pantins voués à la survie ou à la mort violente, dominés par l’instinct et la pulsion, lui donne l’occasion d’abandonner le néo-réalisme classique qui était l’esthétique dominante de Une Ville d’amour et d’espoir, et d’abandonner aussi les postures convenues de la Nouvelle vague japonaise qui minaient régulièrement les Contes cruels de la jeunesse.

 

De cette trilogie, c’est incontestablement L’Enterrement du soleil qui domine sans effort et qui ne cesse de surprendre. Oshima retrouve d’une part la virulence démente du néo-réalisme militant dénonciateur de certains de ses aînés (qu’on songe au Détroit de la faim d’un Tomu Uchida, par exemple) ou de certains documentaristes contemporains ; il les détourne vers un baroque cruel parfois proche du fantastique (qui sera aussi le secret de Yasuzo Masumura dans L’Ange rouge). L’Enterrement du soleil demeure d’une puissance impressionnante. Ses quelques effets esthétisants (le meurtre filmé de loin, les cadrages fragmentés de visages extatiques ou drogués, les plans en contre-plongé d’un toit d’entrepôt ou de gare semblant devenu une structure stylisée, etc.) sont bien intégrés à l’économie générale de la dramaturgie et ne sont pas gratuits : ils résultent comme physiquement de la marginalité morale, spirituelle, sociale, charnelle des protagonistes. Interprétation haut de gamme : la démentielle Kayoko Honoo en tête, suivie de près par l’ensemble du casting masculin, hallucinant de vérisme.

 NB : seul le premier des trois films est inédit : Contes cruels de la jeunesse et L'Enterrement du soleil avaient été distribués vers 1985 par Films sans frontières, outre d'assez régulières présentations à la Cinémathèque française et au Centre George Pompidou lors des rétrospectives dirigées respectivement par Hiroko Govaers (1984-1985)  puis Max Tessier (1997).



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La Rédaction11/07/2007 04:09 par La Rédaction

Enterrement du soleil / Tombe du soleil (La) / Tombeau du soleil (Le)

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