Michael Clayton

Michael Clayton, États-Unis, 2007

Michael Clayton
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Critique

Jean-Noël NicolauJean-Noël Nicolau 25 sep. 2007 Star Rating 7

Le film de procédure, genre à mi-chemin entre le thriller politique et le huis-clos de procès, est complexe à construire et d’autant plus délicat à mettre en images. S’il peut accoucher de perles telles que le récent Révélations de Michael Mann, il dégénère plus fréquemment en d’ennuyeuses errances verbeuses, proches du téléfilm. En choisissant la voie de l’exigence, Tony Gilroy, scénariste de la série des Jason Bourne, esquive brillamment les écueils qui semblaient quasi inévitables.

L’idée exacte n’est pas celle du contournement des passages obligés, mais plutôt l’intelligence de leur intégration au récit. Le meilleur exemple étant Michael Clayton lui-même, héros ambigu ne venant jamais vampiriser l’attention. En cela la prestation de George Clooney est très juste, il apporte naturellement charme et mystère, en implicite, laissant le champ libre au devenir du caractère. Alors qu’on l’imagine monolithique, un super « nettoyeur » juridique, plus proche de l’agent secret que de l’avocat en robe, son Michael Clayton se révèle perméable et avant tout témoins des événements. Subissant les aléas de l’intrigue, balloté durant les 9/10e de l’œuvre, Clooney ne reprend la main que pour littéralement clore la boucle narrative. Pour autant, le réalisateur ne joue pas sur l’ellipse et un suspens forcené, au contraire, il expose consciencieusement les coulisses d’une machination qui finit par dépasser ses instigateurs.

Pour incarner la « bad girl », Tilda Swinton est un autre coup d’éclat discret. Mélange de froideur absolue et de fragilité, presque attachante dans son inhumanité maladroite, elle participe à la crédibilité du film. Tout aussi judicieuse est la présence, dépassant le cadre de l’hommage, de Sydney Pollack, dont les quelques apparitions s’avèrent confondantes de naturel et de force tranquille.

Si le casting assure une bonne partie de la réussite de Michael Clayton, l’essentiel demeure la qualité de l’écriture. En insistant sur l’évolution du grain de sable (formidable Tom Wilkinson, aussi à l’affiche du Rêve de Cassandre) dans les rouages parfaits, l’auteur apporte recul et humour, se permettant même quelques punchlines bien senties. L’équilibre entre divertissement et leçon de morale est ainsi plus maîtrisé que dans Syriana (autre « sujet fort » produit par Clooney), film qui était à la fois trop didactique et trop outrancier. Le propos politique atteint simplement son objectif chez Gilroy, sans prendre en otage le spectateur.

La tension est efficace, débouchant sur une conclusion très fictive mais imprégnée d’une mélancolie paradoxalement libératrice et assez émouvante. Si le réalisateur se permet quelques effets, ils trouvent au final leur justification. A l’image de la scène des chevaux qui pourra sembler gratuite, comme une touche poétique aberrante en début de métrage, avant de faire sens une heure et demie plus tard. Michael Clayton navigue ainsi avec élégance, dégageant une certaine prestance qui captive sans esbroufe, en imitant les grands maîtres du genre, tout en se ménageant une petite place fort estimable à leurs côtés.

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