Dans la brume électrique

In the electric mist

VOTRE NOTE: HateStar RatingLove



16 avr. 2009 Par Sandy Gillet Star Rating 6

 

Cela faisait longtemps que Bertrand Tavernier avait des vues et envies de se frotter au cinéma d'Hollywood. Celui fantasmé par le cinéphile hors norme qu'il décrit si bien depuis des décennies dans différents ouvrages de référence, celui qu'il a plus ou moins côtoyé via ses multiples interviews d'égal à égal aux côtés de réalisateurs prestigieux, celui qu'il connaît finalement comme peu de ses contemporains. À plus de 65 ans l'homme a donc saisi sa chance via l'achat des droits d'un polar poisseux et métaphysique se déroulant dans la ville de New Iberia en Louisiane.

 

Signé James Lee Burke et intitulé en VF Dans la brume électrique avec les morts confédérés, il y voit Dave Robicheaux, ex-flic, ex-alcoolo en devenir et personnage récurrent de justicier idéaliste chez l'auteur (il lui a en effet consacré plusieurs livres), enquêter sur les meurtres sauvages de jeunes filles du cru alors que dans le même temps un tournage sur la guerre de sécession a lieu dans la région rouvrant chez lui des plaies d'un passé mal cicatrisé.

 

À l'écran c'est Tommy Lee Jones qui incarne Dave Robicheaux. Et c'est peu de dire que son interprétation de cet homme concassé par la vie est pile dans les clous. Il y apporte une humanité qu'on lui connaît maintenant depuis Trois enterrements, film certainement matriciel pour ce diplômé d'Harvard en littérature et qui est de surcroît ici le véritable co-auteur avec Tavernier du scénario (non crédité au générique pour des histoires de non appartenance au syndicat ad hoc aux Etats-Unis). Au-delà il y a l'atmosphère moite du bayou tout proche, une photo par moment sublime et quelques plans qui rendent plus qu'hommage au bouquin de Burke.

 

Pour le reste c'est un peu la soupe à la grimace. Si la version exploitée chez nous relève le niveau d'un montage US famélique destiné de surcroît uniquement au marché de la vidéo (Tavernier s'étant opposé pendant près d'un an à Michael Fitzgerald son producteur yankee connu pourtant pour sa sensibilité « arty » et qui avait par exemple commis The Pledge), le résultat ici n'est certainement pas à la hauteur du talent de celui qui a réalisé Coup de torchon, autre adaptation, celle-ci magistrale, du roman noir 1 275 âmes de Jim Thompson.

 

Certes les thèmes sont idoines puisque entre les deux histoires on retrouve les mêmes obsessions d'un anti-héros bouffé jusqu'à l'âme qui veut débarrasser la terre de ses gangrènes et vermines. Et si Tavernier avait décidé de transposer le livre de Thompson dans l'Afrique colonialo-subsaharienne, il opte ici pour une adaptation fidèle utilisant à plein le personnage central qu'est la Louisiane. Il en montre les plaies encore ouvertes (les ravages de l'ouragan Katrina font l'objet d'un travelling émouvant), la putréfaction qui ne cesse jamais et ses fantômes qui hantent les vivants jour et nuit.

 

Malheureusement si la volonté de Tavernier de faire de son décor un personnage principal à part entière est plus que louable voire nécessaire, il est un autre pan de son film qui aurait mérité une traduction moins littérale du livre à savoir l'intrigue. Déjà fort complexe sur le papier mais assez linéaire dans son déroulement, Tavernier s'est ingénié à nous pondre des séquences sans queue ni tête accompagnées d'un montage parallèle paresseux et finalement par trop didactique. Le tout embrassé par une voix off qui vient toujours comme un cheveux sur la soupe fracassant le récit dans des métaphores qui si elles sont légitimes à l'écrit deviennent redondantes voire pompeuses à l'image. La scène de pêche écrite au demeurant et intégralement par Tommy Lee Jones illustre parfaitement cette sensation entre inutile et rare obséquiosité.

 

Que l'on aurait aimé pourtant inscrire Dans la brume électrique comme une nouvelle réussite de l'auteur/cinéaste Tavernier, lui qui apparemment depuis 1999 et Ça commence aujourd'hui se cherche toujours un nouveau souffle que les ambiances putrides du bayou auront pour la peine rendu ici asthmatique.



LIENS SPONSORISES

PHOTOS DU FILM

  Voir le photo  

  Voir le photo  

  Voir le photo  

PLUS DE PHOTOS

PARTAGER

En parler sur Facebook Voter pour cet article sur Wikio



Ilan Ferry :

Star Rating 6
Un faux polar sauvé par son ambiance terriblement envoutante.

Vincent Julé :

Star Rating 6

Laurent Pécha :

Star Rating 6
Un petit Tavernier mais un polar d’ambiances qui se laisse regarder notamment grâce au talent du toujours impeccable mister Tommy Lee Jones.

Sandy Gillet :

Star Rating 6

Stéphane Argentin :

Star Rating 5


psychopathe23/05/2009 17:01 par psychopathe

Pour la vengeance froide, je me suis moins ennuyé, même si il n’est pas extraordinaire comme film. C’est bien beau de vouloir retranscrire une ambiance, mais je vais pas au cinéma pour voir “une ambiance”, mais plutôt une histoire. Si je veux avoir de l’ambiance dans son détail, ben je [...] LIRE LA SUITE
Chinaski11/05/2009 14:45 par Chinaski

Je serais plutôt du même avis que Psychopathe… A la différence d’un roman (qui peut faire 100 pages comme 3 tomes), un film doit quand même respecter certaines contraintes pour lui donner une chance d’avoir un public: un film dure en général environ 2 heures…sauf pour certains films à grand budget [...] LIRE LA SUITE
conn207/05/2009 20:18 par conn2

Je n’attendais rien de ce film et donc je ne suis point déçu. Il ne se passe pas grand chose, et on peut se demander quel est le but du film. Le plus drôle, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’enquête. Les gens savent qui a fait quoi, mais tout [...] LIRE LA SUITE

À ne pas manquer

Dossier Spielberg
Bazar Blu-ray
L'annuaire Blu-ray le plus complet du web
Ecran Large ouvre sa base de données

Newsletter