Les Autres

Others (The)

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25 jan. 2005 Par Laurent Pécha Star Rating 10

En partant aux États-Unis poursuivre sa brillante carrière, Alejandro Amenábar prenait le risque de décevoir ses plus fidèles adeptes, ceux qui depuis la claque prise à la vision de Tesis et le choc visuel d'Ouvre les yeux (Cameron Crowe s'étant vainement essayé à le remaker avec le sans saveur Vanilla sky) estiment que le jeune cinéaste espagnol est l'un des plus grands talents cinématographiques en activité. On avait effectivement peur qu'Amenábar se soit trop vite lancé dans le grand bain, aveuglé par les paillettes et le star système made in Hollywood, sentiment renforcé quand on connaît le nom de son producteur : Tom Cruise. Eh bien, c'était mal connaître le bonhomme, qui en l'espace de deux films (qui déjà, effectivement, possédaient une qualité technique et une roublardise dans l'agencement du récit très américaine) avait déjà su se préparer à ce projet ambitieux qu'est Les Autres. Ambitieux, car Amenábar nous propose ni plus ni moins que de nous terroriser comme rarement le cinéma a été capable de le faire au cours du siècle précédent. Pari osé et pari gagné haut la main : Les Autres fait peur, terriblement peur.


Si Amenábar marque de tout son génie Les Autres allant même jusqu'à signer le scénario et la musique (on pense forcément à un autre immense cinéaste précoce, véritable touche-à-tout de génie, Orson Welles), son film fait irrémédiablement penser à un classique du cinéma fantastique, Les Innocents (on se gardera d'évoquer les similitudes avec Sixième sens, le traitement d'Amenábar diffèrant trop de celui de Shyamalan). Référence flatteuse tant le film de Jack Clayton a impressionné les cinéphiles du monde entier, qui ne sont pas prêts d'oublier une Deborah Kerr, fiévreuse, aux prises avec deux enfants terrifiants, le tout dans un CinémaScope noir et blanc somptueux. On retrouve ainsi dans Les Autres le même binôme, une femme (ici, la mère) face à deux enfants, le tout dans un manoir on ne peut plus anglais, c'est-à-dire baigné par la brume.


L'élément qui dérange ici, qui emporte d'entrée l'adhésion et l'implication du spectateur, c'est la maladie étrange et rare qui frappe les enfants : une allergie totale au moindre rayon de lumière. Alors que dans tout film de terreur qui se respecte le noir est synonyme de peur, de danger, Amenábar choisit d'en faire l'allié de ses jeunes héros. Un paradoxe gonflé à l'image de ce que le cinéaste nous propose en termes d'effroi tout au long d'un récit lancinent (ne vous y trompez pas, le rythme très lent du film est tout sauf innocent). Car s'il est difficile d'évoquer les thèmes pourtant incroyablement matures et profonds abordés par Amenábar (tout ce qui tourne autour de la mort est d'une richesse inouïe, et la fin constitue à ce titre un sommet d'émotions totalement bouleversant) sans déflorer l'intrigue et ses rebondissements, on peut toutefois clairement proclamer que Les Autres fait partie de cette infime poignée de films qui glace le sang, celle qui fait naître des rires forcés pour tenter vainement de détendre l'atmosphère. Pour vous situer l'étendue des « dégâts », le film d'Amenábar n'a absolument pas à rougir de la comparaison avec des films aussi prestigieux que Shinning ou encore L'Exorciste, pour ne citer que deux œuvres qui reviennent souvent dans la bouche des amateurs du genre.


Pour en arriver à un tel résultat d'excellence, le cinéaste espagnol a tout simplement fait appel à ses propres souvenirs d'enfance, les mêmes qui hantent chaque enfant et ce quel que soit son pays d'origine : la peur du noir, le craquement d'une porte, une ombre furtive, un bruit indéfinissable… Ainsi dans Les Autres, et pour stigmatiser la méthode infaillible du réalisateur, suffit-il de quelques notes jouées sur un piano alors que personne ne se trouve dans la pièce pour que l'effroi du spectateur soit à son comble.


Techniquement stupéfiant de maîtrise (la gestion du cadre et l'utilisation du manoir en termes de décor renvoie directement aux plus grands films de la Hammer, le côté baroque en moins), Les Autres doit aussi beaucoup à son interprète principale, Nicole Kidman. Dans la grande tradition des héroïnes hitchockienne (ce n'est pas un hasard si son prénom, Grace, est également celui de l'une des actrices fétiches du maître du suspense), l'actrice, magnifiquement photographiée (sa beauté et sa fragilité n'ont jamais paru aussi touchantes), est au centre de toutes les émotions du film. Présente dès le premier (et fulgurant) plan, elle est le parfait baromètre du spectateur. Tel un miroir, l'écran de cinéma ne fait que refléter au travers de Nicole Kidman nos propres réactions. Les Autres nous propose ainsi l'occasion unique de dévoiler notre véritable visage sous les stigmates de la peur !


Tous ceux qui verront Les Autres, le plus beau film de terreur du monde, auront désormais un métre-étalon en termes de peur cinématographique pour les années à venir. Bref, il y aura désormais Les Autres et... les autres.



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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