Et pour quelques dollars de plus

Per qualche dollari di piu, Allemagne, Espagne, Italie, 1965

Et pour quelques dollars de plus
3,9
Écran Large Star Rating 8
Nos lecteurs Star Rating 8
Popularité
30% Popularité
Votre note
HateStar RatingLove
Alertes

Critique

Francis MouryFrancis Moury 24 fév. 2005 Star Rating 8

Per qualche dollaro in de Sergio Leone est un film formaliste au plus haut point sauvé par la densité charnelle de son sujet. L'équilibre est ainsi préservé même si la première et la troisième partie nous semblent nettement supérieures à celle centrale consacrée à l'attaque de la banque proprement dite. Intelligemment, Leone livre une variation de son western précédent qui perd définitivement le peu de naïveté et de sincérité qu'elle avait tout en accentuant clairement la volonté de faire une œuvre personnelle d'auteur compatible avec la qualité de fabrication d'un produit de série. C'est à cet aspect formaliste que la nouvelle génération de cinéphiles est particulièrement sensible, nourrie par sa connaissance du cinéma asiatique chinois de Hong Kong avec lequel on se plait à repérer une vigueur, une énergie, un brio identiques. Mais avouons que c'est tout au contraire par son aspect collectif non-léonien que Et pour quelques dollars de plus nous semble encore tenir le coup aujourd'hui. Le soin apporté à la direction artistique, aux costumes, la qualité du travail du grand Massimo Dallamano (qui sera un prolifique réalisateur du cinéma-bis italien capable de choses parfois très agréables comme son « poliziotti » Quelli dello calibro 38 (Section de choc, Ital./Fr. 1976), l'interprétation non seulement des vedettes mais de tous les seconds rôles jusqu'aux simples silhouettes, la musique de Morricone dirigée par Bruno Nicolai (futur très grand compositeur pour Jesus Franco notamment) : tout cela joue pour Leone qui a su d'abord s'entourer de tels collaborateurs (sans oublier Tonino Valerii, aussi crédité ici comme premier assistant-réalisateur). Grand réalisateur de seconde équipe, il connaissait toute l'importance à accorder aux détails. Si son film paraît encore humain et vrai en dépit de l'abstraction volontaire du traitement de son scénario, de ses redondances et de ses lourdeurs, c'est bien à eux qu'il le doit.

Reste une idée particulièrement originale qui rend les trente premières minutes très savoureuses : alterner les séquences de deux hommes au profil identique et donc voués à se rencontrer, le plus longtemps possible afin que le spectateur finisse par trépigner d'impatience. Le contraire absolu de l'efficacité classique d'un Howard Hawks ou d'un Anthony Mann et un contraire qui continu de surprendre dans la mesure où elle génère une étrange tension d'un rapport du même et de l'autre, rapport authentiquement dialectique que Leone n'aurait pas été le dernier à revendiquer à l'époque. Surprise est souvent mère de succès au cinéma.
Autre belle idée : retarder la compréhension du souvenir / fantasme de Gian Maria Volonté et ne l'expliquer qu'à l'ultime fin du film, donnant du même coup la clef du personnage de Van Cleef, et nous de comprendre en quoi le scénario était finement construit, comme une boucle devant se boucler.

Mais enfin, ces idées demeurent finalement extérieures aux personnages eux-mêmes, intangibles par rapport à ce qu'ils étaient en 1964 dans leur traitement comme dans leurs réactions. Et c'est bien ce que l'on peut reprocher à Leone : avoir resservi « pour quelques dollars de plus » en délayant une recette initialement bien dosée et novatrice et en prétendant de la sorte faire œuvre d'auteur novatrice poursuivant une recherche. Des cinéastes comme Ford, Mann, Hawks, Boetticher, Peckimpah, ou (côté européen) Corbucci, Margheriti, Ferroni, Fulci, Questi et tant d'autres ont été, eux, réellement novateurs dans leurs variations américaines et européennes. Leone fut prisonnier du succès de son film de 1964 qu'il n'eût de cesse d'affadir et de vulgariser en devenant de plus en plus tape-à-l'œil.

Et pour quelques dollars de plus est un film très bien fait dans lequel ne passe guère autre chose, en fin de compte, que le souffle glacé du calcul de l'effet à atteindre, et dans lequel le scénario n'est qu'un prétexte. Leone a inventé le genre en en donnant un fleuron mais il n'a ensuite fait qu'accompagner sa mauvaise pente. Ce sont ses confrères qui ont maintenu et enrichi ce genre auquel son nom est si paradoxalement identifié. L'amorce de cette dégradation est donnée ici avec une ampleur – et sur une durée ! - qui augmente la force de la preuve !

Liens sponsorisés

Films attendus
W. - L'Improbable président
Mesrine : L’instinct de mort
James Bond : Quantum of Solace
Hellboy 2 : Les légions d'or maudites
Coluche
L'Echange
Harry Potter 6
Séries télé du moment
Heroes
Lost, les disparus
Desperate housewives
Prison break
Grey's Anatomy
Ugly Betty
24
Stars du moment
Jennifer Lopez
Paris Hilton
Jessica Alba
Britney Spears
Eva Longoria
Lindsay Lohan
Carmen Electra