Et pour quelques dollars de plus

Per qualche dollaro in piu




24 fév. 2007 Par Francis Moury Star Rating 8

 

Per qualche dollaro in piu de Sergio Leone est un film formaliste au plus haut point sauvé par la densité charnelle de son sujet. L'équilibre est ainsi préservé même si la première et la troisième partie nous semblent nettement supérieures à celle centrale consacrée à l'attaque de la banque proprement dite. Intelligemment, Leone livre une variation de son western précédent (Pour une poignée de dollars) qui perd définitivement le peu de naïveté et de sincérité qu'elle avait tout en accentuant clairement la volonté de faire oeuvre d'auteur, compatible avec la qualité de fabrication d'un produit de série. C'est à cet aspect formaliste que la nouvelle génération de cinéphiles est particulièrement sensible, nourrie par sa connaissance du cinéma asiatique chinois de Hong Kong dans lequel elle se plait à repérer une vigueur, une énergie, un brio identiques. Mais avouons que c'est, tout au contraire, par son aspect collectif non-léonien que Et pour quelques dollars de plus nous semble encore tenir le coup aujourd'hui. Le soin apporté à la direction artistique, aux costumes, la qualité du travail du grand Massimo Dallamano (qui sera un prolifique réalisateur du cinéma-bis italien capable de choses parfois très agréables comme son « poliziotti » Quelli dello calibro 38 (Section de choc, Ital./Fr. 1976), l'interprétation non seulement des vedettes mais de tous les seconds rôles jusqu'aux simples silhouettes, la musique de Morricone dirigée par Bruno Nicolai (futur très grand compositeur pour Jesus Franco notamment) : tout cela joue en faveur de Leone qui a su d'abord s'entourer de tels collaborateurs sans oublier Tonino Valerii, aussi crédité ici comme premier assistant-réalisateur. Grand réalisateur de seconde équipe, Leone connaissait toute l'importance à accorder aux détails. Si son film paraît encore humain et vrai en dépit de l'abstraction volontaire du traitement de son scénario, de ses redondances et de ses lourdeurs, c'est bien à eux qu'il le doit.

Une idée particulièrement originale qui rend les trente premières minutes très savoureuses : alterner les séquences de deux hommes au profil identique et donc voués à se rencontrer, le plus longtemps possible afin que le spectateur finisse par trépigner d'impatience. Le contraire absolu de l'efficacité classique d'un Howard Hawks ou d'un Anthony Mann et un contraire qui a surpris. C'est une surprise agréable dans la mesure où elle génère encore aujourd'hui une étrange tension d'un rapport du même et de l'autre, rapport authentiquement dialectique que Leone n'aurait pas été le dernier à revendiquer à l'époque.  Autre belle idée : retarder la compréhension du souvenir / fantasme de Gian Maria Volonté et ne l'expliquer qu'à l'ultime fin du film, donnant du même coup la clef du personnage de Van Cleef, et nous faisant comprendre en quoi le scénario était finement construit, comme une boucle devant se boucler.

Mais ces idées demeurent finalement extérieures aux personnages eux-mêmes, intangibles par rapport à ce qu'ils étaient l'année précédente, du point de vue de leur traitement comme de celui de leurs réactions. Et c'est bien ce que l'on peut reprocher à Leone : avoir resservi « pour quelques dollars de plus », en la délayant, une recette initialement bien dosée et novatrice, en prétendant de la sorte faire oeuvre novatrice poursuivant une recherche. Des cinéastes comme Ford, Mann, Hawks, Boetticher, Peckinpah, ou (côté européen) Corbucci, Margheriti, Ferroni, Fulci, Questi, Sollima, et tant d'autres ont été, eux, réellement novateurs. Leone devint prisonnier du succès de son film de 1964 qu'il n'eût de cesse d'affadir et de vulgariser,  devenant de plus en plus tape-à-l'oeil.

Et pour quelques dollars de plus est certes un film très bien fait mais dans lequel ne passe désormais plus guère autre chose, en fin de compte, que le souffle glacé du calcul de l'effet à atteindre, et dans lequel le scénario n'est en définitive qu'un prétexte. Leone est crédité d'avoir inventé le genre par ceux qui le connaissent mal (il l'a inventé, en réalité, en même temps que son confrère Duccio Tessari et que quelques autres cinéastes, autant ou plus estimables) en en donnant un fleuron l'année précédente (Pour une poignée de dollars) mais il n'a ensuite fait qu'accompagner sa mauvaise pente. Ce sont ses confrères européens, italiens au premier chef, qui ont maintenu et enrichi ce genre auquel son nom est si paradoxalement identifié. L'amorce de cette dégradation se manifeste ici avec une certaine ampleur - et sur une certaine durée ! - qui augmente rétrospectivement la force de la preuve.



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Stéphane Argentin :

Star Rating 8
Leone creuse un peu plus le genre western spaghetti (affrontement triangulaire, personnages et mise en scène plus travaillés) sans toutefois atteindre le brio du 3e et dernier volet.

Nicolas Thys :

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Francis Moury :

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Patrick Antona :

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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

Et pour quelques dollars de plus

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