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Critique
Sorti à Paris le 09 août 1973, Across 110th Street (Meurtres dans la 110e rue, USA, 1972) de Barry Shear est peut-être bien le meilleur « blacksploitation » jamais réalisé, quelle que soit la définition qu'on donne à cette catégorie, pourvu qu'on y rattache historiquement les films des années 1970-1975 prenant la pègre noire américaine pour sujet. C'est à présent comme un authentique classique du film noir américain indépendant (tourné en dehors des majors et co-produit par sa star-vedette Antony Quinn) désespéré, ultra-violent et très injustement oublié aujourd'hui qu'il faut le considérer ! Il avait pourtant fait chez nous une très longue carrière en salles : c'est l'un des « polars » des années 70 que l'on pouvait encore visionner en reprise régulière plus de dix ans après sa sortie dans les cinémas de quartier parisiens. Son succès populaire (et à l'époque de sa sortie, mitigé chez les critiques français) ne s'est jamais démenti. Passé du giron de la Warner (qui l'avait édité en France en VHS Secam) à celui de la MGM, il arrive donc enfin en DVD zone 2 et c'est une excellente nouvelle !

L'histoire, adaptée d'un roman, permet de faire exploser à l'écran simultanément deux thèmes qui vont devenir emblématiques du cinéma policier violent de cette époque : mafia italo-américaine et problème de l'intégration noire. Le parcours de Shear est celui d'un cinéaste indépendant et expérimental (Les troupes de la colère, USA, 1968) passé avec brio au cinéma de genre et d'exploitation pure auquel il a donné deux fleurons. D'abord ce « polar » qu'est Meurtres dans la 110e rue puis ce western qu'est The Deadly Trackers (Le shérif ne pardonne pas, USA, 1973) d'après un scénario de Samuel Fuller. Meurtres dans la 110e rue est un film policier réalisé par un révolté, au suspense tendu, à la sincérité écorchée, alternant mise en scène fonctionnelle aux normes de l'époque (donc efficace même si, aujourd'hui, ressentie parfois comme « convenue ») et mise en scène originale. Shear refuse constamment le formalisme dont il est naturellement capable. Il le met ici, lorsqu'il l'adopte consciemment, entièrement au service d'une narration linéaire, rigoureuse, simple qui atteint plus d'une fois au lyrisme le plus authentique. Sa direction d'acteurs demeure admirable et son montage est d'une belle tenue : la tension est constante. Meurtres dans la 110e rue n'a guère eu les honneurs de fréquentes télédiffusions dans notre pays. Sa charge authentiquement révolutionnaire à la puissance intacte et sa violence graphique demeurent encore aujourd'hui très impressionnantes.



