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Critique
Invasion U.S.A. de Joseph Zito est l'un des meilleurs films produits par Cannon, tournés par Zito et interprétés par Norris. Son budget, son niveau de beauté plastique, son montage régulièrement brillant, sa musique le placent un cran légèrement au-dessus du célèbre Portés disparus (1984) de Joseph Zito avec Chuck Norris qui fut le film-symbole en France à la fois de la renaissance de la série B américaine des années 1980 et de la naissance de Cannon comme producteur et distributeur indépendant.

Invasion U.S.A. (sorti à Paris le 8 janvier 1986) est un simple démarquage, au budget un peu plus serré, du film de guerre + politique-fiction qu'était le délirant L'aube rouge de John Milius. Il n'est pas question ici d'originalité du point de vue de l'argument du scénario sauf que son action est essentiellement urbaine alors que celle du Milius était essentiellement « survival en milieu sauvage » ! Alors que seule l'ouverture du Milius était étonnante (tandis que le reste était relativement poussif) la mise en scène de Joseph Zito maintient un rythme assez nerveux tout du long. Il ne faut pas attendre un réalisme quelconque (mis à part celui des armes légères employées) car c'est une bande-dessinée mentale autant que l'était Earth vs. the Flying Saucers (Les Soucoupes-volantes attaquent, 1956) de Fred F. Sears dont Chuck Norris visionne des extraits (« pan & scannés ») à la télévision de sa chambre d'hôtel !

Cela posé, c'est une bande-dessinée pour adultes (« rated « R » indiquait déjà le verso du DVD zone 1 sorti en 2001 !) anti-communiste autant que l'était le film de Milius (certains dialogues entre Richard Lynch et Alexander Zale renvoient directement à la dialectique marxiste-léniniste et à la technique léniniste du coup d'état), régulièrement surréaliste, souvent drôle (involontairement parfois mais souvent consciemment) et surtout d'une violence graphique savoureuse. Tom Savini est d'ailleurs crédité comme maquilleur !

Il faut dire et redire (contrairement à la mode actuelle qui consiste à le ringardiser en se croyant malin) que Norris est un excellent acteur, au jeu sobre et fin, à la présence évidente et qu'il nous offre ici une de ses meilleures apparitions à l'écran. Notons que les seconds rôles sont bien interprétés, à commencer par Rostov joué par Richard Lynch au mieux de sa forme. Lynch en fait « un peu trop » dans certaines séquences, c'est entendu mais il atteint parfois une dimension assez étonnante, proche de celle d'un « grotesque-effrayant » que n'eût pas désavouée un Bela Lugosi. Pour prendre l'exacte mesure de son talent, il faut d'ailleurs tenter de visionner le très impressionnant (et rare) film fantastique Bad Dreams (Panics, 1988) d'Andrew Fleming dont il sera la vedette.

Scènes-chocs mémorables d'Invasion U.S.A. : le pré-générique « cubain » qui avait été carrément coupé des masters télédiffusés (à l'époque de Mitterand et de Jack Lang) sur les télévisions publiques en prime-time ; la rencontre démentielle de Rostov avec le trafiquant de drogue joué par Billy Drago ; le débarquement nocturne sur la plage ; enfin le très long affrontement d'Atlanta, nocturne aussi, impressionnant par sa relative ampleur et qui est monté en parallèle avec le brillant face-en-face final.


