La Nuit nous appartient

We own the night

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25 nov. 2007 Par La Rédaction Star Rating 9

La Nuit nous appartient. Un titre magnifique, pour un film qui ne l'est pas moins. Cette maxime de la police new-yorkaise des années 80 sous-entend un romantisme de polar que James Gray n'a cessé de balayer au fil de son œuvre. Personne, pas même le Fincher de Zodiac, n'est aussi sophistiqué que le metteur en scène de Little Odessa. Sa mise en scène ne connaît aucune facilité, aucune concession au spectacle. Même lorsqu'il s'agit d'en passer par les fusillades (dans la pénombre) ou les poursuites en voitures (perdues dans l'éther). Son écriture complexe est fixée sur les règles du genre, mais s'en échappe méthodiquement. Chez n'importe qui d'autre, ce systématisme dans l'imprévisible serait voyant et exaspérant. James Gray le transforme en ascèse, en une exigence presque douloureuse tant ses films sont des marches funèbres.

On cherche l'inévitable défaut, le plan de trop, la réplique maladroite, la ficelle grossière, rien ici ne peut déclencher le cynisme critique. Pour autant le film n'est jamais trop beau, ni trop appliqué. Son humilité déchirante et ses murmures (qui étaient déjà la force de The Yards) sont tous évidents. L'histoire refuse la litanie des polars, se détourne du  glamour du monde de la nuit et ne fait pas pour autant des policiers des héros.

Une troisième voie, que l'on jurerait inexplorée, est ouverte par James Gray. La surprise est là, dans cet apprentissage bouleversant. Pour Joaquin Phoenix (dans ce qu'on appelle : le rôle d'une vie), le parcours est inattendu, avec des pertes et des retrouvailles, aussi chargées de sens que contées avec finesse. Le réalisateur (re)découvre la fragilité chez un monstre sacré tel que Robert Duvall, l'une des multiples figures paternelles qu'il faudra apprendre à aimer ou à tuer au fil de cette Nuit. Et même le bloc physique qu'est Mark Walhberg devient soudain quasi cristallin.

Audacieux et immense jusqu'à l'ivresse, James Gray débute son film sur du Blondie et avec le corps de la sculpturale Eva Mendès ; pour mieux l'achever par un échange digne et poignant entre deux hommes que tout a opposé. Un grand écart entre deux scènes antinomiques, et pourtant tout aussi belles, qui souligne à lui seul la richesse de ce pur miracle.

 

Jean-Nöel Nicolau : 5/5

 


Second Avis : Critique cannoise

 

James Gray fait partie de ces cinéastes qui n'ont que faire de cette tendance qui veut qu'une fois avoir accompli son chef-d'œuvre il faille obligatoirement aller chercher ailleurs son inspiration au risque de la redite forcément sclérosante. Et reconnaissons donc à l'homme originaire du Queens son obstination méthodique pour toujours revenir dans les mêmes sillons creusés depuis Little Odessa, approfondissant à l'envie des thèmes désormais connus de tous et qui derrière sa caméra prennent à chaque fois une dimension encore plus noire et tragique.

 

La Nuit nous appartient tire son titre de la devise de l'unité criminelle de la police de New-York qui à la fin des années 80 avant que le maire Guiliani n'opère une réhabilitation spectaculaire de la ville, fut confrontée à la plus sauvage des guerres de la drogue occasionnant dans ses rangs une moyenne de deux morts par mois. Ce « background » historique et géographique va permettre à Gray de développer une histoire dont le canevas et les ressorts dramatiques rappellent furieusement ceux du Parrain. Où comment un frère qui avait décidé de voler de ses propres ailes est finalement rattrapé par son destin aux forts relents familiaux.

 

Un scénario cousu de film blanc donc mais mis au service de trois acteurs dont la prestation bien que légèrement en retrait pour Mark Wahlberg est au diapason. Joaquin Phoenix diffuse d'abord sur son visage les stigmates de ce qui l'attend pour ensuite porter tout entier sur ses épaules une fin au climax certes chargé mais en adéquation totale avec tout le reste du métrage. Robert Duvall en patriarche et commandant de police est comme toujours parfait et apporte ce plus de dignité et de sobriété propre à faire basculer un film vers les sommets.

 

Entouré de tels talents, Gray peut s'en donner à cœur joie et surcharger son film de pathos et de références qui dans les mains d'un autre auraient causé à coup sur l'indigestion. Là on s'arrime comme on peut à l'action qui se démène inexorablement sous nos yeux avec de temps à autres des moments d'anthologies comme cette poursuite de bagnoles sous une pluie diluvienne qui sent bon l'hommage au Police Fédéral Los Angeles du sieur Friedkin.

 

Que James Gray continue à filmer ainsi son Queens natal entre nostalgie référentielle d'une époque révolue mais barbare et projection vers un futur encore plus dur et âpre, qu'il y jette en pâture des histoires où soufflent derrière chaque ligne et personnage la figure du père façon tragédie grecque et nous serons toujours là pour applaudir des deux mains et dire encore...

 

 Critique cannoise par Sandy Gillet : 4/5

 



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S’ouvrant sur une superbe scène de cul (dans laquelle une Eva Mendes toute langue et téton dehors se fait roucouiller la pachôle et bichouner le trilili), offrant à mi-métrage une séquence de poursuite en bagnole inédite et vraiment intense, “La Nuit nous appartient” semble contenir tout ce qui manquait au précédent film de James Gray, [...]

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dodeskaden31/01/2008 22:16 par dodeskaden

En fait, je pense que dans quelque temps, la séquence qui me restera à l’esprit concernant le film sera celle d’Eva Mendes en train de se toucher ! Voui, moins anthologique que la scène du chocolat dans sweet movie :love: LIRE LA SUITE
lossenmar31/01/2008 21:59 par lossenmar

hmm pas la merveille annoncée… 7/10 tout de même… critique à suivre…Un peu pareil mais je monte à 8/10. C’est très solide, avec une vraie histoire, pas la simple description d’un milieu, une mise en scène, des personnages, et des acteurs pour les interpréter. Ce n’est pas si fréquent. Idem que les [...] LIRE LA SUITE
pulpy30/12/2007 18:19 par pulpy

Une certaine idée du polar classieux et classique. Superbement écrit, mis en scène et surtout interprété: Phoenix confirme une nouvelle fois son immense talent. Beau, tragique, intense. La classe. J’avais bien fait d’attendre pour faire un top de l’année. Et pour finir l’année sur un grand écart, j’ai vu Hitman :D LIRE LA SUITE

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