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Critique
"We own the night". Devise de l’unité criminelle de la police new-yorkaise. S’applique autant aux policiers donc, qu’à la vie nocturne « sexe, drogues et rock’n’roll» de Bobby. Pour, au final, ne correspondre à aucun personnage, ou aucune corporation. Titre illusoire pour un nouveau drame par James Gray, grand cinéaste en trois films disséminés sur 14 ans. Cinéaste rare mais constant, néo-classique, creusant sans cesse le même sillon hérité des pères des 70’s. Toujours pour le meilleur.
Le cinéma américain se réinvente dans le passé. C’est une tendance forte, qui traduit sans doute le vide d'une époque toute entière tournée vers la consommation et le plaisir immédiat. Le grand style, lui, est un peu mort dans les années 80. Et les décennies suivantes, à force de recyclage, de remix et de remakes, ont fini par l’enterrer. Le film de genre criminel a connu son apogée dans les années 70. De Tarantino à Scott, beaucoup de réalisateurs y trouvent une inspiration qui manque en ces temps de hautes technologies. Il s’agit plus ici d’un prolongement que d’un hommage explicite ou que de méta cinéma.
Gray est un véritable auteur, aux thématiques obsessionnelles, à la forme pensée, aisément reconnaissables. Sa direction d’acteurs impressionne une fois de plus. Joaquin Phoenix incarne à la perfection l’âme blessée du fils maudit. Face à lui, Whalberg, plus en retrait, est d’une justesse et d’une sobriété qu’on ne lui connaît chez aucun autre. Eva Mendes, jusqu’alors banal faire-valoir sexy pour machos qui roulent des mécaniques, est transformée, fragile poupée d’une sensualité exacerbée, très 80’s. Robert Duvall clôture le quatuor avec la maestria des grands maîtres qui en imposent à chaque seconde, l’air de rien. Avec de tels atouts, Gray sait qu’il a déjà l’attention du public dans la poche. Il peut alors dérouler une intrigue a priori classique sur le papier, pour mieux transfigurer chaque scène de son style vénéneux.
La mise en scène est d’un classicisme impérieux. Resserrée, tendue, exemplaire de beauté sans esthétisme forcé. Y voir de la banalité serait un grave symptôme de michaelbayïte aigue. Gray étonne pourtant là où on ne l’attendait pas. Car s’y ajoutent par éclats somptueux des scènes d’action et de suspense à couper le souffle. L’utilisation du son y est stupéfiante, scandant une tension palpable à travers la respiration d’un personnage, ou la rythmique obsessionnelle d’un essuie-glace.
Le réalisateur court-circuite rapidement l’opposition classique des deux frères pour sonder d’une manière plus intense encore le parcours de son personnage principal. Développement passionnant de ses thématiques favorites : famille, pègre et racines russes à la moulinette de la tragédie grecque. L’histoire, shakespearienne, ne joue jamais la surprise, polar archétypal vampirisé par un cinéaste conteur hors pair, évoluant à contre-courant d’un cinéma contemporain léger, ironique et cynique.
Si la fin peine peut-être un peu à retrouver l’intensité émotionnelle amenée par l’extraordinaire poursuite en voiture, on aurait tort de voir dans la conclusion vengeresse un tournant moralisateur et manichéen. Le film navigue jusqu’au bout dans les ténèbres du film noir chères au cinéaste, poursuivant sa réflexion désabusée sur la filiation. Une famille ressoudée mais une famille à jamais blessée, une nouvelle vie pas forcément plus satisfaisante… A l’écoute des dernières paroles échangées, on se rend vite compte que le « happy end » est une façade pas plus convaincante que les néons d'une boîte de nuit.
Le cinéma américain se réinvente dans le passé. C’est une tendance forte, qui traduit sans doute le vide d'une époque toute entière tournée vers la consommation et le plaisir immédiat. Le grand style, lui, est un peu mort dans les années 80. Et les décennies suivantes, à force de recyclage, de remix et de remakes, ont fini par l’enterrer. Le film de genre criminel a connu son apogée dans les années 70. De Tarantino à Scott, beaucoup de réalisateurs y trouvent une inspiration qui manque en ces temps de hautes technologies. Il s’agit plus ici d’un prolongement que d’un hommage explicite ou que de méta cinéma.
Gray est un véritable auteur, aux thématiques obsessionnelles, à la forme pensée, aisément reconnaissables. Sa direction d’acteurs impressionne une fois de plus. Joaquin Phoenix incarne à la perfection l’âme blessée du fils maudit. Face à lui, Whalberg, plus en retrait, est d’une justesse et d’une sobriété qu’on ne lui connaît chez aucun autre. Eva Mendes, jusqu’alors banal faire-valoir sexy pour machos qui roulent des mécaniques, est transformée, fragile poupée d’une sensualité exacerbée, très 80’s. Robert Duvall clôture le quatuor avec la maestria des grands maîtres qui en imposent à chaque seconde, l’air de rien. Avec de tels atouts, Gray sait qu’il a déjà l’attention du public dans la poche. Il peut alors dérouler une intrigue a priori classique sur le papier, pour mieux transfigurer chaque scène de son style vénéneux.
La mise en scène est d’un classicisme impérieux. Resserrée, tendue, exemplaire de beauté sans esthétisme forcé. Y voir de la banalité serait un grave symptôme de michaelbayïte aigue. Gray étonne pourtant là où on ne l’attendait pas. Car s’y ajoutent par éclats somptueux des scènes d’action et de suspense à couper le souffle. L’utilisation du son y est stupéfiante, scandant une tension palpable à travers la respiration d’un personnage, ou la rythmique obsessionnelle d’un essuie-glace.
Le réalisateur court-circuite rapidement l’opposition classique des deux frères pour sonder d’une manière plus intense encore le parcours de son personnage principal. Développement passionnant de ses thématiques favorites : famille, pègre et racines russes à la moulinette de la tragédie grecque. L’histoire, shakespearienne, ne joue jamais la surprise, polar archétypal vampirisé par un cinéaste conteur hors pair, évoluant à contre-courant d’un cinéma contemporain léger, ironique et cynique.
Si la fin peine peut-être un peu à retrouver l’intensité émotionnelle amenée par l’extraordinaire poursuite en voiture, on aurait tort de voir dans la conclusion vengeresse un tournant moralisateur et manichéen. Le film navigue jusqu’au bout dans les ténèbres du film noir chères au cinéaste, poursuivant sa réflexion désabusée sur la filiation. Une famille ressoudée mais une famille à jamais blessée, une nouvelle vie pas forcément plus satisfaisante… A l’écoute des dernières paroles échangées, on se rend vite compte que le « happy end » est une façade pas plus convaincante que les néons d'une boîte de nuit.


