Candyman

Candyman, États-Unis, 1992

Candyman
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Critique

Tonton BDMTonton BDM 30 mai. 2008 Star Rating 8
Très étrange -et sensuelle- histoire d’amour entre une femme et un boogeyman (réel ? irréel ?), doublée d’une remarquable adaptation de la nouvelle de Clive Barker "Lieux Interdits", "Candyman" se révèle un des films d'horreur les plus singuliers et les plus envoûtants des années 90. Après l'excellent "Paperhouse", le réalisateur Bernard Rose décide donc de développer la nouvelle de Barker, mais également de l’enrichir en un sens tout personnel.

S'il est fortement ancré dans la réalité (la banlieue pauvre de Chicago), les objectifs de "Candyman" ne se situent pas réellement dans le naturalisme de sa description sociale. En effet, les tours de Chicago ne sont en effet qu’un cap à franchir pour l'héroïne, au-delà duquel elle va découvrir qu’une légende urbaine comme celle du candyman peut être engendrée par la perte de tout repère, de toute croyance et de tout espoir social et humain. Le boogeyman devient en quelque sorte un succédané pervers de Dieu, auquel notre candyman (sous les traits de Tony Todd) emprunte le charisme, les manières et les paroles cérémonieuses. Si Rose ancre son récit dans les quartiers pourris de Chicago, c'est afin de montrer que ce sont les gens les plus désespérés -ici livrés à l'isolement quasi-total du ghetto- qui sont peut-être le plus susceptibles de recourir à l’appel de ceux qu'ils peuvent percevoir comme un sauveur. Toutes les cages d’escaliers, tous les couloirs, tous les décors de ruines sordides ornées de tags semblent alors faire office d'autels propres au culte du candyman, qui représente le désir de mort (et d’amour) qui pourrait sauver ces âmes perdues.

Par-dessus le marché, Bernard Rose a encore enrichi le background du personnage avec le coup du miroir (qui n'a jamais essayé après avoir vu le film ?) et en faisant de lui un noir autrefois victime de ségrégation (dans la nouvelle de Barker, il s’agit d’un blanc vêtu d’un costume d’Arlequin). Il appuie ainsi non seulement le discours social du film, mais permet aussi de faire de la relation de Helen Lyle avec le tueur au crochet la répétition à travers le temps d’une histoire d’amour romantique, aussi simple que déchirante, qui empêche totalement de réduire le monstre à un boogeyman classique et en fait à tout jamais une icône à part dans le genre. Pour la petite histoire, il aura d'ailleurs fallu hypnotiser Virginia Madsen pour réaliser l'impressionnant "baiser aux abeilles" de la fin du film, l'actrice ayant une peur bleue de ces insectes.

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