Mishima - Une vie en quatre chapitres

Mishima : A Life in four chapters

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08 déc. 2010 Par Francis Moury Star Rating 8

 

La veuve de l'écrivain Yukio Mishima, harcelée par les propositions de cinéastes aussi divers que Akira Kurosawa ou Nagisa Oshima, donna son accord à cette co-production américano-japonaise (à cause des noms de Coppola, Lucas et Schrader, à l'époque tous les trois prestigieux pour différentes raisons) puis se ravisa. Elle compromit sérieusement son tournage, fit interdire sa sortie au Japon. Il lui apparaissait sans doute inconcevable qu'un « gaijin » (un étranger au Japon) américain soit capable de transcrire correctement la vie de son époux défunt qui avait précisément incarné, aux yeux de ses compatriotes, certains des caractères les plus fondamentaux de la « Japanité » la plus rebelle à toute compréhension externe. Elle n'avait peut-être pas tout à fait tort : il suffit de se demander si Mishima lui-même aurait approuvé l'esthétique du film de Schrader. Comparons celle-ci avec celle du Yukoku [Patriotisme / Rites d'amour et de mort] (1965) tourné par Mishima lui-même, afin d'être au moins en mesure de nous poser la question, à défaut de pouvoir y répondre puisque seul l'écrivain mort ou son fantôme revenant, pourrait désormais le faire. D'un autre côté, Mishima lui-même était avide d'un tel dialogue : il admirait certains écrivains occidentaux, parlait anglais (chose rare à son époque). Mieux : on l'entend dire - et nous croyons les auteurs du film comme ses commentateurs qui assurent que tout ce qu'on l'entend dire fut effectivement écrit ou prononcé par lui - durant la séquence reconstituée du tournage de son Yukoku que la scène doit contenir plus d'ombre car il sait que « Les Français adorent les ombres » ! Dont acte : il avait au moins raison en ce qui nous concerne : nous aimons le clair-obscur et l'expressionnisme.

Convenons cependant que l'entreprise de Schrader, dans ses attendus comme dans sa réalisation, s'avère passionnante. Tourné dans un style dépouillé, selon une structure tripartite (alternant dernière journée, souvenirs biographiques, souvenirs d'œuvres) alternant couleurs et N&B à l'aide d'acteurs et de techniciens japonais, Mishima constitue de facto un étonnant dialogue entre deux cultures. Ce dialogue des cultures américaines et japonaises, les frères Schrader l'avaient d'ailleurs déjà brillamment entamé avec leur beau scénario du film policier de Sidney Pollack, The Yakuza [Yakuza] (1975) avec Ken Takakura (qui devait jouer le rôle de Mishima finalement attribué à Ken Ogata, remarquable) et Robert Mitchum. Leur fascination pour le Japon était esthétiquement préparée par leur connaissance intime du cinéma japonais lui-même. Contrairement à ce qu'on a pu écrire, la bisexualité de Mishima est soigneusement évoquée même si son rôle d'une statue humaine dans le si beau Kurotokage [Le Lézard noir] (1968) de Kinji Fukasaku, aux côtés de la belle et sculpturale héroïne transsexuelle Akihiro « Miwa » Maruyama [*] n'est pas mentionné. En revanche, Mishima n'est pas d'un accès aisé à cause de la complexité de sa structure qui brise inévitablement son rythme : qui trop embrasse, mal étreint. À cause aussi de son caractère allusif : les spectateurs ignorant que Le Temple du Pavillon d'or est une œuvre de Mishima et de quoi elle parle, ne comprendront pas forcément les séquences qui l'illustrent ni leur sens replacé dans le contexte. Ils ne les comprendront qu'après avoir visionné les compléments du DVD. Mishima est donc, plutôt qu'une simple introduction dramatisée à sa vie, à sa mort et à son œuvre, une méditation parfois allusive, destinée à un public sachant déjà de quoi on lui parle. Méditation témoignant d'un bel effort de synthèse mais qui n'est pas la seule possible et qui ne remplace évidemment pas la connaissance détaillée de ses biographies, la lecture de ses œuvres ni la vision des quelques films tournés par lui-même, qu'il s'agisse du Mishima cinéaste ou du Mishima acteur.

 

NB [*] : On espère ardemment la réédition de ce dernier titre puisque la veuve de Mishima étant morte (elle s'opposait aussi à la sortie au Japon du Lézard noir) et une copie positive VOSTF du Lézard noir étant disponible en France depuis 1985 environ, il ne manque plus qu'un éditeur vidéo intelligent pour la restaurer et, enfin, nous fournir le Blue-ray et/ou le DVD VOSTF que nous attendons depuis si longtemps.



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

Mishima

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