L'Un reste, l'autre part

Un reste, l'autre part (L'), France, 2005

Un reste, l'autre part (L')
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Critique

Sandy GilletSandy Gillet 10 jan. 2005 Star Rating 7

Alain est directeur d'une galerie d'art africain, et il trompe sa femme avec une jeune Sénégalaise qu'il vient d'engager. Daniel semble heureux dans son couple, quand l'accident de son fils, qui devient tétraplégique, éveille en lui des sentiments depuis longtemps oubliés à l'égard d'une jeune inconnue. Tous deux ont la cinquantaine bien tapée, et tous deux vont à l'évidence devoir faire un choix quant à la suite à donner à leur existence.
Vu comme cela, le dernier Berri pourrait facilement s'apparenter à un vulgaire téléfilm de seconde partie de soirée aux enjeux et aux dénouements connus d'avance. Certes, L'un reste, l'autre part ne fait pas non plus dans l'originalité à tout crin (comment pourrait-il en être autrement, d'ailleurs, avec un tel sujet ?). Certes, l'aspect petit bourgeois de l'ensemble pourra en rebuter plus d'un (on pense aux adeptes d'un cinéma moins ronronnant et moins artificiellement classieux). Mais le traitement que réserve Berri à cet archétype scénaristique du cinéma français ne peut que provoquer in fine l'adhésion, sinon l'enthousiasme.

Tout d'abord, il est facile de constater que le bonhomme a encore mis ici un peu de lui et de son expérience de la vie. Sans tourner Lelouch non plus, Berri explore donc avec malignité, et en connaisseur de la chose, les affres de l'âme du quinquagénaire type en proie aux derniers soubresauts d'un amour « adulescent ». Pour Alain (Arditi, savoureux), à qui il est demandé tout le long du film de faire un choix entre sa femme (et accessoirement sa belle-sœur, jouée par une Noémie Lvovskiy décidément abonnée à ce type de caricature depuis plusieurs films) et sa pouffe de Sénégalaise, le but est de tout faire pour assurer un statu quo qui préserve sa libido, engendrant de fait le côté vaudeville du film. Pour Daniel (Auteuil, de plus en plus sobre), pris entre la rééducation de son aîné et son amour naissant pour Judith (Charlotte Gainsbourg à la beauté surannée), les choses semblent plus profondes, révélant un caractère à la sensibilité exacerbée et une existence heurtée que la sérénité apparente ne faisait que cacher.

À l'évidence, L'un reste, l'autre part est un film quelque peu autobiographique dans lequel Berri ne fait même pas l'effort de brouiller les cartes, affirmant ostensiblement par ses choix de mise en scène et de dialogues vers où tendent ses affinités et son plaisir de cinéaste. Film schizophrène, un peu à l'image de son auteur, passablement misogyne (les femmes sont les maux de tout et empêchent l'homme de vivre sa vie), L'un reste, l'autre part est aussi un petit condensé et un manuel de l'homme moderne façon Berri, c'est-à-dire outrageusement « old school ». Rien que pour cette pirouette en forme de pied de nez paradoxal, voilà un petit pamphlet sociologique qui mérite le détour, foi de mâle qui se respecte !

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