Le Masque de la mort rouge

Mask of the red death (The)

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02 fév. 2010 Par Francis Moury Star Rating 8

The Masque of the Red Death [Le Masque de la Mort rouge] (USA-GB 1964) de Roger Corman constitue, avec La Tombe de Ligéia (USA-GB 1964) tourné ensuite la même année, le chant du cygne - sinon l'accomplissement - de la série de ses adaptations d'Edgar Poe. Les films précédents de cette série avaient tous été tournés de 1960 à 1963 aux États-Unis. C'est leur succès financier et artistique international qui enclencha ces ultimes co-productions avec l'Angleterre. Leur budget est logiquement plus important que celui des films précédents. Le Masque de la mort rouge bénéficie d'un directeur de la photographie anglais (Nicolas Roeg) qui deviendra un cinéaste à son tour célèbre dans les années 1980 et d'un chef-opérateur anglais (Alex Thomson) qui deviendra un directeur de la photographie non moins célèbre. Autre nom anglais au générique (splendide) de fin : la musique n'est plus signée par Les Baxter mais par le compositeur anglais beaucoup moins connu David Lee qui fait preuve d'une inspiration remarquable et très sophistiquée : il s'inspire parfois de Stravinsky. L'enregistrement de la musique eut lieu aux studios de la RCA à Londres. On chuchote en outre que Roeg aurait dirigé lui-même, en tant que réalisateur de seconde équipe, certains plans d'ensemble du film.

 

Pourtant c'est bien un film de Corman pour le fond comme pour la forme.

Sur le fond, Corman qui était un homme cultivé et fin connaisseur de Poe n'était pas satisfait du premier scénario américain écrit par Charles Beaumont : il le réécrivit entièrement avec R. Wright Campbell qui se trouvait alors à Londres. Corman eut l'idée de faire de Prospéro non pas simplement un tyran débauché mais aussi un philosophe, un intellectuel fasciné par le mal. Corman poursuit sur la lancée scénaristique d'un Richard Matheson et réussit à nouveau la prouesse d'intégrer une seconde Histoire extraordinaire d'Edgar Poe (Hop Frog) à l'intérieur de la trame générale du conte principal (Le Masque de la mort rouge) qu'il adapte ! (*)

Sur la forme, Corman poursuit ses expérimentations techniques, amène en Angleterre son décorateur habituel Daniel Haller, son acteur fétiche Vincent Price, et la belle Hazel Court qu'il avait déjà employée, aux côtés de Ray Milland, dans son remarquable The Premature Burial [L'Enterré vivant] (USA 1962). Corman filme très bien le cauchemar de Juliana qui est peut-être une vision prémonitoire, une hallucination envoyée par le Diable à Juliana : il conserve les caractéristiques onirologiques et symboliques des grands cauchemars cormaniens qui émaillent la série Poe dans son ensemble. Le début du Masque de la Mort rouge, cette géniale séquence où la Mort rouge annonce sa présence à une vieille paysanne dans une forêt médiévale oppressante, noyée de brume, a tout autant valeur plastique de cauchemar par sa temporalité, son montage que par son sens de l'espace : elle demeure très impressionnante. Corman confère à Price, vers la fin du film et la durée d'une séquence, un double-rôle shakespearien, davantage que poesque : la performance de Price est comme d'habitude très honorable. On lui préfère le double-rôle lovecraftien de Charles Dexter Ward que Corman lui avait confié d'une manière bien plus étonnante encore dans The Haunting Palace [La Malédiction d'Arkham] (USA 1963) qui demeure son chef-d'œuvre absolu. L'organisation de l'espace, c'est une évidence, tient un rôle fondamental dans la formation du suspense chez Corman. La traversée des chambres de couleurs différentes par Jane Asher en compagnie de Price puis seule la nuit, l'attaque sanglante de Lady Juliana par le corbeau (hommage au The Raven d'Edgar Poe, mais ici beaucoup plus effrayant que dans sa comédie fantastique antérieure de 1963), la révélation finale du visage de la Mort rouge à Price, en constituent autant d'exemples techniquement flatteurs.

 

En dépit de ses efforts, à cause de ses ambitions peut-être trop ouvertement affichées, Le Masque de la mort rouge a connu un destin critique controversé. Tenu par des critiques venus d'horizons très divers pour le meilleur ou l'un des meilleurs, voire même peut-être pour le seul bon, Corman-Poe de la série (Bertand Tavernier, Michel Grisolia, ou encore Alexandre Mathis plus récemment), il a été en revanche très attaqué par Jean-Marie Sabatier qui le considérait comme un film artificiel et peu sincère. Notre position ? In medio stat virtus. Il est certain que Corman va aussi au cinéma : les voix qu'entend Francesca la première nuit qu'elle passe au château de Prospéro rappellent assez, par leur sonorité, celles qu'entendait Julie Harris dans The Haunting [La Maison du diable] (USA 1963). Mais chacun étant prédateur de l'autre en ce bas monde, on peut lui pardonner cette facilité. D'ailleurs, Roman Polanski reprendra à son tour cette idée pour certaines séquences de son Rosemary's Baby (USA 1968). Nihil novi sub sole. Reste que la simple vision de l'ouverture du film - nous ne nous lassons pas de répéter que c'est l'une des plus belles qu'il ait jamais filmée - ou bien encore celle de la séquence de l'attaque de la belle Hazel Court par le corbeau, suffisent à nous rappeler que lorsqu'il s'en donne les moyens, Roger Corman joue décidément dans la cour des plus grands.

 

(*) Il s'est expliqué là-dessus en détails dans le fameux entretien qu'il accorda à la revue française Midi-Minuit Fantastique n°10-11, de l'hiver 1964-1965.


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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

Masque de la mort rouge (Le)

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