Bienvenue stranger!
Les enchères
Les jeux
Critique
L'adaptation du célèbre roman par Spielberg était très attendue et ne déçoit pas car elle n'est pas qu'une simple mise en image spectaculaire du récit mais elle est aussi très contemporaine dans la vision qu'en donne Spielberg et aussi très personnelle. Impossible de ne pas ressentir les effets du traumatisme du 11 Septembre 2001 avec ces images de l'horreur qui surgit brutalement et de façon inattendue et quasi irrationnelle dans le quotidien le plus banal et qui touche les américains chez eux, jusque dans leurs maisons. Beaucoup de scènes évoquent aussi l'impuissance des victimes de l'extermination et renvoie à la Shoah. Spielberg fait aussi de ce film un véritable pamphlet contre la puissance militaire en montrant son impuissance justement face à des forces qui la dépassent et qui seront vaincues non pas par l'armée mais par elles mêmes et leur trop grande arrogance et certitude de leur supériorité. Tout déploiement et toute démonstration de force, aussi puissante soit elle-que ce soit l'armée américaine luttant contre les tripodes extraterrestres ou les extraterrestres occupant la terre- est vouée à l'échec par un ordre du monde qui nous échappe où chacun doit rester à sa place finalement. C'est aussi un film sur la paternité, sur la peur d'un père de ne pas être à la hauteur, sa peur de lâcher ses enfants dans un monde dangereux et hostile et au delà, ce film nous parle aussi tout simplement de la peur métaphysique, celle qui naît de la conscience de notre petitesse et la peur de mourir et prône en filigrane un retour aux choses essentielles, à savoir la jouissance de chaque instant et l'amour de ses proches. Et c'est par le biais de scènes visuelles remarquables emplies de connotations diverses et chargées de symbolisme et de force allégorique hors normes que Spielberg transcende son matériau d'origine.
L'adaptation est très personnelle non pas seulement par les visions obsessionnelles du réalisateur qu'elle traduit mais aussi par le contre-pied qu'elle prend par rapport aux conventions des superproductions hollywoodiennes de ce genre. Tout d'abord, le rôle principal est tenu par un père peu compétent, présenté comme un égoïste notoire, n'ayant pas un sens des responsabilités très développé, ni de valeurs bien définies. On est loin du héros vertueux, droit, propre et sans tâches, prêt à tout pour défendre ses valeurs. Celui que Spielberg érige en héros est un homme qui fuit, qui ne fait que cela, et qui s'oppose à ceux qui veulent se battre. Il sera d'ailleurs héroïque pour s'en tenir à cette ligne de conduite. De plus, loin de mettre en exergue les qualités de l'homme, son dépassement de lui même, il préfère montrer les réactions des hommes dans des situations extrêmes et celles ci sont souvent basses, lâches, peu flatteuses , mais humaines et compréhensibles il n y a pas de jugement négatif mais juste un constat lucide- loin de l'héroïsme et de la force ce caractère exceptionnelle habituellement présentée.
Mais ne perdons pas de vue que La Guerre des Mondes est avant tout un divertissement, un film à grand spectacle , dont l'objectif premier est de donner du plaisir aux spectateurs par le biais des ingrédients les plus efficaces, à savoir une histoire haletante, des sensations fortes on en prend plein les yeux et plein les oreilles et l'adrénaline monte vite et souvent-. Pour cela, Spielberg choisit les genres les plus propices : science-fiction, catastrophe, fantastique et action , le tout traité de manière spectaculaire avec une bonne dose d'effets spéciaux réussis et ultra réalistes. Ajouté à cela quelques pincées de situations drôles et cocasses un peu incongrues dans la tonalité générale du film toutefois- et un happy end qui permet au spectateur de se débarrasser du malaise ressenti et de rentrer à la maison soulagé et heureux.
C'est un film où on est dans le plaisir immédiat, direct, frontal, physique, au premier degré et superficiel mais pas dans le sens négatif du terme-. La vision du film est une expérience physique intense, éprouvante, impressionnante au sens littéral du terme et l'effet maximum est dans l'instant : c'est le but recherché. Une fois le film vu, les impressions fortes et de l'instant se dissipent par définition, par essence. Restent des images nous rappelant les impression fortes vécues mais on ne les ressent plus autant. C'est la force et la faiblesse de ces films-là finalement. Et le cinéma , c'est aussi donner du plaisir immédiat, dans l'instant au spectateur En allant le voir, on accepte d'emblée le côté ludique, on sait que c'est faux car il s'agit de science-fiction et donc on accepte d'avoir du plaisir malgré l'horreur. On s'octroie le droit à avoir ce plaisir, d'y croire. Mais il ne peut y avoir de vrai plaisir que si celui ci n'est pas purement mécanique mais s'appuie sur de vrais sentiments et émotions, de vraies convictions et préoccupations. Et c'est là toute la force de ce Spielberg très réussi.


