Constantine

Constantine, États-Unis, 2005

Constantine
2,5
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Critique

Stéphane ArgentinStéphane Argentin 04 fév. 2005 Star Rating 5

Les premières images de Constantine, visibles notamment via le teaser plusieurs mois en amont de sa sortie cinéma, laissaient présager un curieux croisement entre L'exorciste et Blade (le personnage principal traque les personnes possédées), mâtiné d'un soupçon de Fin des temps (une femme choisit par le diable pour se réincarner), le tout avec un traitement visuel lorgnant ouvertement du côté d'un certain Matrix (photographie blafarde, angles et mouvements de caméra reprenant à l'identique certains plans du film des frères Wachowski…), soit une sacrée purée en perspective.

À cela près que le film n'aurait pas dû s'appeler Constantine mais Hellblazer, du nom du comics édité par DC Comics, la firme concurrente de Marvel (X-Men, Blade, Spider-Man, Elektra…) qui détient elle aussi quelques célébrités en matière de super-héros (Batman, Superman….). En vue d'éviter toute confusion avec un autre film du nom d'Hellraiser, le titre de la BD d'origine fut mis de côté pour l'adaptation sur grand écran au profit du nom du personnage principal, John Constantine, revenu d'entre les morts et disposant depuis de ce don d'ubiquité lui permettant de distinguer les anges des démons dans notre monde.

Cette faculté maudite aux yeux de son propriétaire donne lieu à une entrée en matière plutôt réussie en forme de remake de L'exorciste (en plus musclé) qui installe non seulement le personnage mais aussi les aspirations de cette adaptation confiée aux mains de quasi-novices en matière de long-métrages, le réalisateur notamment étant issue du monde du vidéo-clip. Pourtant, malgré toutes ces craintes et autres à priori, les choix de traitement aussi bien au niveau thématique que visuel fonctionnent plutôt bien. Tout du moins au cours de la première moitié !

Le personnage de Constantine, campé par un Keanu Reeves plus laconique et impassible que jamais, dans le style « les démons, je m'en mange un tous les matins au petit déjeuner », nous est dépeint comme un véritable anti-héros blasé de cette prédisposition dont il n'a que faire, s'acquittant de sa tâche, non sans un but précis, avec une décontraction donnant lieu à un humour à froid particulièrement bien senti et dosé. On retiendra d'ailleurs de toute cette raillerie de curieuses insinuations à un capitalisme américain galopant (la cause de l'enfer sur terre ?) : bannière étoilée flottant en gros plan sur un écran de télévision, métaphores sur l'affrontement de deux superpuissances, stocks-options très lucratives sur le marché du tabac…

Mais le ton n'est pas pour autant à la légèreté, ni même à la moquerie, bien au contraire ! Constantine sait en effet tirer le meilleur parti des emprunts cinématographiques précités en vue de crédibiliser au maximum son idée principale pour le moins intéressante à défaut d'être totalement originale, à savoir matérialiser différents concepts bibliques et apocalyptiques. À condition bien entendu de ne pas être réfractaire à un tel traitement des saintes écritures, car certains ne manqueront pas de crier au blasphème tandis que d'autres poufferont peut-être de rire devant pareille vulgarisation. Mais puisqu'il s'agit avant tout d'un divertissement…

C'est ainsi qu'avec la possibilité de pouvoir aller et venir entre la Terre et l'Enfer en usant d'une simple chaise et d'une bassine d'eau (une relecture religieuse de Matrix en quelque sorte), Constantine y croisera aussi bien des démons que des « hybrides » (des êtres à moitié humain et « bloqués » sur Terre car ils n'ont pas encore leur place ni en Enfer, ni au Paradis), parmi lesquels Balthazar ou encore l'angélique Gabriel. Toute cette iconographie en apparence si imagée et abstraite se retrouve porter à l'écran avec beaucoup de soin à l'aide d'effets spéciaux et d'une mise en scène très appliqués (mention spéciale à l'onctueuse photographie signée Philippe Rousselot), refusant au maximum le tape-à-l'œil gratuit et soutenus par des acteurs qui savent donner corps au sérieux de l'entreprise en interprétant leur personnage avec beaucoup de crédibilité (mention spéciale à Tilda Swinton et Peter Stormare en anges déchus dans les rôles respectifs de Gabriel et Satan).

Malheureusement, à force de sérieux et de sobriété, Constantine en oublierait presque son objectif premier de divertissement. Après une première heure d'exposition générale des personnages, des forces en présence et des enjeux assez captivante, il reste en effet toute une seconde heure à combler. Et, au lieu d'opter pour quelques petites scènes d'action bien senties ou quelques élagages scénaristiques jusqu'à son terme, le film se complait dans les méandres de son intrigue policière fantastique qui n'est malheureusement pas son point fort. Un choix d'autant plus curieux lorsque l'on connaît la propension de telles adaptations pour les scènes d'action corsées. Dans le cas présent, il faudra se contenter d'une (trop courte) séquence de purification inspirée de l'ouverture du premier Blade (douches, coups de tatanes et munitions faites maisons) avant que l'ultime confrontation (verbale, quelle frustration à nouveau !) ne vienne conclure le film.

Au terme des 120 minutes, on ne peut donc s'empêcher de peser le pour et le contre : d'un côté, un univers très réussi et de l'autre une intrigue qui traîne considérablement la patte. Alors, de deux choses l'une : soit Constantine n'a pas disposé d'un budget suffisamment confortable pour donner libre court à quelques folies destructrices, soit, et c'est là une option beaucoup plus plausible, ce film n'est que le premier d'une longue série de suites à venir (à l'instar des X-Men, Spider-Man…). Si tel est le cas, une version director's cut (avec suppression de nombreuses scènes bavardes et inutiles de la seconde moitié) serait alors à envisager très sérieusement pour rehausser l'intérêt général.

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