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Critique
Après le visionnage de Daredevil, on est en droit de se demander comment les producteurs ont-ils pu investir leurs deniers dans un film aussi abjecte ! Car il faut bien se rendre à l'évidence, le film de Mark Steven Johnson est un échec cuisant à tous les niveaux pour tous ceux qui espéraient en une adaptation cinématographique convaincante des aventures du justicier aveugle
Tout d'abord, on peut s'étonner du choix de l'acteur principal retenu pour incarner le super-héros. Avec sa bouille de jeune premier très BCBG, Ben Affleck possède peut-être une image vendeuse auprès des adolescentes mais il faut bien se rendre à l'évidence, son jeu de comédien est d'une platitude assez inquiétante. Les scènes lors desquelles l'acteur s'en sort le mieux, c'est lorsqu'il est remplacé à l'écran par son clone numérique durant les quelques scènes d'action. Il est indéniable que l'équipe du casting a commis une erreur impardonnable en débauchant pour des raisons purement commerciales l'acteur le plus insipide du moment à Hollywood parmi ceux qui sont réputés incontournables. Car Ben Affleck peine visiblement à se sentir à l'aise dans la peau de ce personnage complexe capable d'actes répréhensibles d'un point de vue purement héroïque.
Non satisfait d'avoir honteusement bâclé le personnage du héros (seule la période l'enfance de Matt Murdock semble acceptable mais est trop rapidement expédiée), Mark Steven Johnson a aussi réussi à réaliser le piètre exploit de résumer le personnage d'Elektra (Jennifer Garner), personnage clé et fascinant du comic en le limitant à l'écran à une simple romance à l'eau de rose concrétisée par une scène d'amour misérable. Ceci est d'autant plus regrettable que Jennifer Garner assure la seule interprétation rassurante du métrage et qu'au lieu d'exploiter son jeu de comédienne, Mark Steven Johnson l'a davantage considérée comme une présence féminine sculpturale que comme un personnage complexe à part entière. Les adversaires de Daredevil ne sont malheureusement pas en reste nous passerons aussi vite sur le passage éclair de Michael Clark Duncan dans le rôle de Kingpin que sur le cabotinage aussi incessant qu'insupportable délivré par un Collin Farrell qui, dans la peau de Bullseye, en fait des tonnes jusqu'à se ridiculiser purement et simplement à l'écran.
A défaut de proposer un métrage travaillé sur le fond et notamment sur le côté psychologique des personnages, Mark Steven Johnson s'est appliqué à dépenser un budget de près de 100 millions de dollars en effets numériques et pirouettes câblées made in Hong-Kong pour proposer au moins quelques scènes spectaculaires dignes de tout blockbuster qui se respecte. Mais il faut encore hélas le reconnaître, les scènes d'action sont dans leur grande majorité plutôt mal construites et mal filmées et elles laissent le spectateur sur sa fin. A ces perfectibles prouesses techniques numériques vient s'ajouter une surenchère auditive de tous les instants : les tubes metal, hip-hop ou techno se succèdent les uns aux autres sans aucune cohésion apparente et surtout sans que cela colle avec ce qui se déroule à l'écran. On a vraiment l'impression que le réalisateur essaie de nous jeter de la poudre aux yeux pour masquer le peu de profondeur et de cohérence de son film à grand renfort de musique assourdissante et de supercherie visuelle.
Daredevil est l'exemple concret qui illustre la règle suivante : les dollars ne suffisent pas à produire un spectacle de qualité. Spider-Man ou X-Men, autres Marvel Comics récemment adaptés pour le grand écran et dotés eux aussi d'un budget plus que confortable, ont rencontré un succès tant auprès des spectateurs mais ils doivent leur indéniable réussite à des réalisateurs talentueux. Mark Steven Johnson est peut-être un passionné de Daredevil de la première heure, il n'en demeure pas moins un réalisateur encore débutant et qui devra encore faire ses preuves pour tenter d'engendrer autre chose que ce banal spectacle calibré pour le box-office. Daredevil est assurément un film de super-héros au script honteusement sous-exploité et aurait mérité un autre traitement cinématographique que ce brouillon aussi plat que désespérément longuet.


