Terre promise

Promised land, Israël, France, 2004

Terre promise
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Critique

Johan BeyneyJohan Beyney 12 jan. 2005 Star Rating 5

Elles sont une dizaine autour du feu, au milieu de nulle part. En transit entre les pays de l'Est dont elles fuient la misère, et leur Terre promise, un Occident fantasmé d'argent et d'hôtels cinq étoiles. Dans une autre langue, les passeurs arabes jaugent leur physique et parlent ouvertement de cet avenir de prostituées qu'elles ignorent. Elles sont insouciantes et impatientes. Jusqu'à ce que leur futur les rattrape : brutalité sexuelle, vente aux enchères humiliante.
Amos Gitaï nous parle encore une fois des femmes au Moyen-Orient, entre rêve de liberté et oppression. Cette fois-ci, le terme de « Terre promise » prend toute sa relativité géographique et émotionnelle dans ces yeux de femmes qui espèrent un avenir meilleur. En s'attachant à une partie du parcours de ces esclaves modernes, le réalisateur entend montrer la violence et l'inhumanité dont elles sont victimes. Le grain appuyé de l'image et le tournage caméra à l'épaule apportent une force quasi documentaire à ce film froid et déshumanisé, à l'image de ce que subissent ses personnages. Ici, on ne parle pas êtres humains, mais « arrivage », « fournée », « marchandise ». Ravalées au rang d'objets, ces femmes se voient privées au cours du récit de tout ce qui peut constituer une identité : un nom, une parole, une terre à laquelle s'attacher. Presque trop d'ailleurs, car à force d'insister sur la dimension déshumanisante des réseaux de traite des Blanches, Amos Gitaï prive le spectateur du processus d'identification qui lui permet de s'impliquer et de s'émouvoir. En ne montrant ses personnages que comme des cartons qu'on déplace, il ne nous offre à voir que problèmes de logistique et ennuis matériels.

C'est donc du côté des passeurs qu'il faudra se tourner pour trouver des personnages plus construits. De ce côté-là de la barrière, les choses ne sont pas plus simples : les hommes ne sont que des exécutants habités par la frustration sexuelle, et les seuls bourreaux identifiables sont deux femmes dont on devine qu'elles ne sont pas arrivées là de leur plein gré (notamment une Anne Parillaud froide et autoritaire dont la beauté paraît ici presque déplacée).
Au milieu de toute cette confusion, l'espoir est incarné par un autre personnage féminin. Rose suit de loin le destin de ces femmes, derrière une vitre de voiture ou depuis une table de bar, jusqu'au moment où elle se voit demander de l'aide. Est-elle une touriste voyeuse, une journaliste, une allégorie de l'Occident ? Toujours est-il qu'on ne saura jamais ce qu'elle fait dans cette galère et que l'on comprend à peine son rôle dans l'histoire. Aussi l'attachement croissant de ce personnage flou et impalpable à l'une des filles apparaît-il vite fade. Et lorsque, dans une fin chaotique et confuse, cette dernière parvient enfin à retrouver sa liberté, c'est à peine si l'on se sent concerné. À force de déshumaniser ses personnages, Amos Gitaï les a rendus inconsistants.

En nous livrant des figures complexes (victimes consentantes, bourreaux fatigués, espoir impuissant) et des conclusions peu originales (du chaos peut naître la liberté, les vrais bourreaux sont ailleurs), le réalisateur nous offre un témoignage glaçant mais peu efficace. Les terres d'Amos Gitaï ont déjà tenu de plus belles promesses.

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