L'Année suivante

Année suivante (L')

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06 fév. 2007 Par Lucile Bellan Star Rating 9

Loin des clichés rebattus des crises d'ados bruyantes ou excessives, et donc spectaculaires, L'année suivante touche plus de gens qu'on ne pourrait le croire à la simple lecture du résumé. Et c'est par le regard résigné d'Emmanuelle qu'on découvre, ou redécouvre, la violence d'une société consumériste à l'extrême et l'égoïsme des parents post-soixante-huitards, dont la quête du bonheur personnel étouffe celle de leur propre progéniture. Fragilisée par le décès de son père, Emmanuelle stagne de peur d'oublier et subit le mouvement naturel du reste du monde. Qu'elle finira par mépriser en général.

C'est l'émotion de l'histoire vécue qui touche le plus le spectateur. Le film traite de tout et de rien, des infimes détails aux évènements majeurs de la vie d'une jeune femme. De l'achat compulsif thérapeutique de vêtements qu'on ne mettra jamais, mais dont la possession seule suffit à rassurer sur le fait de pouvoir être quelqu'un d'autre si on a envie ; de l'attente interminable de transports en commun et l'impression que les gens qu'ils transportent ont tous une vie plus intéressante et plus belle ; du shopping comme activité familiale, de la télévision toujours allumée, du Doliprane à l'infirmerie… On plonge ou replonge là-dedans avec une infinie tristesse pour se rendre compte qu'en fait cette dernière ne vient que de nous, parce que le regard d'Isabelle Czajka n'est pas triste, il tombe juste sur ce qui fait mal, avec résignation et impuissance comme son personnage principal.

Grâce à elle et au fantastique travail d'Anaïs Demoustier, qui nous fait vivre toutes les jeunes femmes concernées à travers elle, on sort de la salle en pensant à toutes celles qui entrent dans le milieu du travail, et donc des adultes, par les centrales téléphoniques et à comment elles en sont arrivées là. Sans jamais plonger le spectateur dans l'ennui, le film est empreint d'une réelle langueur et les dialogues sont très rares malgré l'importance de la voix off d'Emmanuelle, choix judicieux car toujours dans le ton. Une plongée calme et directe, presque brute, dans un monde qui a laissé des cicatrices à beaucoup et face auquel il est difficile de rester indifférent. Avec une vraie touche de lucidité et d'honnêteté, L'année suivante fait du mal, un mal nécessaire et salvateur.



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Vincent Julé :

Star Rating 9


La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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