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Critique
Burton revient vers ses noirs desseins. "Sweeney Todd" marque son retour en forme : parias, inventivité gothique et pessimisme désenchanté prennent ici une ampleur et une dimension nouvelles.
Le récit sanglant du barbier de Fleet Street était un matériau idéal pour Tim Burton. Il y fusionne le lyrisme de ses films animés et son univers profondément marqué par la Hammer, ayant pourtant sa touche propre, l’une des plus reconnaissables (et donc des plus logiquement regrettées) du cinéma américain. Cette noirceur enjouée et festive, négatif du conte de fée d'antan. Noirceur qui n'a jamais été aussi prononcée, grande force radicale d'un film jouant constamment le contraste entre la légèreté, souvent guillerette, des dialogues chantés, et les horreurs perpétrées. Burton semble vouloir se rattraper auprès des fans - légitimement - déçus par ses dernières oeuvres, fans qui seront doublement comblés par la prolongation de sa collaboration avec un Johnny Depp une fois de plus inspiré et charismatique (encore une incarnation totale, gueule ravagée à mèche blanche et voix rocailleuse d’outre-tombe). Le cinéaste maîtrise parfaitement son retour aux affaires obscures, au point de faire passer ses 4 derniers films pour de faibles récréations ou de simples accidents de commande. Ainsi ce tranchant Todd marque une évolution logique, et sans doute une apothéose, dans la représentation du pantin burtonien incarné par son acteur fétiche, de marginal il devient malin et triste, résigné. Dès le début son sort semble scellé, fatal, les temps heureux sont la portion congrue de brefs flashbacks enluminés. Sa vengeance froidement calculée demeure jouissive, festive, et même parfois drôle. Le musical combiné à une photo darkissime, et à du gore à foison, est un savant dosage, violence inédite qui fascinera le spectateur le plus rétif au genre chanté. Helena Bonham Carter complète un duo croustillant, s'accaparant joliment le piège théâtral de l’œuvre originale. C’est peu dire que la sous-intrigue des deux jeunes tourtereaux n’est pas à la hauteur, simple mécanisme narratif qui tourne à vide.
La comédie musicale de Broadway semble même trop étroite pour un cinéaste en pleine possession de ses moyens, les paroles parfois répétitives ou peu inspirées, la narration trop statique. On se concentre alors sur la valeur ajoutée Burton, heureusement énorme et bien le sujet principal du film, du moins le plus intéressant.
La seule faiblesse de "Sweeney Todd" vient peut-être des carences dans la mise en scène, non chorégraphique mais filmique, des scènes chantées (trop de simples champs-contrechamps peinent à nous emporter à chaque fois), et dans la linéarité d'une histoire simple et bien (trop) nette. Il aurait fallu trancher dans cette ossature pour atteindre au chef-d'oeuvre, néanmoins "Sweeney Todd" possède des séquences virtuoses, des interprètes jubilatoires et une fin juste sublime, qui en font une oeuvre d'importance dans la filmographie du cinéaste, une oeuvre qu'on n'osait presque plus espérer...
Le récit sanglant du barbier de Fleet Street était un matériau idéal pour Tim Burton. Il y fusionne le lyrisme de ses films animés et son univers profondément marqué par la Hammer, ayant pourtant sa touche propre, l’une des plus reconnaissables (et donc des plus logiquement regrettées) du cinéma américain. Cette noirceur enjouée et festive, négatif du conte de fée d'antan. Noirceur qui n'a jamais été aussi prononcée, grande force radicale d'un film jouant constamment le contraste entre la légèreté, souvent guillerette, des dialogues chantés, et les horreurs perpétrées. Burton semble vouloir se rattraper auprès des fans - légitimement - déçus par ses dernières oeuvres, fans qui seront doublement comblés par la prolongation de sa collaboration avec un Johnny Depp une fois de plus inspiré et charismatique (encore une incarnation totale, gueule ravagée à mèche blanche et voix rocailleuse d’outre-tombe). Le cinéaste maîtrise parfaitement son retour aux affaires obscures, au point de faire passer ses 4 derniers films pour de faibles récréations ou de simples accidents de commande. Ainsi ce tranchant Todd marque une évolution logique, et sans doute une apothéose, dans la représentation du pantin burtonien incarné par son acteur fétiche, de marginal il devient malin et triste, résigné. Dès le début son sort semble scellé, fatal, les temps heureux sont la portion congrue de brefs flashbacks enluminés. Sa vengeance froidement calculée demeure jouissive, festive, et même parfois drôle. Le musical combiné à une photo darkissime, et à du gore à foison, est un savant dosage, violence inédite qui fascinera le spectateur le plus rétif au genre chanté. Helena Bonham Carter complète un duo croustillant, s'accaparant joliment le piège théâtral de l’œuvre originale. C’est peu dire que la sous-intrigue des deux jeunes tourtereaux n’est pas à la hauteur, simple mécanisme narratif qui tourne à vide.
La comédie musicale de Broadway semble même trop étroite pour un cinéaste en pleine possession de ses moyens, les paroles parfois répétitives ou peu inspirées, la narration trop statique. On se concentre alors sur la valeur ajoutée Burton, heureusement énorme et bien le sujet principal du film, du moins le plus intéressant.
La seule faiblesse de "Sweeney Todd" vient peut-être des carences dans la mise en scène, non chorégraphique mais filmique, des scènes chantées (trop de simples champs-contrechamps peinent à nous emporter à chaque fois), et dans la linéarité d'une histoire simple et bien (trop) nette. Il aurait fallu trancher dans cette ossature pour atteindre au chef-d'oeuvre, néanmoins "Sweeney Todd" possède des séquences virtuoses, des interprètes jubilatoires et une fin juste sublime, qui en font une oeuvre d'importance dans la filmographie du cinéaste, une oeuvre qu'on n'osait presque plus espérer...


