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Critique
La Vie des autres, à l'instar d'autres productions récentes, vient nous prouver que le cinéma allemand possède de nouveaux talents prêts à émerger. Film historique mélangeant brillamment les genres, il traite des écoutes de la STASI en RDA dans les années 80, ce qui n'est pas vraiment le sujet typique d'une première uvre.
Florian Henckel von Donnersmarck s'est visiblement beaucoup documenté, et a tourné dans les lieux mêmes où se passaient les interrogatoires. On suit avec intérêt cette histoire dont l'ambiance de suspicion n'est pas sans rappeler celle du Black Book de Verhoeven. Mais même si le jeune cinéaste allemand atteint déjà un classicisme étonnant dans sa mise en scène, il lui manque néanmoins la flamboyance du maître hollandais pour vraiment donner un souffle à son film. Le tout se suit sans déplaisir, mais on a l'impression que jamais une séquence ne sortira du lot, alors que les scènes dures et les dilemmes moraux abondent. On peut alors trouver le film un peu trop long, d'autant que la fin à rallonge cumule les sautes temporelles un peu maladroites (le seul petit reproche à faire à un récit limpide). Malgré un regard distancé qui handicape le film, comme pris au piège de son propre sujet, il faut reconnaître un travail de grande qualité sur la reconstitution et l'interprétation. C'est sans aucun doute grâce aux acteurs que pointe par moment un peu d'émotion, au premier rang desquels Ulrich Mühe dans un rôle difficile quasi-muet mais aussi Sebastian Koch dans celui de l'écrivain.
La Vie des autres pêche par trop d'application et de froideur. C'est un travail de bon élève, qui fait forcément impression de prime abord quand on a l'habitude des premiers films bourrés d'idées disparates, mal équilibrés et quelques peu boursouflés. Mais Florian Henckel von Donnersmarck donne dans un ton trop proche du personnage de Wiesler, et cela finit par nuire au film. La maîtrise est bien présente, mais trop impersonnelle. Et la où le film aurait dû avoir plus de passion et de cur, on se contente de petites touches et l'ennui gagne parfois devant cette mécanique trop bien huilée. Le cinéaste reste un talent à suivre malgré tout. Simplement les défauts ne sont pas là où on les attendait.


