Bienvenue stranger!
Les enchères
Les jeux
10 canöes 150 lances et 3 épouses
Critique
Bien sûr que ce film australien ne va pas être aussi plebiscité par la foule que la dernière aventure mignonette de Besson.
Bien sûr que cette drôle d'histoire initiatique ne va pas attirer plus de spectateurs qu'un banal documentaire sur la culture du maïs en Alabama.
Bien sûr que voici un film hors-norme où pour une fois l'on se sent entraîné vers d'autres lieux, d'autres temps et pourtant d'essentiels préoccupations communes aux nôtres : manger, aimer et mourir en paix.
L'histoire d'un jeune indigène, brimé de ne pouvoir exprimer son amour pour la plus jeune des trois femmes de son père, chef du village, nous est contée à travers les anecdotes et les pensées d'un sage orateur dont l'humour n'aura de cesse de nous ouvrir les yeux, à notre tour, sur la vanité de nos désirs.
Car convoiter ce que nous estimons être notre dû est à l'évidence la source d'ennuis insoupçonnés : voici une morale peu surprenante mais ô combien rassurante... pour se consoler de nos frustrations.
Le film de Rolf de Heer, qui se situe à mi-chemin de la fiction naturaliste, du conte ancestral et du documentaire ethnologique, utilise à merveille l'emboîtement de deux histoires (l'une très ancienne filmée en couleurs éclatantes et l'autre, située dans le présent, filmée en noir et blanc) pour illustrer la perpétuation des mêmes désirs (coupables ?) le long des millénaires : l'adultère et la convoitise sont ici présentés ironiquement comme un piège inévitable dans lequel les hommes n'ont de cesse de tomber.
Les allers-retours sont ainsi l'occasion de souligner l'incessant recommencement des mêmes erreurs malgré les avertissements de tous temps répétés.
Voici donc un film parfaitement réussi qui, s'il ne pousse pas forcément à vouloir voyager aux antipodes pour se sentir proche des mésaventures d'un jeune aborigène... nous rappelle avec une légèreté bienvenue l'universalité des aléas de nos passions ennivrantes.


