Hollow man, l'homme sans ombre

Hollow man, États-Unis, 2000

Hollow man, l'homme sans ombre
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Critique

Thomas DouineauThomas Douineau 21 jan. 2005 Star Rating 5

Aujourd'hui, dans n'importe quelle interview récente, vous entendrez Paul Verhoeœven dénigrer son Hollow man. C'est sans aucun doute le film qu'il apprécie le moins dans toute sa filmographie. Si vous lui dites : « Et si on considère que l'on garde les premiers trois quarts d'heure ? » Il vous dira peut-être : « O.K., là d'accord ! ».

 


Car Hollow man, en tant que film de Verhoeœven, n'existe que dans sa première heure, synthétisée dans le personnage de Kevin Bacon lorsqu'il prend petit à petit conscience de sa condition... Si l'on ajoute des effets spéciaux extraordinaires (les premiers essais du produit sur le gorille), qui en deviennent même d'une stupéfiante beauté, on croirait presque tenir un bon film, réalisé avec la virtuosité et la rage que l'on connaît chez le hollandais.

 

 


L'intérêt de Paul Verhœoeven s'est porté, on peut le supposer, sur ce début : comment le personnage de Kevin Bacon va tout d'un coup, parce qu'il s'injecte une bonne dose d'invisibilité, révéler ses plus noires pulsions. La fascination du réalisateur pour la partie sombre de l'individu qui existe naturellement, comme il en est convaincu, en chacun de nous, trouve ici un merveilleux terrain d'expression. Il s'interroge sur la part de Mal et de Bien chez l'individu. La perversion, l'égoïsme, la pulsion de mort ne sont-elles pas contenues par le fragile milieu dans lequel on évolue ? Un évènement extérieur peut faire voler en éclats cette enveloppe, libérant ainsi nos pires instincts.

 

 


En cherchant bien, et connaissant la carrière de Verhoeœven, on peut y voir une critique de la société américaine qui peut engendrer les pires déviances. Kevin Bacon, en s'injectant une bonne dose d'américanisme, devient un fou dangereux. L'idée avait de quoi séduire, mais elle s'est perdue en route, car le reste du film n'est qu'un enchaînement inutile de scènes d'action sous forme de poursuites dans l'enceinte close du laboratoire, annihilant tout espoir de voir « le monstre » se confronter à la société qui l'a engendré. Dès lors, le film ressemble à un remake de Aliens de James Cameron où Paul Verhoeven, à court d'idées, joue de toutes les astuces (lumière, eau, feu...) et de tous les éléments pour rendre visible son homme invisible. Un comble !

 

 


Comment en est-il arrivé là ? Tout simplement parce que le système hollywoodien, après deux échecs (critiques et publics avec Showgirls et Starship Troopers), ne peut que vous rejeter. La seule solution pour continuer à bénéficier de budgets colossaux dont Verhœoeven a besoin pour ses projets était d'accepter une commande, de se transformer en yes-man vis-à-vis d'un studio qui l'a embauché en fonction de ses compétences dans le genre « science-fiction à effets spéciaux ». Si le résultat technique est bien là (il nous donne d'ailleurs à voir une des plus impressionnantes explosions de ces dernières années), le fond ne peut qu'être dissout dans un film hybride que l'on imagine très bien avoir été fait sous la contrainte (« Non ! Paul ! Là tu peux pas faire ça ! »), et qu'il a terminé complètement désabusé, ne pouvant se satisfaire d'une telle demande. Comme lui qui attend patiemment de réunir les fonds pour tourner en Europe, nous attendons de voir Verhœoeven libre de faire son cinéma.

 

 

 

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