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Critique
Deux approches sont possibles face à Next. La première qui consiste à n'y voir qu'une énième dinde faisandée sortie toute chaude des fourneaux à dollars d'Hollywood (env. 70 millions de dollars de budget). Sitôt la première bobine de film achevée, on passera alors son temps entre des regards insistants sur sa montre dans l'espoir que le supplice s'achève au plus vite et des rires (voulus ?) à la découverte des nombreuses tares de ladite baudruche : dialogues et personnages insipides (Nicolas Cage inexpressif au possible, Jessica Biel la bouche en cœur, Julianne Moore en attente de son salaire entre deux productions bien plus digne de son talent), effets spéciaux visibles comme le nez au milieu du visage, musique lourdingue au possible (Mark Isham aussi fin qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine après les scores pourtant très inspirés de Collision et Antartica)...
La seconde approche consiste à voir en Next la rencontre entre deux hommes à la carrière en dent de scies (pour ne pas dire sur le déclin artistique ces dernières années). D'un côté, le cinéaste néo-zélandais Lee Tamahori, très remarqué avec son premier long-métrage réalisé sur ses terres natales (L'Âme des guerriers) et dont le dernier film en date, l'exécrable xXx 2, pourrait être vu comme le creux de la vague du metteur en scène depuis sa traversée du Pacifique pour répondre au doux son des sirènes hollywoodiennes. De l'autre, le romancier prolixe Philip K. Dick dont les adaptations sur grand écran soufflent également le chaud (le chef d'œuvre SF Blade runner, l'excellent Minority report) mais aussi le froid avec les deux derniers portages à l'écran : le neurasthénique Paycheck (assurément le plus mauvais film de John Woo) et l'hallucinogène totale de l'an passé, A scanner darkly. La rencontre des deux hommes, à leur plus bas selon ces derniers indicateurs, laissait donc craindre le pire, ou tout du moins planer le doute quant à ce Next.
Et pourtant, à l'arrivée, le film se laisse suivre sans déplaisir : le couple Cage - Biel fonctionne plutôt bien, l'emploi des effets visuels et pyrotechniques se limite au strict nécessaire et la double thématique de fond sur le destin préétabli de chaque individu et la rencontre de l'âme sœur ne nous est pas assénée à trop grands coups de massue. Pour peu que l'on fasse fi de la sensation de voir un double épisode de 24 heures chrono (Julianne Moore en ersatz féminin à peine camouflé de Jack Bauer : elle seule à la bonne méthode pour parvenir à retrouver la trace des « terroristes » qui cherchent à nuire aux États-Unis d'Amérique), cette course-poursuite est suffisamment soutenue et bien emballée pour nous captiver jusqu'à son joli final qui pourrait, pourquoi pas, laisser place à un second volet...


