Irrésistible Alfie

Alfie, États-Unis, 2004

Irrésistible Alfie
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Critique

Julien WelterJulien Welter 26 déc. 2004 Star Rating 3

Pour prolonger le discours de Jude Law sur la mode vestimentaire et pour y introduire une lourde symbolique cinématographique, on pourrait dire que ce remake d'un classique de 1965 est un costume bon marché taillé dans une grande enseigne qui tenterait de fourguer de la mode en masse.
Outre son esthétique lounge qui multiplie les ambiances branchées, le film souffre de son rapport avec l'original, solide costume indémodable. Car même si le patron semble le même, les deux versions diffèrent radicalement par l'étoffe utilisée. Alors qu'Alfie l'ancien se drape dans le cynisme en parlant franchement à ses conquêtes du peu qu'elles représentent, le nouveau s'emmitoufle dans l'ironie en profitant, à l'aide d'œillades et de jolis mensonges. Ce changement fondamental se répercute alors à tous les niveaux de confection. La finition des coupes, représentée par le style de la confidence face caméra, offre par exemple deux allures radicalement différentes. Le cockney que Michael Caine incarne est un rustre trahi sans cesse par son accent banlieusard. La vulgarité du type de narration colle alors au propos puisqu'il fait de lui le porte-parole de prolétaires s'embourgeoisant. L'"Englishman in New York" que campe Jude Law n'est en revanche qu'un play-boy indistinct socialement dont l'accent british ne sert qu'à lui donner une aura classieuse pour pouvoir frayer avec la haute. Sa connivence avec le spectateur ne semble donc qu'une vulgaire fanfaronnade de yuppie. Son arrogance en devient même insupportable à force de le voir jouir d'une vie de rêve qu'il gâche en ne sachant pas l'apprécier.
Avec ce film qui portait les espoirs de pouvoir atteindre la part de marché grandissante des célibataires, les studios prouvent une fois de plus leur incapacité à construire ne serait-ce qu'une agréable comédie sentimentale sur la masculinité. Ne voyant en celle-ci qu'égoïsme et futilité, les scénaristes prouvent qu'ils ne sont en rien des auteurs comme Candace Bushnell (Sex and the city) ou Helen Fielding (Bridget Jones) capables de porter un regard personnel et bienveillant sur un phénomène de société.

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