Le Dernier roi d'Écosse

Last King of Scotland (The), Royaume-Uni, 2006

Dernier roi d'Écosse (Le)
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Critique

patrickcpatrickc 22 fév. 2007 Star Rating 8

Kevin Mc Donald montre la fascination exercée par le dictateur Amin Dada sur le jeune médecin écossais et à travers ce dernier, sur le spectateur et sur l'Occident tout entier à l'époque des faits.


Mais au delà de ce propos politique, au delà du thriller efficace servi par un scénario mélangeant Histoire et fiction de façon habile, ce qui captive est cette relation humaine complexe entre deux hommes que tout sépare, la culture, l'origine, le milieu social, le caractère et le sens moral. L'un est un chef d'état paranoïaque, charismatique et sanguinaire tandis que l'autre est un jeune homme insouciant, influençable et fils à papa ayant la volonté de s'émanciper. Et pourtant, ces deux hommes vont trouver un espace d'entente et une sincère amitié va naître et se développer dans un premier temps.


Et tout comme le personnage principal qu'est ce jeune médecin, le spectateur succombe d'abord lui aussi au charme de ce dictateur, qui semble sincère dans ses premiers discours enthousiasmants, qui incarne l'espoir de tout un peuple et qui est proche de celui ci. C'est un personnage qui sait incarner le feu sacré et irrationnel qui est en nous ( il danse, il rit, il aime les femmes) et donc, il est une rencontre qui tombe à pic pour ce jeune homme qui veut se libérer d'une éducation rigoureuse et étouffante.


Car si Hollywood remarque et souligne à juste titre d'ailleurs la performance magistrale de Forest Whittaker dans le rôle du dictateur ougandais, le film est centré sur le personnage écossais avant tout. Le docteur Garrigan , après des études de médecine bien menées et qui satisfont son père médecin lui aussi a une soif d'aventure, de rêve, de liberté. Sa quête vitale d'insouciance, d'absolu, sa recherche de vertige, de trouble, l'attire évidemment vers le sexe, le danger, et inconsciemment vers la violence. Sa relation avec Amin Dada est assimilable à une relation paternelle ( il trouve en Amin Dada un père de substitution plus cool) avant de se révéler plus ambiguë, flirtant par moments lors d'embrassades vers la relation amoureuse , voire homosexuelle.


Quand l'horreur et la nature cruelle du dictateur va peu à peu apparaître aux yeux du médecin aveuglé par cette sorte d' amour , il va avoir du mal à renier cet amour. Car celui ci a réellement existé et est réciproque. Le dictateur n'est pas forcément machiavélique dans son rapport à son médecin personnel. Il ne s'en sert pas consciemment et il y a une réelle estime et confiance. Amin Dada apparaît comme un enfant qui a peur de perdre ses joujoux, ses copains et l'amour des autres. Et cet aspect infantile du dictateur est ce à quoi le jeune médecin va se raccrocher encore un peu afin de ne pas se détourner totalement du dictateur. Pourtant, c'est bien ce côté dangereusement puéril qui conduit le chef d'état ougandais vers les pires actes, vers la cruauté et la barbarie la plus totale.


Ce film trouble d'autant plus qu'il assume totalement la reconnaissance d'humanité qu'il y a chez ceux qu'on nomme les « monstres ». On est abasourdi quand les faits bruts et les chiffres inhumains s'inscrivent sur l'écran, dressant le bilan noir de la dictature ougandaise. On se réveille! Mais le film justement ne se contente pas d'incriminer un « monstre ». Il décortique la fascination que celui ci a pu exercer en essayant d'en comprendre les mécanismes humains.

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