Ghosts of Mars

Ghosts of Mars

VOTRE NOTE: HateStar RatingLove



11 aoû. 2004 Par Laurent Pécha Star Rating 9

 

Dès les premières minutes de Ghosts of Mars, c'est le bonheur : une musique tendance heavy metal accompagne l'arrivée d'un train dans un désert battu par le vent, lorsque le titre John Carpenter's Ghosts of Mars s'affiche à l'écran. Et la suite ne démentira pas cette impression. En dépit de son bide un peu partout dans le monde et de son flingage par bon nombre de critiques (surtout américaines) et spectateurs assidus aux salles obscures (y compris par une partie des admirateurs du cinéaste), l'auteur de ces lignes (contrairement à ce que pense le reste de la rédaction) persiste et signe : cette aventure violente et angoissante est une incontestable réussite, une œuvre somme de toutes les aspirations et thèmes que Carpenter développe depuis près de trente ans. Une sorte de best of totalement assumé et incroyablement jouissif.

Dernier survivant d'une race de cinéastes dont le talent est de plus en plus en voie d'extinction (à des degrés plus ou moins prononcés, De Palma, Cronenberg, Argento, Romero sont désormais loin de leur filmographie des années quatre-vingt), Carpenter continue à œuvrer avec réussite dans son genre de prédilection, avec désormais une tendance à assumer de plus en plus le fan de westerns qui sommeille en lui depuis sa tendre enfance. Après donc Vampires, Carpenter récidive et s'offre un western martien en y insérant moult références à sa propre filmographie : Assaut pour son histoire d'escorte de prisonnier qui tourne court suite à un attaque inattendue, The Thing pour ses personnages incubés par le mal et qui paraissent normaux en apparence, Escape from New York, pour l'aspect fin du monde des décors et le look gothique des ghosts, Fog pour la vengeance surnaturelle des fantômes venus reprendre leur dû. Mais Carpenter ne se contente pas de faire référence à des situations qu'il a déjà abordées : il remet au goût du jour ses personnages de prédilection, et en premier lieu son anti-héros à la Snake Plissken ou Napoleon Wilson. Sauf que cette fois-ci, ce n'est plus un homme qui en prend les traits (Ice Cube n'est vraiment pas très convaincant dans l'univers du cinéaste), mais une femme, interprétée avec une conviction étonnante par la superbe Natasha Henstridge (invitée de dernière minute, puisqu'elle remplaça au pied levé Courtney Love).

Ghosts of Mars est ainsi l'occasion pour Carpenter de donner enfin des rôles d'importance aux femmes. Les héros « carpenteriens » sont quasi exclusivement des hommes, des baroudeurs cyniques qui rejettent le monde dans lequel ils évoluent. Et bien ce coup-ci, c'est une femme qui s'y colle, et avec quelle maestria. Si, d'habitude, les personnages de Carpenter sont ouvertement politiquement déviants (rebelle, anarchiste, cynique, désabusé), Melanie est beaucoup plus ancrée dans le système (c'est une fliquette qui veut accomplir sa mission coûte que coûte), un peu comme si le cinéaste en avait marre, après des années de combat, d'enfoncer le clou sur son pays et ses travers. Le message est finalement limpide : à quoi bon lutter dans un monde qui a déjà perdu la partie ? La fin du film en forme de pied-de-nez démontre que Melanie a choisi la seule voie viable : dans le moule, elle arrive à donner un sens à son existence. Mais Carpenter ne se contente pas de ce rôle féminin d'envergure. Il multiplie les icônes féminines : Clea Duvall en jeune policière « rookie », qui permet au cinéaste de multiplier les plans graphiques, Pam Grier en officier simili SS, lesbienne et dominatrice, Joanna Cassidy en scientifique aux remords un peu lourdement explicatifs (mais qui ont le mérite de faire avancer l'histoire). Bref, on n'a jamais vu autant de femmes dans un film de Carpenter. Pour les nostalgiques de la petite culotte de Ripley, Carpenter en propose une version très sexy, et surtout bien plus poitrinée.

Novateur dans son approche des personnages, Ghosts of Mars l'est presque tout autant dans sa construction par le cinéaste. En faisant appel à la narration en flash-back, avec intervention à chaque fois de la personne qui a vraiment vécu la situation, Carpenter booste son récit de manière particulièrement ingénieuse. Pourtant, en premier lieu, lorsque le film s'ouvre sur une Natasha Hensdrige retrouvée seule et menottée dans un train, et qu'elle est alors chargée de raconter à ses supérieurs les raisons de l'échec de sa mission, on a un peu peur que ce flash-back cherche à masquer le manque de substance de l'histoire, une sorte de fausse bonne idée, surtout que Carpenter n'est pas très coutumier du fait (L'Antre de la folie et Les Mémoires d'un homme invisible sont ses seules tentatives dans le genre). Heureusement, il n'en est rien. Ce concept permet au réalisateur de jouer avec nos nerfs : il n'y a pas une seule seconde durant le récit où on ne se pose la question de savoir ce qui a pu arriver à la horde sauvage menée par Henstridge. Mystère et suspense sont à leur comble, et le père John ne se gêne pas pour brouiller les pistes durant une première demi-heure d'anthologie. L'arrivée et la découverte de la ville Shinning Canyon procurent des moments de pure jouissance. Cadrage d'enfer d'une ville fantôme, héros armés jusqu'aux dents prêts à dégainer au moindre danger : la sensation de se retrouver dans un western sur Mars est incroyablement électrisante, d'autant que Carpenter fait tout pour amplifier cet état de fait : un décor poussiéreux dénommé Shining Canyon, la vengeance des martiens (Indiens) revenant en ghost attaquer les colons terriens qui les ont massacrés…, le tout avec une imagerie portée sur l'héroïc-fantasy à tendance SM (l'incroyable look de Big Daddy Mars), qui culmine dans des combats mano à mano où Carpenter fait preuve d'un savoureux sens graphique.

Finalement, si on reste en-deçà de certains chefs-d'œuvre du maître (Halloween, Assaut, The Thing, Prince des ténèbres, L'Antre de la folie, entre autres), Ghosts of Mars est un patchwork jubilatoire de scènes, thèmes, situations que Carpenter nous assène, pour notre plus grand bonheur, depuis presque déjà trente ans. Finalement, la vision de Ghosts of Mars apporte un formidable espoir pour tout amateur de (bon) cinéma fanstastique et de westerns : s'il ne doit en rester qu'un, ce sera John ! Sauf que depuis la sortie du film (soit en 2001), Carpenter multiplie les projets sans concrétisation. Frustrant et démoralisant, surtout à une époque où un cinéma américain de plus en plus chloroformé aurait bien besoin de sa vision d'éternel franc-tireur.



LIENS SPONSORISES

PHOTOS DU FILM

  Voir le photo  

  Voir le photo  

  Voir le photo  

PLUS DE PHOTOS

PARTAGER

En parler sur Facebook Voter pour cet article sur Wikio



Tonton BDM :

Star Rating 9
“Ghosts of Mars”, s’il n’est pas entièrement réussi, ne détone en rien dans la filmographie de Big John Carpenter. En effet, on assiste à un spectacle film purement ‘Carpenterien’, une espèce d’amalgame de tous ses films antérieurs : Carpenter joue clairement le jeu de l’auto-référence, en citant constamment son cinéma (de “Assaut” à “Vampires”). Et [...]

Laurent Pécha :

Star Rating 9

Ilan Ferry :

Star Rating 7

Stéphane Argentin :

Star Rating 7

Vincent Julé :

Star Rating 7

Patrick Antona :

Star Rating 6

Bruno Laurent :

Star Rating 5

Sandy Gillet :

Star Rating 4

Didier Verdurand :

Star Rating 3


ziterk17/02/2011 22:56 par ziterk

”Best of”, “Best of”… Faut le dire vite. C’est presque davantage vrai pour un film comme Vampires. Le côté bourrin et le côté “trouille” cohabitant bien mieux que dans Ghosts Of Mars, qui ne fait ni peur, ni ne donne vraiment le quota d’action attendu. En même temps si j’ai un amour [...] LIRE LA SUITE
FinnegansWake17/02/2011 19:09 par FinnegansWake

“Best of”, “Best of”… Faut le dire vite. C’est presque davantage vrai pour un film comme Vampires. Le côté bourrin et le côté “trouille” cohabitant bien mieux que dans Ghosts Of Mars, qui ne fait ni peur, ni ne donne vraiment le quota d’action attendu. En même temps si j’ai un amour [...] LIRE LA SUITE
ziterk17/02/2011 18:45 par ziterk

N’étant pourtant pas un ayatollah du cinéma de Big John, je n’ai jamais saisi pourquoi Ghosts of Mars restait aussi mal-aimé (de la part de gens qui apprécient le bonhomme, j’entends). Car au final, le film s’apparente à un “best-of” (un peu bordélique certes) de toute son oeuvre, avec les attributs [...] LIRE LA SUITE

À ne pas manquer

Dossier Spielberg
Bazar Blu-ray
L'annuaire Blu-ray le plus complet du web
Ecran Large ouvre sa base de données

Newsletter