L'Invasion des profanateurs de sépultures
Invasion of the body snatchers- PAYS :États-Unis
- ANNÉE DE PRODUCTION :1956
- DATE DE SORTIE :21 octobre 2009
- PREMIÈRE EXPLOITATION FRANÇAISE :
08 novembre 1967 - GENRE :Science-fiction, Épouvante, Thriller
- DURÉE :80 MIN
- REALISATEUR : Don Siegel
- ACTEURS :Kevin McCarthy, Dana Wynter, Larry Gates, King Donovan, Carolyn Jones
- BUDGET : 417 000 dollars
- Format de tournage : 35 mm
- Ratio d'image : 2.00
- Noir et blanc
- Remake : Invasion des profanateurs (L')
- Adapté d'un roman de Jack Finney
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Invasion of the Body Snatchers (L'Invasion des profanateurs de sépultures) de Don Siegel est son unique chef-d'oeuvre donné au genre fantastique comme au genre science-fiction - le film relève autant de l'un que de l'autre - et une des meilleures oeuvres de sa filmographie. Contrairement à ce qu'on lisait presque partout, ce film ne date pas de 1956 puisque le copyright inscrit à son générique est bien 1955. Des générations de critiques et de lecteurs français ont écrit et recopié à tort la date de 1956. Il faut dire qu'ils n'avaient pas souvent l'occasion de vérifier cette mention : L'Invasion des profanateurs de sépultures ne fut distribué à Paris que fin 1967. Il revient de loinÂ… et même de très loin. Pourquoi une distribution aussi tardive, plus de 10 ans après sa sortie américaine ? Deux raisons à cela : d'une part le mépris obstiné (il dure pratiquement jusqu'en 1990 !) de la critique française envers Siegel et d'autre part le dédain très vif des critiques et distributeurs français pour le cinéma fantastique et de science-fiction qui ne s'atténue que vers 1970.

Un coup d'oeil rétrospectif sur l'histoire critique du cinéaste et de son film suffit à s'en convaincre. En effet Don Siegel ne figure pas dans la première édition (Seuil, Paris 1965) du Dictionnaire des cinéastes de George Sadoul ni d'ailleurs dans la seconde édition de 1977 revue et augmentée par Émile Breton. Le critique et cinéaste Jacques Rivette admire certes Baby Face Nelson (L'Ennemi public, U.S.A. 1958) mais conclut son article des Cahiers du cinéma n°150, décembre 1963 par un célèbre : « Baby Face Nelson est une énigme, mais il n'y a pas de Sphynx ». La définition méprisante donnée de Siegel par Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, dans leur Trente ans de cinéma américain (seconde édition 1970 d'un livre paru en 1961) est prudemment ambivalente : « La critique française en a fait un des princes de la série B. Il faut avouer qu'il connaît son affaire et vous boucle en quelques plans une scène d'action (Â…) ou campe en un tournemain quelques personnages pittoresques. Mais de style point et de personnalité moins encore ». Lorsque Michel Caen, l'un des rédacteurs en chef de la revue Midi-Minuit Fantastique, rend compte d'une manière importante de la sortie de L'Invasion des profanateurs de sépultures dans le n°18-19, Paris décembre 1967-janvier 1968, il ignore naturellement l'histoire du tournage, et celle de l'exploitation du film. Il reproche injustement à Siegel l'ouverture et la fin alors qu'elles lui furent imposées par le distributeur. Et il oppose la fin pessimiste « courageuse » de The Birds (Les Oiseaux, U.S.A. 1963) de Hitchcock à la « lâcheté » de la fin tournée par Siegel en 1955. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce jugement critique qui nous semble absurde quelle que soit la fin (imposée ou choisie) du film de Siegel qu'on considère.

Et quand Jean Wagner consacre à Don Siegel une notice pour le deuxième volume collectif « Cinéastes » des « Dossiers du cinéma » éditions Casterman, Belgique 1971, on ne peut pas dire que les choses aient fondamentalement changé puisque Wagner écrit : « En revanche il y a deux chefs-d'oeuvre. L'un appartient à la science-fiction : c'est L'Invasion des morts-vivants [*]. L'autre est un thriller : c'est L'Ennemi public. Je passerai rapidement sur le premier d'autant plus que notre admiration est peut-être comparative : la médiocrité de la quasi-totalité des films du genre (là je sens que je vais me faire assassiner) nous pousse peut-être à voir dans ce film intelligent, sensible, par moments poétique, en un mot, un film de professionnel, une œuvre plus importante qu'elle ne l'est en réalité. (Â…) ». Le même Wagner conclut que The Beguiled (Les Proies, U.S.A. 1970) dont Siegel est producteur et réalisateur va peut-être amorcer une ère nouvelle, qu'il est encore un cinéaste prometteur : bref...Â…

En 1971, Jean-Pierre Bouyxou & Roland Lethem, La Science-fiction au cinéma, éd. U.G.E., coll. 10/18, Paris 1971, pp. 199-200 comparent Invasion of the Body Snatchers à la production Hammer Film qu'est Quatermass Two (La Marque, G.B. 1957) de Val Guest etÂ… préfèrent Quatermass Two. Les arguments avancés sont d'ailleurs intéressants : la part faite par Siegel au réalisme de l'exposition lasse Bouyxou & Lethem qui considèrent que Siegel n'est pas assez violent visuellement, trop sage en regard tant de la nouvelle originale (ou du feuilleton, plutôt) que du scénario qu'ils admirent. Siegel pas assez violent ? Nous pensons que le reproche est dénué historiquement de fondement. Pas assez baroque peut-être ? Pourtant...Â… Ce qu'on peut objectivement remarquer, c'est que Val Guest reprend l'idée - banale mais efficace lorsqu'elle est bien réalisée - de Siegel pour ouvrir son propre film : filmer des nuages dans le ciel.

Si René Prédal, Gérard Lenne, et Jean-Marie Sabatier écrivent leur admiration pour le film dans leurs études respectives d'histoire et d'esthétique du cinéma fantastique parues en 1970-1973, il faut tout de même attendre la notice informée de Jacques Lourcelles, « Dictionnaire du cinéma : les films », éd. originale Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris 1992 pour que l'histoire généraliste du cinéma lui rende à son tour hommage. Critique qui forme une boucle avec l'histoire de l'exploitation du film chez nous puisque L'Invasion des profanateurs de sépultures avait été distribué par Mac-Mahon Distribution et que le cinéma parisien Mac-Mahon était patronné par la revue « Présence du cinéma » à laquelle Lourcelles collaborait régulièrement.
Aujourd'hui, en novembre 2006 presque cinquante ans après sa réalisation, que penser du film ? Tourné rapidement, avec un budget modeste dans un très mignon SuperScope, à partir d'un scénario qui adaptait un feuilleton paru dans Collier's Magazine, Invasion of the Body Snatchers fut reconnu par Hollywood digne d'être refait deux fois : par Philip Kauffman (U.S.A. 1978) puis par Abel Ferrara (U.S.A. 1993). Ces deux variations seraient d'ailleurs passionnantes à comparer avec l'original. Et Gérard Lenne avait parfaitement raison d'écrire dès 1971 que le film de Siegel est un film de science-fiction qui vire au fantastique. De fait, par son argument il appartient au premier genre mais son traitement est ensuite assez souvent celui du thème du vampire. C'est donc, en somme, un film de science-fiction dont le sujet est le sujet par excellence du cinéma fantastique, à savoir le thème du double.

Un mot sur le sens du titre américain : c'est un jeu de mots qui n'a pas été compris par celui qui a inventé le titre français d'exploitation. Les « Body Snatchers » sont littéralement des voleurs de cadavres : lire notre test DVD du film R.K.O. Robert Louis Stevenson's The Body Snatcher (Le Récupérateur de cadavres, USA 1945) de Robert Wise. Or, chez Siegel on ne vole pas des cadavres mais des enveloppes vivantes qu'on investit de l'intérieur. On avait déjà vu des extra-terrestres (les « Xénomorphes » !) s'emparer du monde en prenant possession d'une apparence humaine dans They Came From Outer Space (Le Météore de la nuit, U.S.A 1953) et on en reverra d'autres. Ce n'est pas tant le sujet - même si l'aspect végétal du monstre est très inquiétant, il n'est pas vraiment nouveau non plus : voir The Thing from another world (La Chose d'un autre monde, U.S.A. 1951) - que son traitement plastique (les « cosses » maternelles), technique (le traitement du temps de l'action) et thématique qui est admirable.
Le mot « alien » est prononcé dans le dialogue entre MacCarthy et Dana Wynter : de fait, il repose sur la même angoisse psychotique qui lui donne naissance. Francis Pasche, Le Sens de la psychanalyse, éd. P.U.F., coll. « Le fil rouge » Paris 1988, pp.112-113 nous semble avoir donné les clés psychanalytiques permettant de rendre compte de la terreur régressive à l'oeuvre dans un tel sujet. D'autant plus que la première partie du film met en place une énigme qui, faute d'être résolue à temps, menace de prendre corps physiquement et de dévorer, telle une mère archaïque, le nouvel Oedipe incapable de la résoudre. Le sommet de la terreur (plastique : le visage double de la belle actrice Dana Winter « réveillée » ) étant atteint psychiquement par l'identification du sommeil et d'un processus de désindividuation : la victoire de l'autre menaçant est alors assurée. Dans ces conditions, on s'explique mal les reproches que faisait Michel Caen à la fin du film. Qu'il s'agisse de la fin voulue par Siegel (McCarthy hurlant aux automobilistes : « You are next !Â… ») ou de celle imposée par Walter Wanger, elles sont tout aussi pessimistes l'une que l'autre. La première maintenait à peine l'ambivalence du cauchemar, la seconde assure sa réalité : en matière de pessimisme, qui dit mieux ? 
Du point de vue plastique, remarquons que La Nuit des morts-vivants (U.S.A. 1968) de Romero est influencée par la direction de la photographie d'Ellsworth Fredericks (bien que la composition des plans de celui-ci ait été effectuée en fonction des exigences du SuperScope) et surtout influencé par la mise en scène de Siegel. Les scènes de la découverte dans le jardin, les effets psychiques qu'elle provoque chez Carolyn Jones en 1955 annoncent le traumatisme subi par Judith O'Dea en 1968 : la prégnance d'un noir d'encre dans les coins de l'arrière-plan sera simplement augmentée par Romero. Romero se plaira aussi à reprendre l'humour très noir de Siegel concernant certains aspects dynamiques du scénario : la difficulté visuelle de distinguer l'humain de l'inhumain à une certaine distance, le fait que les autorités deviennent dangereuses pour les rescapés au lieu de les protéger, l'ampleur et la rapidité de la contamination.
Du point de vue temporel, autre aspect moderne : la modification du temps par le récit au passé simple, puis celle de la perception du héros suggérée par l'injection d'amphétamine afin de rester éveiller... pour vivre un cauchemar total qui culmine lors de l'identification de Dana Wynter. Le jeu de boucle - selon qu'on admet la fin « distributeur » ou qu'on conserve mentalement la fin « Siegel » voulue à l'origine - est novateur dans les deux cas, et franchement inédit. Cette ambivalence objective entre cauchemar et réalité sera reprise d'une manière non moins géniale par Romero.
On le voit, le film de Siegel est lui-même une « cosse » matricielle dans l'histoire du cinéma fantastique, et pas seulement grosse de ses deux variations explicites.
(*) Jean Wagner confond en 1971 (op. cit. supra) le titre français d'exploitation de 1968 du film de Siegel de 1955 avec le titre d'exploitation du The Plague of the Zombies (L'Invasion des morts-vivants, G.B. 1966) de John Gilling produit par la Hammer Film, sorti à Paris le 28 septembre 1966. Son ignorance et son mépris du genre lui font naturellement reproduire cette navrante méprise dans sa filmographie de Siegel annexée à sa notice.
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LA COMMUNAUTE
CLIQUEZ ICI POUR REAGIR!30/11/1999 01:00 par La RédactionInvasion des profanateurs de sépultures (L’)Vous pouvez discuter ici du film Invasion des profanateurs de sépultures (L’).
Cliquez ici pour voir la page complète : http://www.ecranlarge.com/movies-details-5492.php
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