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Requiem
Critique
Etonnant film que cette excellente reconstitution d'une époque (les années 70 d'une adolescente allemande) et d'une certaine conception de la religion et de ses travers pathologiques (la possession diabolique vue sous l'angle psychiatrique).
Ce film raconte de façon quasi-documentaire la lente mais irrémédiable descente aux enfers d'une jeune fille mal dans sa peau sujette à l'hystérie mystique.
Tiré d'un fait réél (on ne peut en douter, vu la peu spectaculaire manifestation du démoniaque, à l'oeuvre dans cette histoire), le réalisateur prend le parti de ne filmer que des faits non-ambigüs : cette possession n'a presque rien à voir avec le grand-guignol du célèbrissime "Exorciste" de Friedkin (auquel on ne peut s'empêcher de penser tout au long du film). Il laisse de côté tout l'attirail fantastique et surnaturel (pas de voix inversées, pas de murs qui se lézardent, pas d'apparitions ou de transformations physiques) pour privilégier en fait l'aspect purement subjectif et intime de ce que peut être une possession diabolique moderne, loin de l'imagerie médiévale véhiculée par une vision obscurantiste d'une pathologie mentale parfois qualifiée d'envoûtement.
En cela, il se rapproche d'un diagnostic plus psychologique que religieux d'un état extrême d'auto-destruction typiquement dépressif amplifié par une éducation parentale rigide de religiosité.
L'aspect purement formel du film est remarquable : décors, vêtements, grain de la pellicule et photographie délavée.
La mise en scène, presque dépourvue de musique, privilégie la caméra portée typique du documentaire. Rien ne vient enjoliver ou décupler les manifestations psychotiques du personnage dont seul l'entourage est persuadé qu'elle est possédée par une force extérieure.
L'Eglise, représentée par deux prêtres dont les avis opposés vont se rejoindre, restera impuissante à soulager cette dé-possession. Un psychiatre n'y sera jamais invité car totalement absent du scénario.
Saluons la prestation de la jeune comédienne Sandra Hüller qui parvient magistralement à illustrer le propos du réalisateur. Celui-ci cherche à démystifier la possession et il y réussit grandement grâce au naturalisme qui imprègne chaque séquence jusqu'à la dernière image.
Dernière image qui rappelle à chaque individu que les plus grands mystères sont hors de portée comme une masse de nuages en mouvement


