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Critique
Vienne, entre deux siècles :
Retrouvant Sophia (Jessica Biel), son amour d'enfance perdu 15 ans plus tôt, l'illusionniste Eisenhem (Edward Norton) se promet d'utiliser tous les tours qu'il a dans son sac pour ne pas la voir disparaître a nouveau malgré le fait que la belle ne soit promise a Leopold (Rufus Sewell), irascible dauphin au trône.
Voulant se débarrasser définitivement de l'embarrassant rival, le dauphin charge le policier Uhl (Paul Giamatti) de séparer a tout prix les amoureux.
Le film de magicien a le vent en poupe et après les essais plus (le Prestige de Christopher Nolan) ou moins réussis (le Scoop de Woody Allen), c'est au tour de Neil Burger d'explorer les coulisses des as de la prestidigitation avec sa brillante adaptation d'une nouvelle de Steve Milhauser.
Amateurs de films a script futé où l'on se laisse agréablement mener par le bout du nez de fausses pistes en voie sans issue, ne passez pas votre chemin !
Cet élégant conte immoral va mettre a l'épreuve durant une centaine de minute la passion de deux amants, la perspicacité d'un retord chef de police et la patience d'un ambitieux prince tout en invitant spectateurs a deviner ce qui se trame en coulisse sans tomber dans les nombreux pièges et trompe l'il semés par le scénariste.
Développant un manipulateur film sur l'art de la manipulation, le réalisateur a eu de plus la bonne idée de mettre trois atouts de son coté :
- un casting quatre étoiles avec un Edward Norton tour a tour consume de passion en retrouvant sa promise, possède par son art et errant dans les rues de la ville puis littéralement translucide, une Jessica Biel toute en fragilité et rarement vue a ce niveau de jeu et un Rufus Sewell perpétuellement au bord de la crise de nerfs épaulent le décidément brillant Paul Giammati, narrateur du récit glissant subtilement du roquet arriviste au fonctionnaire altruiste,
- le choix de délaisser la facilite d'effets spéciaux spectaculaires ou de scènes d'action ampoulées (qu'aurait pu invoquer une histoire de magicien traque) pour concentrer son récit sur des dialogues ciselés et des personnages tous plus ambigus les uns que les autres et dont les véritables motivations ne seront révélées qu'en fin de parcours.
- Une direction artistique optant pour le dépouillé se révélant continuellement du plus bel effet: les personnages évoluent dans un splendide Vienne (reconstitue a Prague) au style superbement épuré (quelques bâtiments, peu de rues
) et baigné d'une doucereuse lumière sépia et de tons ocres.
Véritable coeur de l'action, un somptueux théâtre et ses coulisses, où s'empilent miroirs, fumigènes et autres artifices propres à induire yeux et esprits en erreur, renferme la scène d'ou Eisenheim menace soir après soir l'ordre établi a coup d'apparitions et de disparitions.
Brillamment construit et interprété, L'illusionniste fait partie de cette catégorie de films en voie d'extinction ou aucun plan, aucune scène ou aucun dialogue ne semble superflu, gratuit ou anodin, capable de glisser d'un genre a l'autre tout en brassant allégrement les thèmes de l'Amour, l'Art et de la Politique, et de changer subtilement de point de vue.
Eisenheim est-il véritablement victime de son public ou manipule-t-il les foules a de mystérieuses fins ?
Leopold, entre une préparation de coup d'Etat et une distribution de gifles a la volée, est-il vraiment capable du pire?
Son fidèle Uhl est-il a ce point aveugle qu'il est prêt a tout pour absoudre le prince de malversation ?
Lequel s'avérera au final le plus cruel, calculateur et manipulateur ?
Une grande partie de l'intérêt du film vient aussi de sa capacité à transformer lentement mais sûrement notre perception de chacun de ses personnages qui, en fin de métrage, auront gagnes ou perdus de notre sympathie au gré des retournements de situation...et d'une révélation finale plutôt prévisible mais pas moins efficace pour autant.
Drame romantique de haute volée ou film « a twist » pour les uns, conte costumé sur le pouvoir et les dangers de ses abus pour les autres, le film aura donc peu de chance de laisser les spectateurs insensibles a ses multiples charmes


