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Dans Paris
Critique
Ca démarre un peu à la manière d'un film de Godard. Absence de règles, ambiance Nouvelle Vague. Une Nouvelle Vague qui sera l'objet de bien des clins d'oeil : Truffaut, Godard, Eustache, Demy et les autres ont marqué Christophe Honoré et s'amuser à retrouver les petits hommages dispersés dans Dans Paris pourrait être un jeu à réaliser entre cinéphiles. On voit d'abord un garçon, Louis Garrel qui est dans un lit avec son frère Paul et une jeune fille. C'est la l'aboutissement du film.
Il se lève, va sur le balcon et s'autorise une "apostrophe". Il parle face caméra avec un langage très littéraire (déjà utilisé pour Ma Mère) , il nous annonce que vu q'il n'est pas le héros du film il s'octroie le droit d'en être le narrateur. Le procédé est casse-gueule mais cela fonctionne.
L'histoire commence et on découvre Paul campé par un Duris tout ce qu'il y a de plus magnifique. Il est parti de Paris pour vivre à la campagne avec sa chérie Anna et le fils de celle-ci : Loup. Au bord d'une forêt magnifiquement photographiée ou dans leur bel appartement on voit leur couple se défaire. Les moments de joie et de tristesse s'alternent de manière déstructurée, ces deux-là s'aiment mais ils sont encrés dans la routine, commencent à perdre leur désir. Prises de tête, craquages dans les règles , provocations , danse lascive sur une musique parfaitement choisie : le film commence très fort. Duris et Preis forment un duo incarnant la douleur à merveille et d'une sensualité fascinante. Honoré dépeint la rupture tourmentée avec passion.
Paul finit par partir loin d'elle et retourne dans l'appartement de son père à Paris où vit également son frère, Jonathan. L'occasion pour le réalisateur d'évoquer le sujet de la fratrie qui lui est cher. Paul est en dépression car il est en train de perdre Anna, il s'enferme dans sa chambre et ne veut plus en sortir, enveloppé dans sa couverture. Jonathan, lui, essaye tant bien que mal de lui remonter le moral mais pense surtout à draguer les parisiennes. Inspiré par Léaud, il multiplie les répliques bien senties et les moments de légèreté et de romantisme dans un Paris aux couleurs de Noël. La douleur / le plaisir , la vie / la mort (les deux frères avaient une soeur ,Claire, qui s'est suicidée), l'ignorance du malheur des autres : beaucoup de thèmes sont abordés, tous avec une maitrise époustouflante.
Dans Paris regorge de scènes fortes : la danse d'Anna , le passage ou Paul se retrouve à écouter Kim Wilde sur son lit en chantonnant, la lecture de la petite histoire avant de se coucher, les prières de Paul, la chanson du téléphone...Il s'agit là d'un film avec une âme, d'un véritable cinéma qui prend aux tripes.
Guy Marchand fait sourire en papa vieillissant roi du bouillon de poule, on retrouve avec plaisir Marie-France Pisier...
La projection terminée on se dit que l'on est devant quelque chose de grand. C'est beau, parfaitement écrit et joué, sensuel, douloureux, drôle, tragique, romantique...Les mots fusent autant que les émotions. Dans Paris est le film français de l'année 2006. Une oeuvre aussi inspirée, habitée qu'élégamment réalisée. Un choc.


