Benjamin Gates et le trésor des Templiers

National Treasure

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22 déc. 2004 Par Sandy Gillet Star Rating 3

Faut-il prendre la mouche quand un attaché de presse vous annonce que de projection pour la dernière production Bruckheimer il n'y aura point ? Surtout quand l'on sait que cette affirmation en forme de personna non grata s'adresse en fait uniquement au media Internet dans son ensemble ? Non, car aux yeux de certains, ce serait faire l'enfant gâté, et pour d'autres, le fait de ne pas aller voir Benjamin Gates et le trésor des Templiers (avant sa sortie en salles) s'apparenterait plus à une délivrance qu'à une pénitence. Mais bon, comme il nous faut tendre à une certaine exhaustivité sur Écran Large, c'est non sans appréhension que nous nous sommes finalement rendus dans l'un des seuls cinémas parisiens à projeter le film de Jon Turtletaub la veille de sa sortie nationale. Résultat des courses : voilà un sens du devoir et du sacrifice (c'est qu'il faut l'affronter, le froid parisien actuel !) bien mal récompensé, tant la petite bouillie indigeste qui nous a été donnée de voir ne méritait vraiment pas de se mettre martel en tête.

Benjamin Gates nous avait été vendu comme étant de la nouvelle race des chercheurs de trésors, à la fois féru d'histoire et ne rechignant pas à aller sur le terrain (jusqu'ici rien de nouveau), mais aussi excessivement urbain et génie de l'informatique. Bref, un mélange entre classique et moderne à tendance high-tech. Dans les faits, c'est Nicolas Cage qui a été choisi pour endosser le costume, et a priori l'idée était bonne. L'acteur, on le sait, a depuis longtemps convaincu la planète cinéma de son potentiel à la fois charismatique et athlétique qui a donné de par le passé de très beaux succès au box-office. Le problème ici, c'est que de charisme il n'y a point et d'athlétique, encore moins. Il suffit de voir les quelques petites et faméliques séquences d'action et de fermer pudiquement les yeux à la vision d'un Nicolas Cage courant dans les rues de New York pour malheureusement s'en convaincre.
Le second hic, et il n'a pas manqué de nous étouffer, est cette propension de plus en plus affichée par le cinéma américain – et pas uniquement « mainstream » – à vouloir convaincre que leur Histoire vaut bien celle du reste du monde. En d'autres termes, si avec le professeur Indy (car malgré tout on est bien obligé de se référer à ce vers quoi Benjamin Gates… lorgne effrontément) on faisait le tour de la planète, et pas qu'une fois, avec le chercheur de trésors Ben Gates (notez aussi la descente d'un cran dans « l'intitulé professionnel ») le tour du monde se résume à une escapade en Antarctique alors que le reste du film se déroule uniquement dans les États de Washington D.C. et de New York, autant dire, bien entendu, l'épicentre historique mondial.

C'est que Ben Gates est à la recherche du plus grand des trésors, celui de l'humanité, entassé et récolté depuis la nuit des temps et amené vers le XVIIe siècle en terre du Nouveau Monde (sic !). Soigneusement caché des Anglais lors de la guerre d'Indépendance, il hante la famille Gates depuis 1832, date à laquelle le dernier des signataires de la déclaration d'indépendance en 1776, et franc-maçon de son état, en révélait l'existence avant de mourir. Il ne s'agit donc finalement que d'un trésor (on est loin des pouvoirs surnaturels, fantastiques et indomptables de l'Arche d'alliance), dont deux équipes vont se disputer la découverte. C'est Sean-« Boromir »-Bean qui joue le rôle du bad guy, et c'est peu de dire qu'il n'est pas convaincant : la faute sans aucun doute à un scénario manquant cruellement de cette unité narrative qui, s'il le montre tout au long du film tel un philanthrope véreux mais suffisamment intelligent pour suivre la cadence imprimée par Gates, n'hésite pas à contredire tout cela lors d'une séquence finale le faisant passer pour un véritable « bleu bite ». Le reste est d'ailleurs à l'avenant, ce qui pour un film d'entertainment est loin d'être rédhibitoire, mais qui, martelé à grands renfort de dialogues ineptes comme c'est le cas ici, finit par agacer, voire irriter, plus que de nécessaire.
Ce n'est malheureusement pas non plus la prestation de Diane Kruger qui modifiera la donne, bien trop invraisemblable en conservatrice de musée (on pense à Denise Richards dans Le monde ne suffit pas, c'est dire !), et encore moins le pauvre Jon Voight en père de Gates, dont on se demande encore comment il a bien pu atterrir dans cette galère. Reste tout de même Harvey Keitel qui, promenant sa carcasse fatiguée et résignée durant la dernière demi-heure du film, se fond en un inspecteur du FBI aussi crédible que tout le reste mais avec classe et sobriété.

Benjamin Gates… confirme enfin tout le bien que l'on pensait du tâcheron Jon Turtletaub dont le seul film à peu près potable reste Rasta rockett, et dont la dextérité derrière une caméra fait aussi peur que sa faculté à mettre en scène (on lui fera grâce du montage, étant entendu qu'il n'est pas crédité à ce poste). Tout semble en effet englué dans une sorte de marasme visuel incohérent, la dernière séquence d'action étant à ce titre filmée et montée en totale contradiction avec les règles élémentaires du cinéma, laissant le spectateur pantois au vu du résultat final.

Le pire dans tout cela, c'est que de déception il n'y a point, tant on ne retirera de Benjamin Gates… que sa propension à vouloir écrire et réécrire l'histoire pour ne finalement accoucher que d'une fable à dormir debout. Et nous de nous en retourner visionner Les Aventuriers de l'arche perdue, histoire de procéder à quelques ablutions rétiniennes fort utiles en ces temps d'agressions visuelles bien nauséeuses.



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La Rédaction20/10/2004 01:00 par La Rédaction

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