Frankenstein

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12 juin. 2008 Par Francis Moury Star Rating 10

 

Produit par Carl Laemmle Jr. pour la Universal dans la foulée du succès du Dracula de Tod Browning avec Bela Lugosi, Frankenstein de James Whale inaugure donc le cycle Universal inspiré du roman de Mary W. Shelley (1797-1851), Frankenstein ou le Prométhée moderne, dont la genèse par une nuit d'orage de 1816 constitue d'ailleurs le sujet de la célèbre séquence inaugurale de La Fiancée de Frankenstein (1935) du même James Whale.

 

Depuis sa publication en 1818 suivie de nombreuses rééditions, le roman fantastique de la seconde épouse du grand poète romantique anglais Percy B. Shelley avait été adapté plusieurs fois au théâtre et même au cinéma bien avant 1931 puisque la firme Edison avait déjà distribué un film sur le sujet en 1910. On sait que Robert Florey avait d'abord été pressenti comme réalisateur par Richard Schayer, le conseiller littéraire de Carl Laemmle Jr. Et que Florey tourna bel et bien,dans les décors du film de Browning, deux bobines d'essais avec Bela Lugosi dans le rôle du monstre, maquillé par Jack Pierce mais que l'acteur refusa d'aller plus loin, gêné par le maquillage d'une part, le peu de dialogues accordé à son personnage, d'autre part. Et on sait que James Whale reprit le projet en songeant immédiatement à Karloff comme interprête du monstre. La pièce de théâtre de Peggy Webling et son adaptation par le scénario de John L. Balderston (aussi l'auteur du scénario de Dracula de Tod Browning et de celui de The Mummy (1933) de Karl Freund) et Florey (non crédité au générique) aboutit à un film considérablement différent du roman initial mais tout à fait remarquable par sa puissance dramatique et sa beauté plastique. C'est bel et bien le film matriciel de toute la filmographie moderne du thème, par rapport auquel chaque nouvelle tentative est amenée à se définir en l'imitant ou en en prenant le contre-pied.

 

La mise en scène de James Whale parvient à dynamiser de l'intérieur, par sa violence visuelle récurrente et sa pûreté absolue, jusqu'à l'ampleur la plus majestueuse et la plus originale, le matériel écrit à sa disposition. Même si Whale a évidemment été influencé par Metropolis  de Fritz Lang, il faut bien admirer sa séquence de naissance du monstre comme un morceau de bravoure original ! Le plan dans lequel créateur et créature s'affrontent un instant du regard, avec une inquiétude commune, pendant la chasse finale est un exemple d'économie dramatique admirable, au symbolisme nullement plaqué. Whale avait le sens de la beauté et de la tragédie et il avait connu la mort et la peur de près pendant la Première guerre mondiale. C'était un esthète raffiné au goût sûr mais qui s'éleva ici au niveau de génie visionnnaire authentique, génie qu'il approfondira encore dans le film suivant de 1935. L'interprétation bouleversante de Karloff, le maquillage créé par Jack Pierce, la direction de la photographie d'Arthur Edeson si influencé par l'expressionnisme allemand, la beauté des décors de Charles D. Hall installent définitivement le mythe dans l'histoire du cinéma mondial. Clive est honorable dans le rôle du baron qu'il campe d'une manière fiévreuse et romantique, assez nerveuse et originale. On l'a souvent critiqué à tort. L'acteur Dwight Frye confère à son personnage de bossu sadique et « bodysnatcher » une virulence d'une modernité et d'une violence très étonnante, Van Sloan incarne une vivante antithèse avec finesse tandis que la plupart des autres rôles sont conventionnels et sans grand intérêt. Le célibat conviendra mieux au baron dans les productions Hammer que le mariage ne lui réussit, à lui et son fils, dans les 3 premières productions Universal, il faut bien le dire, tant les diverses épouses de Colin Clive puis Basil Rathbone (son fils dans le film de 1939) sont ternes ! 

 

À noter que la présentation pré-générique d'époque d'1' à peu près du film est celle de la version américaine y compris lorsqu'on regarde la v.f. ! Alors que dans les copies françaises, Jean-Pierre Bouyxou (dans son remarquable « Frankenstein », éd. Serdoc, coll. Premier Plan, Paris 1969, p. 16) assure qu'il s'agissait d'un acteur français, Paul Reboux, qui était substitué à l'acteur américain Edward Van Sloan. Preuve s'il en était que la v.f. proposée ici n'est pas une v.f. d'époque. À noter aussi qu'on ne cesse depuis des dizaines d'années d'écrire et de répéter dans les diverses études et même au début du commentaire audio ci-joint au DVD Universal qu'il n'y pas de musique dans ce Frankenstein. Mais les génériques de début et de fin en comportent bel et bien une, et la séquence de la fête des villageois est aussi illustrée musicalement, même si c'est une partition censée être réelle et non pas surajoutée à l'action afin de la commenter. Cependant aucun compositeur n'est crédité au générique pour ces deux morceaux distincts, celui des génériques très brefs et l'autre nettement plus long.



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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