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Critique
Depuis les X-Men, Spider-Man et, plus récemment, Batman begins, les comics sont à nouveau pris au sérieux et leurs adaptations sur grand écran n'en sont que meilleures (on préfèrera écarter du lot les Blade : Trinity et autres Punisher). Toutefois, le cas des Quatre fantastiques mettra plus de dix ans avant d'être enfin traité, après qu'une première transposition produite par Roger Corman dans l'urgence la plus totale (les droits d'adaptation arrivaient à terme) avec des moyens ultra cheap mais tenue secrète aux yeux du public ait vu le jour (il faut une fois encore s'orienter vers des réseaux « alternatifs » pour mettre la main sur cette version pas si ridicule que ça même si particulièrement chiante car plombée de tunnels de dialogues insipides censés combler le manque de moyens plus que flagrant).
Contrairement à ses illustres prédécesseurs, ces quatre super-héros tout droit sortis une fois encore de l'imaginaire fertile de Stan Lee (LE comics-man par excellence qui livrait de nouvelles idées bien plus rapidement qu'un postier ne distribue son courrier) souffraient à l'origine d'un double handicap : leurs aptitudes physiques et leur popularité. S'il était relativement aisé par quelques astuces visuelles de faire croire à un homme volant dans Superman à la fin des années 70, à une araignée humaine galopant le long des murs dans Spider-Man ou encore à des mutants génétiques armés de griffes et de quelques éclairs dans X-Men, il paraissait déjà beaucoup plus difficile de crédibiliser à l'image un homme élastique ou bien une torche humaine pour ne citer que deux des quatre personnages.
Seconde difficulté, et non des moindres : nos quatre super-héros sont connus, acclamés et même sollicités par le public, là où les X-Men se voient « ghettoiser » à cause de leurs différences génomiques et que les Spider-Man, Superman et autres Batman sont contraints de masquer leurs activités justicières nocturnes afin de protéger leurs véritables identités en même temps que leur entourage. Comment faire face à de telles contraintes techniques et scénaristiques sans pour autant sombrer dans le ridicule ou le pathos ? Réponse : tout simplement en étreignant le sujet de départ à bras le corps sans trop se poser de questions rhétoriques.
Les différentes images et autres bandes-annonces visibles depuis plusieurs mois déjà le laissaient présager et le film achevé le confirme : les personnes à l'origine de cette version « officielle » (par opposition à « l'officieuse » de Corman) des Quatre fantastiques ont appliqué cette méthode au pied de la lettre pour nous offrir une adaptation tout au premier degré, totalement décomplexée et parfaite pour un divertissement estival en famille. De famille, il en est d'ailleurs question à l'origine dans le comic avec les liens fraternels qui unissent Sue et Johnny ou encore maritaux entre Sue et Red, ces derniers n'ayant d'ailleurs pas été repris au départ du film, de même que l'origine des pouvoirs du Dr. Fatalis, victime de ses propres expériences scientifiques dans la BD et irradié en plein vol spatial dans le film, tout comme ses compagnons d'infortunes.
Ces divergences entre le matériau de départ et le long-métrage constituent d'ailleurs une bonne partie de l'épine dorsale du scénario et vont alors donner lieu à une succession de scaynètes, mi-comiques mi-fantastiques, permettant aux personnages de s'accepter eux-mêmes en même temps que leur nouvelle famille. À ce petit jeu, deux membres du groupe vont tirer leur « handicap physique » à leur avantage. Tout d'abord La Chose, personnage le plus mythique et le plus apprécié de tous depuis les débuts du comic, précisément pour sa différence corporelle (il est le seul des quatre dont l'altération moléculaire se manifeste sur le plan morphologique sans espoir de retour à la normale). Reprenant là un rôle sensiblement similaire à celui du détective Vic Mackey dans la série The shield, à savoir le gros dur au cur tendre, Michael Chiklis s'en tire plutôt bien avec pour seul véritable moyen d'expression sensorielle ses yeux, engoncé qu'il est dans son « costard » de 30 kilos.
Le second bénéficiaire du film est Sue Storm, par ailleurs le seul personnage féminin de l'histoire (si l'on fait abstraction de l'infirmière bimbo et de l'aveugle compatissante jouée par Kerry Washington) interprétée par une Jessica Alba plus à son avantage que jamais dans une tenue moulante qui met d'ailleurs
particulièrement en valeur ses formes avantageuses, hélas sans succès ( !?!). Dans son rôle de véritable mère de famille (c'est elle qui nivelle les différents qui opposent Johnny, Red et Ben), Sue devra faire preuve d'une aussi grande force psychologique que psychique, son personnage étant capable d'émettre des champs de force en plus de son pouvoir d'invisibilité.
Invisibles, les autres protagonistes ne le sont pas vraiment mais presque. Trop occupé à remplir son tableau d'équations en tous genres sans bouger le moindre orteil, Red alias Mr Fantastic oublie de se pencher sur ce qui lui tend les bras (Jessica Alba merde alors, ça ne passe pas inaperçu, même invisible !). Johnny alias La Torche humaine, trop occupé à briller aux yeux des midinettes, brûle les ailes de son personnage un peu inutilement, si ce n'est pour taquiner Ben. Enfin, et c'est probablement là le plus regrettable de tous, le Dr. Fatalis dont les motivations sont elles aussi sous-exploitées, passe en grande partie au second plan, à l'exception du dernier quart d'heure, alors qu'il est par essence même l'adversaire n°1 des quatre fantastiques et rien moins (disent certaines rumeurs) que le méchant qui inspira George Lucas pour son célèbre Dark Vador. Dommage d'autant que son interprète, Julian McMahon, en plein lifting métallique facial, campe avec une réelle conviction le même genre de salopard dans la série chirurgicale Nip/Tuck.
Chirurgical, Les quatre fantastiques ne l'est pas vraiment en matière de traitement, privilégiant donc la (les) forme(s) au détriment des approfondissements thématiques sur la médiatisation d'un phénomène fantastique ou encore des personnages en eux-mêmes. Mais qu'importe une fois encore puisque, sans tomber dans la bouffonnade intégrale, le film assume pleinement son statut « d'entertainer » et livre pratiquement à chaque nouvelle scène son lot de répliques comiques et / ou de prouesses visuelles qu'il aurait par ailleurs été quasiment impossible d'accomplir dix ans auparavant sans les facilités du numérique. Certes, là encore, certains effets sont moins réussis que d'autres, la faute en incombant sans doute aux reshoots de l'affrontement final qui eurent lieu en catastrophe en mars 2005 à quatre mois seulement de la sortie du film sur les écrans, mais ces quelques lacunes s'oublient finalement bien vite devant le rythme particulièrement soutenu, plaisant et divertissant du spectacle qui se déroule sous nos yeux.
Sans pour autant se hisser à la hauteur des réussites artistiques que sont les X-Men de Bryan Singer ou encore les Spider-Man de Sam Raimi, Les quatre fantastiques réussit plus qu'honorablement leur transposition sur grand écran en nous offrant un agréable divertissement assez fidèle au comic d'origine et qui ne demande plus à présent qu'à être approfondi dans un deuxième volet, annoncé sans surprise dans l'épilogue ainsi que sur les contrats des différents acteurs, tous tenus à une participation dans une suite éventuelle


