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Critique
Olivier Marchal, ancien flic reconverti en comédien / scénariste / réalisateur, signe avec 36 un des plus gros coups de l'année. Avec ce qui se présente comme le casting français du moment (Auteuil, Depardieu et Dussollier en têtes d'affiches, excusez du peu), on l'attendait au tournant : le pari est dans l'ensemble réussi. Son polar froid, très noir et dépourvu des la dose abusive d'humour qu'il est devenu habituel d'y injecter depuis une bonne décennie, marche sur les traces des grands classiques français et est ouvertement un hommage au Heat de Michael Mann, qui était déjà l'affrontement de deux monstres sacrés (De Niro et Pacino). Comme chez son modèle, on y retrouve un très bon sens du rythme, un réalisme noir (on est très loin des Julie Lescaut ou autre Quai n°1 qui a fait connaître Marchal comédien), une violence crue, un incroyable casting de seconds rôles plus vrais que nature (mention spéciale à Daniel Duval et Francis Renaud) et la grande performance de trois des meilleurs acteurs français : Daniel Auteuil qui, décidément, n'en finit pas de nous convaincre de son talent dans un rôle en demi-teinte ; André Dussollier, absolument délectable ; Gérard Depardieu qui, pour la première fois depuis longtemps, semble enfin avoir été dirigé par un metteur en scène et en adéquation parfaite avec son rôle. Avec tout ça, on assiste donc pendant les deux premiers tiers du film à un polar musclé, tendu, sous constante perfusion d'adrénaline, au scénario d'une précision totale, net et sans bavure. Certes, on pourrait bien reprocher au film sa musique omniprésente et un peu lourdingue (qui évoque par moment Eric Serra période post-Grand Bleu), mais ça reste un détail et on reste scotché au fauteuil pendant une bonne heure et quart.
Malheureusement, on a comme le sentiment qu'Olivier Marchal (ou ses producteurs ?) a eu du mal à terminer son film (à la manière de Nicolas Boukhrief avec son Convoyeur, avec lequel on peut faire quelques parallèles). La dernière demi-heure traîne en longueur, de rebondissement en rebondissement, mêlant à la puissante intrigue centrale une sous-intrigue sentimentalo-revancharde sans grande utilité qui affaiblit l'ensemble. Et aboutit à une fin décevante, qui permet à Marchal de se faire plaisir avec une très belle scène, mais laisse un goût amer dans la bouche du spectateur, notamment à cause d'un Deus ex machina bien utile pour que tout soit bien qui se finit bien. Comme si, au dernier moment, il avait hésité à aller jusqu'au bout de la noirceur de son propos. Et on sort de la salle en trouvant ça un peu dommage, finalement, de terminer là-dessus : avec un petit peu de rigueur supplémentaire dans l'écriture et le montage, Olivier Marchal aurait pu signer LE polar français nouvelle génération. Il ne livre ici qu'un bon film, pas complètement abouti, mais qui nous laisse présager du meilleur pour la suite de sa carrière. C'est déjà beaucoup, me direz-vous.


