Les Lumières du faubourg

Laitakaupungin valot, Finlande, 2005

Lumières du faubourg (Les)
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Critique

Nicolas ThysNicolas Thys 24 oct. 2006 Star Rating 10

Avec Les Lumières du faubourg, Kaurismaki clôt une trilogie des miséreux entamée en 1996 avec Au loin s'en vont les nuages et en 2002 avec L'homme sans passé et entrecoupée du sublime Juha, hommage en noir et blanc aux mélodrames de Douglas Sirk que semble poursuivre le cinéaste finlandais dans un admirable travail sur la couleur et la lumière. À la manière de Tout ce que le ciel permet de Sirk, Les Lumières du faubourg est un film en rouge et bleu. Ces deux couleurs, chaude et froide, dispersées minutieusement et habilement à travers des détails de chaque plan : vêtements, décors, lumières, objets quelconques donnent une seconde vie au film et renforcent considéralement les émotions ressenties devant ce drame de tous les jours. Kaurismaki transcende le quotidien avec quelques teintes.

Helsinki, Koistinen est un homme seul qui vit la nuit. La lumière ne semble avoir aucune emprise sur lui : dans son costume grisatre il n'attire que les ténèbres. Abandonné de tous, désespéré et affamé d'amour il va se jeter et sans réfléchir sur la première femme qu'il croise et qui s'intéresse à lui et s'y perdre, se précipitant par la même occasion dans une déchéance dure et brutale qui le privera de ses rêves et de la seule chose qui lui restait : sa liberté. Voici le topo du dernier opus d'Aki Kaurismaki, sans conteste l'un des plus beaux films de l'année, poétique et désenchanté qui sous ses airs assez rigide recèle une beauté peu commune qu'on souhaiterait voir davantage.

Koistinen, antihéros par excellence devient devant la caméra du cinéaste l'incarnation filmique de la solitude à l'état brut. Intérieurement irréprochable, presque plus fidèle qu'un chien, l'univers entier semble pourtant le prendre à partie et se jouer de lui dans un jeu ignoble pour savoir à quel moment il va enfin craquer. La mise en scène de Kaurismaki est d'ailleurs d'une ingéniosité peu commune discrète, épurée, usant de regards caméra à faire palir Ozu du plus bel effet. Le réalisateur réussit à sublimer le côté caricatural et risible de certaines situations pour les métamorphoser en scènes d'une grande intensité dramatique. Le meilleur exemple est cette séquence où Koistinen pour défendre un chien maltraité à la sortie d'un bar va se battre contre ses maîtres qui se révèlent être trois mastodontes contre lesquels il n'a aucune chance. Ils sortent régler leur compte et la caméra au lieu de les suivre reste fixe face à la table où ils étaient installés auparavant : on entend juste quelques sons étouffés. Ce néant est plus évocateur que bien des scènes de combats rencontrées ailleurs et beaucoup plus imaginatif et insupportable aussi.

En fin compte : qui désire une leçon de mise en scène peut se précipiter dans la salle obscure la plus proche de chez lui.

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